31.03.2009
Pour le Premier ministre « l’injustice la plus criante » n’est pas la même que celle des Français
J’ai toujours pensé que le Premier ministre n’avait rien d’un héros, qu’il n’était pas un homme d’Etat, mais à présent nous savons qu’il ne pense qu’à garder sa place et rien d’autre. Peu importe qu’il soit un chef de gouvernement virtuel, peu importe les humiliations, il ne songe qu’à durer là où il est. Pourquoi ? Je n’en sais rien, sauf à considérer qu’après tout la place est bonne et qu’elle présente de multiples avantages, surtout quand on n’assume pas réellement les décisions. Quand on est ministre, à plus forte raison le premier d’entre eux, il y a deux manières d’aborder la fonction : soit on s’investit à fond et on assume jusqu’au bout, quitte à démissionner si on n’est pas suivi par le président de la République, soit on laisse faire et on devient un simple collaborateur. Il paraît que ce mot a choqué Monsieur Fillon quand il a été prononcé par Nicolas Sarkozy peu après son arrivée à l’Elysée, à une époque où ce dernier pouvait dire tout et n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Dans ce cas il y avait une attitude digne à avoir de la part de François Fillon, à savoir démissionner. Est-ce que son destin national aurait pu en souffrir ? Sans doute pas d’autant que personne ne lui en prête un.
Et ce n’est pas avec l’annonce de son décret sur l’interdiction des stock-options qu’il va redorer son blason bien terni. Tout d’abord, ce décret n’a pas la moindre ambition puisqu’il se limite à huit groupes ayant reçu des fonds publics, et qu’il s’appliquera jusqu’en 2010. Ce doit être cela que Nicolas Sarkozy appelle la moralisation du capitalisme. Cela n’a pas empêché François Fillon de jouer au dur en l’absence du maître, allant même jusqu’à fustiger « le comportement irresponsable de quelques-uns ». Pour sûr « les quelques uns » ont du beaucoup trembler devant pareille assertion, d’autant que le Premier ministre a ajouté que ce qu’ils avaient fait l’avait été « au mépris de la morale la plus élémentaire ». Bigre ! Cela étant il n’a quand même pas été jusqu’à dire que « c’était l’injustice la plus criante », comme il l’avait fait à propos de ceux qui bénéficient des régimes spéciaux, par exemple les employés de la SNCF ou de la Banque de France. Ceux-là, aux yeux du Premier ministre, restent les Français les plus privilégiés avec leur retraite moyenne de 2000 euros mensuels. Je ne suis pas sûr, surtout en ce moment, que les Français pensent comme lui.
C’est d’ailleurs curieux que dans la presse on ne rappelle jamais ce genre de citation, indiquant plus que n’importe quelle démonstration la duplicité de nos gouvernants. N’importe qui dans l’opposition, mais aussi parfois dans la majorité, reconnaît que l’on aurait pu et dû faire plus si on avait voulu réellement lutter contre les abus scandaleux de ceux qui se permettent de demander de l’argent à l’Etat, mais qui ne renoncent en rien à leurs privilèges exorbitants. Et en plus ces gens se moquent du monde, comme nous avons pu le constater avec le cas Valéo, équipementier automobile, qui malgré une chute d’un quart de son chiffre d’affaires a accordé plus de 3 millions d’euros d’indemnité à son PDG…sous le prétexte que sans l’impact de la crise Valéo aurait été bénéficiaire. Mais que peuvent penser les gens qui vont être victimes de la suppression de 5000 emplois dont 1600 en France, et qui ne vont pas toucher le centième de ce que va toucher le PDG en question ? Est-ce que là aussi on n’est pas dans « l’injustice la plus criante » ?
Alors bien sûr on entend depuis hier sur toutes les chaînes de radio et de télévision les éditorialistes des journaux proches du pouvoir, ou les soi-disant économistes qui ont été incapables de voir venir la crise alors qu’elle était déjà à nos portes, nous expliquer doctement que ce que demandent les partis d'opposition ou les syndicats est purement démagogique, et que ce débat sur la limitation des émoluments des patrons n’a pas plus lieu d’être que celui sur le bouclier fiscal. A ce propos d’ailleurs on entend de nombreuses contre-vérités, par exemple quand on nous dit qu’en Allemagne le bouclier fiscal est inscrit dans le Constitution, ce qui n’est pas vrai. Tout cela, ce ne sont que gesticulations pour défendre l’indéfendable dans une situation comme celle que nous sommes en train de vivre. Pire encore, c’est aussi le signe que dès la crise s’éloignera tout va repartir comme avant. Après tout 2010 c’est l’année prochaine, et c’est le terme de l’application du décret sur les stock-options.
Cela dit le plus grave dans cette affaire est que nos gouvernants prennent réellement les Français pour des imbéciles, notamment ceux qui ont voté pour Nicolas Sarkozy et l'UMP qui ont toutefois l'excuse d'avoir été dupés de bonne foi. Cela étant vouloir faire croire que le décret gouvernemental sur les rémunérations des dirigeants d’entreprise va corriger des inégalités est pour moi le comble de la mauvaise foi, d’autant que chacun sait bien que tout dispositif en la matière peut être facilement contourné…comme l’a reconnu avec une naïveté désarmante François Fillon lui-même, en précisant que les dirigeants des groupes visés par le décret pourraient se verser des compléments de salaires à l’étranger, et que seule « la morale et pression de l’opinion publique » pourraient l’empêcher. Ah la morale !
Michel Escatafal
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30.03.2009
Le G20 : pas de grande décision à en attendre
Le moins que l’on puisse dire est que si Nicolas Sarkozy « a la banane », ce que Dominique de Villepin traduit par « survitaminé », il n’a pas beaucoup d’imagination. Cela d’ailleurs tout le monde le savait, mais au fur et à mesure que la crise s’installe il patauge de plus en plus, au point qu’il est de moins en moins président de la République et de plus en plus président de l’UMP. En tout cas ceux qui ont entendu François Bayrou dans son dernier discours à Paris à la Maison de la Chimie, ont pu s’apercevoir que le président du MoDem avait une vision autrement plus éclairée sur le monde qui nous entoure que celle de Nicolas Sarkozy. Mais au fond ce dernier a-t-il seulement une vision de quoi que ce soit ?
Si je dis cela de François Bayrou, c’est parce qu’il est en accord avec nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement dans le monde, pour souhaiter l’apparition d’une nouvelle monnaie de référence internationale pour remplacer le dollar, et ce à quelques jours du sommet du G20 à Londres. En effet, en lisant la presse internationale on s’aperçoit que ce souhait est partagé notamment par deux pays, la Chine et la Russie, qui ont acheté beaucoup de bons du trésor américains depuis quelques années, et qui commencent à manifester leur inquiétude à propos du dollar. Les Chinois ont même préparé une proposition concrète pour que la monnaie de référence soit une devise gérée par le FMI. Cette proposition a évidemment été refusée par Barack Obama, Ben Bernanke le président de la Réserve Fédérale américaine et Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor américain, les Etats-Unis tirant un maximum d’avantages d’une situation qui leur permet d’emprunter à bon compte et de rembourser dans leur propre monnaie. Malgré tout Timothy Geithner avait auparavant pris acte de cette idée chinoise, ce qui montre au passage tout le désarroi des autorités américaines face à cette crise.
A ce propos le président américain va être confronté ces prochains jours à son premier grand test sur le plan international et ce, au moment où les Etats-Unis sont dans une situation de faiblesse qu’ils n’avaient plus connu depuis la guerre du Vietnam, c’est-à-dire depuis bientôt une cinquantaine d’années. Et encore à cette époque il y avait la confrontation idéologique avec l’Union Soviétique, qui les protégeait de toute contestation en ce qui concerne leur leadership dans le « monde libre » comme on disait à l’époque. De nos jours les Etats-Unis ont mauvaise presse un peu partout dans le monde, d’abord en raison de la politique menée par Georges Bush depuis l’an 2000, ensuite parce que ce sont les excès de Wall Street qui ont plongé la planète dans sa plus grave crise depuis 1929. Du coup leur puissance est contestée sur tous les plans, économique, diplomatique ou militaire. C’est dire combien la tâche de Barack Obama est difficile dans un contexte aussi hostile, et il va lui falloir beaucoup de talent s’il veut réussir à convaincre ses interlocuteurs du G20 de l’aider à redresser en premier lieu son pays.
En effet malgré le poids des Etats-Unis dans le PIB mondial (plus de 21%), le président américain sait bien que ses pairs, y compris ceux dont les pays sont des alliés traditionnels des Etats-Unis, ne sont pas prêts à le suivre quant aux décisions à prendre pour stimuler l’économie mondiale, et ce pour plusieurs raisons. La première est que grâce ou à cause de la mondialisation, les énormes efforts de l’Administration américaine pour relancer son économie vont aussi profiter au reste du monde, notamment à la Chine mais aussi au Japon et à l’Europe. Ensuite les gouvernements européens sont soit exsangues en termes de finances publiques, par exemple la France ou l’Italie, soit bien décidées à ne pas creuser davantage les déficits et la dette, comme l’Allemagne, l’Espagne ou les Pays-Bas.
C’est un cas de figure auquel ne s’attendait sans doute pas Barack Obama car il oubliait simplement que la crise, pour sévère qu’elle soit en Europe, est loin d’avoir les mêmes effets dévastateurs qu’en Amérique, l’Europe bénéficiant à plein de son système de protection sociale… celui que Nicolas Sarkozy jugeait archaïque au moment de sa campagne présidentielle et des premiers mois de son mandat. Rappelons-nous son admiration sans borne pour le modèle anglo saxon, et le mépris qu’il affichait pour l’Etat providence. Refermons la parenthèse pour dire que, finalement, il ne faut sans doute pas attendre grand-chose de cette réunion du G20.
Au-delà des déclarations d’intention destinées surtout à rassurer les opinions publiques des Etats participants, au-delà aussi d’un certain consensus sur un sujet comme les paradis fiscaux cher à l’encore co-prince d’Andorre, il est de plus en plus clairement établi que ce sommet du G20 ne suffira pas pour rétablir la croissance mondiale, ni pour régler les multiples intérêts divergents de chacun des participants à cette réunion. En revanche il est certain que dans notre pays cette réunion du G20 à Londres jeudi, plus le sommet de l’OTAN à Strasbourg les 3 et 4 avril, seront une occasion supplémentaire pour les médias (aux ordres) de montrer Nicolas Sarkozy dans ses pompes et ses œuvres, en espérant que cela fera suffisamment diversion pour que le peuple oublie tous les échecs de sa politique. Je ne suis pas sûr toutefois que cela soit suffisant !
Michel Escatafal
15:27 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
28.03.2009
Ils se ressemblent par certains côtés, mais ils sont très différents
En France il est courant de faire la comparaison entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, surtout chez les opposants à notre président de la République. Mais qu’en est-il en réalité ? Pour moi s’il est vrai qu’il y a des similitudes entre les deux hommes, il y a aussi de grandes différences qui font que la comparaison n’est pas toujours pertinente. En premier lieu il y a entre eux la barrière de l’argent. L’un, Silvio Berlusconi, est un entrepreneur devenu très riche, alors que l’autre, Nicolas Sarkozy, est un homme qui aime les gens riches et plus encore peut-être qui aime vivre comme un riche. C’est quand même une différence fondamentale qui explique clairement leur parcours politique très différent. Cela étant, je ne vais pas nier le fait qu’ils se ressemblent par certains côtés, ne serait-ce que sur le plan du populisme et de la démagogie, domaine dans lesquels ils sont experts l’un et l’autre.
Mais au fait pourquoi je parle de Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy aujourd’hui ? Tout simplement parce que le vieux leader italien vient de faire en Italie ce qui a été partiellement réussi en France, à savoir fédérer dans une seule formation politique toute les droites. C’est un peu comme si le Front National fusionnait avec l’UMP chez nous, elle-même issue de la fusion du RPR avec divers partis petits partis de droite et du centre-droit. Et pour en arriver à ce résultat en Italie, il n’aura fallu qu'une quinzaine d'années d’activité politique à Silvio Berlusconi, alors qu’en France il a fallu des décennies pour arriver à créer l’UMP, elle-même succédant à feu le RPR qui était déjà un rassemblement initié en 1958 par le général de Gaulle. Il est vrai qu’en Italie Silvio Berlusconi a bénéficié en 1994 d’un vide politique total à droite, après presque 40 ans de domination de la Démocratie Chrétienne avec à la clé de nombreux scandales politico-financiers.
Malgré tout force est de reconnaître que « Il Cavaliere », comme on surnomme S. Berlusconi dans la Péninsule, est un grand professionnel à tous points de vue. Il a bâti son parti politique, appelé Parti du peuple et de la liberté (PDL), né de la fusion entre Forza Italia (ancien parti berlusconien) et l’Alliance nationale (parti post-fasciste), comme il a bâti son empire de presse, c’est-à-dire en faisant des coups gagnants. Il faut quand même se rappeler que c’est dans les sous-sols de la régie publicitaire de son groupe (Fininvest) qu’est née Forza Italia en 1994, et que ce nouveau parti quelques semaines après a gagné les élections législatives en Italie. Cela Nicolas Sarkozy n’aurait pas su le faire.
En effet contrairement à son aîné, Nicolas Sarkozy a toujours bénéficié en quelque sorte du travail des autres que ce soit dans son fief de Neuilly, dans son département, ou même à l’échelon national où il a profité dans un premier temps de la protection de Jacques Chirac. Ensuite, s’il est devenu président de l’UMP, ce n’est pas lui qui a porté ce parti sur les fonds baptismaux puisque celui-ci est une création d’Alain Juppé. Bref il a toujours réussi à prendre la place de quelqu’un, ce qui est essentiellement la marque des opportunistes.
Pour revenir au PDL italien, il faut noter que l’exploit n’est pas mince pour Silvio Berlusconi d’avoir réussi à fusionner à l’intérieur du Parti des Libertés, des ex-socialistes avec des anciens chrétiens-démocrates, mais aussi des libéraux et bien sûr des post-fascistes. Cela fait quand même un très grand écart pour certains, mais hélas c’est aussi cela la politique en Italie comme en France ou ailleurs, et c’est aussi pour cela que la classe politique est déconsidérée. Au Mouvement Démocrate nous sommes bien placés pour parler de ceux qui, sans foi ni loi, sont prêts à tout pour un mandat local ou législatif ou pour un portefeuille ministériel. Dans le genre, reconnaissons aussi que certains ex ou encore socialistes, ne sont pas mal non plus. Et que dire des UMP qui après être tombés sous le charme de Dominique de Villepin, se sont jetés sans vergogne dans les bras de Nicolas Sarkozy…parce que celui-ci avait davantage de chances d’être élu président de la République.
Pour en revenir à Silvio Berlusconi il faut aussi noter que, contrairement à d’autres dirigeants de grands pays européens , il a réussi à conserver une cote de popularité intacte malgré la crise, presque aussi élevée que celle qu’il avait après sa victoire électorale de l’an passé. C’est quand même là aussi une forme d’exploit…qui doit susciter l’envie de Nicolas Sarkozy. Cependant pour ceux qui suivent la vie politique italienne cela n’a rien de très surprenant, car une large frange de la population, souvent peu politisée, a confiance en ses capacités d’entrepreneur, ce que Nicolas Sarkozy ne peut pas revendiquer.
Les Italiens ne voient en Silvio Berlusconi que l’homme qui a réussi dans les affaires, et sont prêts à beaucoup lui pardonner, y compris ses nombreux écarts de langage pour ne pas dire ses outrances qui, par parenthèse, susciteraient beaucoup plus la polémique dans notre pays. Pour les Italiens Il Cavaliere est une sorte de patriarche qui s’occupe d’abord de son pays, au lieu de courir le monde à la recherche d’une hypothètique grandeur qui ne l'intéresse pas. Il est aimé à la fois des anciens comme des jeunes, des riches comme de nombreux pauvres, malgré un programme politique quasi inexistant qui, pour parler comme certains journalistes transalpins, «se résume à un seul mot : lui-même ». C’est vrai à un point tel que les autres têtes d’affiche du PdL, notamment Gianfranco Fini, se demandaient hier au congrès fondateur : « Que faisons-nous ici ? »
Cela ressemble un peu me direz-vous à ce qui se passe à l’UMP. Sûrement pas, car pour rassembler des foules autour de Nicolas Sarkozy il faut battre le ban et l’arrière-ban des sympathisants ou adhérents du parti présidentiel. Ensuite, Silvio Berlusconi sait s’adresser aux gens avec un sens inné de la communication vis-à-vis des masses, au point de réduire constamment au silence l’opposition, une opposition pour qui il n’a pas de mots assez durs… mais exclusivement pour ceux qui ont des responsabilités. Bref il sait faire, alors que notre président de la République finit toujours par dire le mot de trop qui va susciter la réprobation de ceux qui ne l’aiment pas, mais aussi souvent de ceux qui le trouvaient sympathiques. L’un à défaut d’être rassembleur est cajoleur, là ou l’autre est constamment diviseur. L’un va au bout de son registre populiste, là où l’autre est porté sans cesse à l’invective.
Pour ma part je n’apprécie pas plus l’un que l’autre, mais force est de reconnaître que le sens politique de Silvio Berlusconi est très fort, par rapport à nombre d’autres dirigeants européens, dont il est plus écouté qu’on ne le croit généralement. La preuve, il paraît que plusieurs états européens (Italie, Allemagne, France) caressent un projet d’amnistie fiscale conjointe, dans le cadre de la traque aux paradis fiscaux et pour récupérer des liquidités tellement indispensables de nos jours, idée qui pourrait faire très vite son chemin d’ici au sommet du G20 début avril. Et qui a eu l’idée ? Silvio Berlusconi lui-même qui a déjà expérimenté le système et qui, apparemment, n’a pas rencontré de farouche opposition auprès de Nicolas Sarkozy, ce qui ne serait qu’un reniement de plus pour lui, ni surtout d’Angela Merkel.
Michel Escatafal
14:57 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
26.03.2009
Un Premier ministre en sursis...et un co-prince qui pourrait renoncer à son titre
A l’approche des élections européennes il ne manquait plus que cette nouvelle pour montrer que l’Union Européenne traverse un moment difficile. Cela étant, rien n’indique que la chute du gouvernement tchèque soit une information qui intéresse beaucoup les populations des pays de l’Union, beaucoup plus préoccupées par l’évolution du chômage ou la baisse de leur pouvoir d’achat. En fait on s’aperçoit une nouvelle fois que l’Europe, avec ses institutions bancales et ses présidences tournantes, pèse toujours aussi peu sur le plan international. Ce n’est pas nouveau me direz-vous, mais c’est hélas un constat et ce n’est pas demain que cela changera, faute d’un minimum de cohésion politique ou si l’on préfère de parler d’une même voix.
Depuis le 1er juillet 2008, nous avons eu deux exemples très différents de présidence du Conseil Européen avec Nicolas Sarkozy et Mirek Topolanek. Est-ce que l’Europe a réellement avancé depuis neuf mois ? Est-ce que l’idée européenne s’est davantage ancrée dans l’esprit de ses habitants ? Absolument pas, malgré une absence totale de leadership de la part de la présidence tchèque, minée par ses problèmes intérieurs, et une omniprésence exacerbée du président français destinée à sa propre communication et à son opinion publique. Nous sommes loin dans les deux cas d’une Union Européenne parlant haut et fort sur le plan international, à la mesure de son poids dans l’économie mondiale…largement supérieur à celui des Etats-Unis.
Alors quand certains journalistes ou observateurs s’inquiètent de savoir si le traité de Lisbonne sera emporté par les remous de la politique intérieure tchèque, on a envie de répondre que là n’est pas le problème pour l’Europe. D’ailleurs dès le début de la présidence tchèque tout le monde savait que la survie du gouvernement Topolanek était en suspens. En tout cas cela n’a pas l’air de beaucoup inquiéter l’encore Premier ministre tchèque, puisqu’il a dit aux eurodéputés que la chute de son gouvernement " n’est pas une tragédie" et que la présidence européenne fera le "business as usual". Bref, si nous comprenons bien, tout ceci n’est qu’une péripétie de plus dans la vie de l’Union Européenne. Quant au traité de Lisbonne on a vécu jusque là sans lui. Comme c’est triste, et surtout qui va reconnaître que nos dirigeants européens ne sont, à de rares exceptions, que des européens de circonstance.
En tout cas rien ne dit que ce fameux Traité de Lisbonne sera ratifié un jour, et d’ailleurs serait-il bon qu’il le soit ? Ce traité est déjà mal né dans la mesure où on a voulu faire un rafistolage de la défunte Constitution européenne qui, pourtant, représentait une réelle avancée dans l’idée européenne. La France ne l’a pas ratifiée avec son référendum aussi imprudent que mal venu, et les Pays-Bas lui ont emboîté le pas quelques semaines plus tard, là aussi par référendum. Quant à l’Irlande, pourtant à l’époque dans une situation économique encore assez favorable, elle a aussi dit non au référendum sur la ratification du Traité de Lisbonne.
Cela signifie deux choses, la première c’est que les gouvernants européens ne sont pas convaincants quand ils parlent d’Europe, et la deuxième est que les électeurs ne votent jamais réellement sur l’Europe dans ce type de consultation…parce que la plupart des dirigeants politiques n’ont qu’une vision nationale de l’Europe. Qui à part François Bayrou parlait d’Europe pendant la dernière campagne présidentielle ? Personne, parce que pour les autres candidats ce n’était pas une question importante, au même titre d’ailleurs que la dette ou les finances publiques. Résultat les électeurs votent sur des slogans simplistes comme "Ensemble tout est possible" ou "Travailler plus pour gagner plus", et nous voyons ce que cela peut donner une fois ces candidats démagogues arrivés au pouvoir.
Refermons la parenthèse pour parler de nouveau de Monsieur Topolanek, qui a dit hier tout haut ce que nombre de dirigeants européens pensent tout bas à propos de la prochaine réunion du G20. Le Premier ministre tchèque s’est en effet emporté à propos des larges subventions accordées par le gouvernement américain dans tous les secteurs de l’économie, et des tendances protectionnistes qui se font de plus en plus jour aux Etats-Unis avec des slogans du type "Achetez américain". Cela étant, est-ce que les gouvernements des pays de l’U.E. ne font pas la même chose ? Toutefois on observera que plusieurs autres dirigeants européens, Angela Merkel et Jean-Claude Junker le président de l’Eurogroupe, ont exprimé eux-aussi leurs réticences à suivre les Américains sur un soutien à l’économie aussi massif que celui mis en place par l’administration Obama, en raison notamment des risques de dérapages budgétaires. On observera au passage que ce n’est pas le domaine qui préoccupe le plus Nicolas Sarkozy, et pour cause vu l’ampleur de nos déficits.
En revanche celui-ci en fait des tonnes sur les paradis fiscaux, ce que nous ne saurions lui reprocher, mais qui finit par devenir suspect aux yeux de ses pairs qui ont dû être stupéfaits à l’idée de voir Nicolas Sarkozy renoncer à son poste…de co-prince d’Andorre si toutefois, a-t-il affirmé, "les choses n’avancent pas" sur les relations entre les banques et les paradis fiscaux. Sans être méchant, je doute que le monde entier soit bouleversé à l’idée de voir le président de la République française perdre un de ses titres. En revanche nombreux sont ceux qui aimeraient qu’il reste co-prince d’Andorre et qu’il démissionne de la présidence de la République. Hélas ceux-là sont de doux rêveurs car, comme le dit Nicolas Sarkozy, "la période est formidable" (pour lui sans doute) et s’il "se fait taper dessus" il a "la banane", expression dont il est le seul à réellement connaître la signification. Consternant !
Michel Escatafal
12:17 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
24.03.2009
Nicolas Sarkozy, incompris en France et dans le monde
Depuis hier je m’amuse à compulser en long et en large la presse française et internationale, et j’ai trouvé quelques annonces qui interpellent tant en politique étrangère que sur le plan économique. Tout d’abord on apprend que le président Obama commence à douter de plus en plus d’une victoire militaire en Afghanistan, à supposer d’ailleurs qu’il ait déjà pensé le contraire. En tout cas il a clairement dit au cours d’une émission télévisée qu’il fallait adopter « une stratégie de retrait » parce que pour le président américain il n’est pas possible de penser « que la seule approche militaire en Afghanistan sera en mesure de résoudre nos problèmes ». Voilà qui est clair et c’est bien ce que je disais il y a peu, à savoir que Nicolas Sarkozy est le seul dirigeant de la planète à croire que la guerre puisse être gagnée contre les talibans. Notre président est vraiment un grand visionnaire !
Mais il n’est pas que cela. Il est aussi « un diplomate de haut vol » comme en témoigne la nouvelle humiliation qui va lui être infligée par le président chinois Hu Jintao, puisqu’aucune rencontre bilatérale n’est prévue entre les présidents français et chinois en marge de la réunion du G20 le 2 avril. Et pourtant Hu Jintao aura de nombreux entretiens bilatéraux avec d’autres participants à ce sommet, notamment Barack Obama bien évidemment, mais aussi Dimitri Medvedev, Lula ou encore Gordon Brown. On est donc fâché avec les Chinois parce que Nicolas Sarkozy a accepté de rencontrer le dalaï lama entre deux portes…en Pologne au mois de décembre.
Au passage on apprend que le Premier ministre chinois Wen avait soigneusement contourné la France au cours d’une tournée européenne en janvier, tout comme le ministre du Commerce qui, de son coté, était allé en Allemagne signer de grosses commandes avec les industriels de ce pays. Pourtant Angela Merkel n’avait pas hésité, contrairement au président français, a parlé haut et fort à plusieurs reprises de la situation du Tibet avec les dirigeants chinois, et avait rencontré le dalaï lama en Allemagne en septembre 2007. Les Chinois n’ont sûrement pas compris la pensée de notre président. Ils ne sont pas les seuls !
Puisque nous parlons des Chinois, ceux-ci ont confirmé qu’ils allaient continuer à acheter des bons du trésor américains, en précisant que « c’est un élément important de la stratégie d’investissement de la Chine ». Rappelons au passage que la Chine détient 21% des bons du trésor américains, juste derrière le Japon qui en détient 25%. On comprend pourquoi le porte-parole de la Maison Blanche tient à rassurer régulièrement les dirigeants chinois sur la confiance à accorder aux emprunts américains.
Et cela m’amène à évoquer le programme d’investissements publics et privés annoncé hier par le Département du Trésor américain. Les sommes paraissent importantes puisqu’on parle de reprendre entre 500 et 1000 milliards de dollars d’actifs dits toxiques, mais cela sera-t-il suffisant pour accélérer le redressement du système financier et sortir le pays de la crise ? Difficile à imaginer dans la mesure où la valeur globale de ces actifs toxiques apparaît largement supérieure à ces sommes, pour autant qu’on en ait une idée précise. D’ailleurs pour éviter de surestimer l’état de ces actifs, leur prix sera fixé sous forme de vente aux enchères. En tout cas même si ce plan a été bien accueilli par les boursiers, il suscite quand même de nombreuses réserves au point que le secrétaire d’Etat au Trésor, Timothy Geitner, a affirmé que « la réussite du programme de rachat des actifs douteux se mesurera à la capacité que les gens auront d’emprunter de nouveau ». Au moins lui ne se berce pas trop d’illusions. En revanche François Fillon en visite aux Etats-Unis avec Christine Lagarde s’est dit rassuré par ce plan…ce qui a dû tranquilliser les Américains.
A ce propos, et malgré les dénégations officielles, on apprend malheureusement que la situation ne s’améliore pas sur le plan des crédits accordés à l’économie. Il suffit pour cela d’interroger des chefs d’entreprises pour constater que le resserrement du crédit est bien une réalité, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour nombre de PME. Aujourd’hui le robinet est plus que jamais fermé, et si les banques s’engagent ce sera pour des durées plus courtes, de manière à réduire la probabilité qu’elles se retrouvent elles-mêmes en manque de liquidités à l’échéance de leurs propres opérations de refinancement. En outre il n’est pas question de jouer sur la concurrence…car tous les établissements sont peu ou prou dans la même situation. Décidément on n’a pas fini de payer les erreurs de gens qui ne pensaient qu’à se gaver d’argent facile, et qui n’ont toujours pas compris que la situation a changé.
Enfin comment ne pas évoquer le plan pour les jeunes concocté par le Haut commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch. Certes loin de moi l’idée de critiquer toute forme d’aides aux jeunes en difficulté, mais une fois que ces jeunes déjà surdiplômés auront été encore plus formés que se passera-t-il pour eux ? En attendant il est savoureux de voir le gouvernement ressusciter les emplois-jeunes ou avoir recours à des formules ressemblant de loin à celles que proposaient François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007. Décidément ce gouvernement n’a pas la moindre imagination, d’autant que ces mesures décidées à la va-vite vont finalement coûter beaucoup plus cher que si elles avaient été soigneusement préparées. Il est vrai qu’en juin 2007, immédiatement après les élections présidentielles et législatives, le temps n’était pas de se préoccuper des jeunes…mais de voter la loi TEPA avec le fameux bouclier fiscal. Mais au fait comment Sarkozy Nicolas va-t-il faire pour rendre aux Français les 68 milliards d’euros qu’il avait promis sous forme de baisses d’impôts ? Peut-être nous le dira-t-il aujourd’hui en Picardie dans un énième discours d’importance nationale, comme le disent à l’envie toutes les chaînes de radio et de télévision.
Michel Escatafal
07:49 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
22.03.2009
A propos de "résolutions immuables"...
Le moins que l’on puisse dire est que le gouvernement ne prend pas la mesure de ce qui se passe dans le pays. Mais qui pouvait en douter alors que depuis bientôt deux ans ce pouvoir ne cesse de passer à coté de son sujet. Nicolas Sarkozy devait réformer la France, promis, juré, et au final pour le moment il a surtout fait en sorte d’aider ses amis. Il devait être le président du pouvoir d’achat et s’il l’a été c’est d’abord et presque exclusivement pour lui-même. Il devait, il devait…Résultat, même en tenant compte du fait que la crise est mondiale, il n’y a jamais eu autant de monde dans la rue depuis très longtemps à l’occasion de la journée du 19 mars, avec pour les syndicats cette difficulté à traduire concrètement la mobilisation des Français, c’est-à-dire en faisant reculer le pouvoir. J’ai bien dit des Français, et non de leurs troupes, car pour avoir participé à ces manifestations je puis témoigner que nombreuses étaient les personnes n’ayant ni appartenance syndicale ni carte politique, contrairement à ce qu’une certaine presse aux ordres semble vouloir affirmer.
Les organisations syndicales se retrouvent en effet devant un cas de figure auquel elles n’avaient peut-être pas pensé. Et si le pouvoir restait autiste devant tous ces mécontentements, comme a semblé le confirmer l’ineffable François Fillon sur TF1 le soir du 19 mars ? Ce soir-là ce dernier a même essayé de jouer à ce qu’il croit être « l’homme d’Etat », en renvoyant dans leurs buts les syndicats, indiquant que l’Etat avait déjà beaucoup fait et que s’il fait davantage il creusera encore plus les déficits du pays. A ce propos, il est quand même savoureux d’entendre le Premier ministre s’inquiéter de l’augmentation de la dette, dont il ne s’est jamais préoccupé pendant la campagne présidentielle, alors que le dérapage sans précédent de nos finances publiques est due pour partie aux multiples cadeaux fiscaux faits aux plus riches dès l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, au moment où la crise était annoncée partout dans le monde. Désolé Monsieur le Premier ministre, mais n’est pas Raymond Barre qui veut ! J’irai même plus loin en disant que la posture de Monsieur Fillon l’autre soir frisait l’imposture.
Alors me direz-vous comment exploiter l’incontestable succès qu’a représentée la journée du 19 mars, d’autant que sous une unité de façade les syndicats sont quand même très divisés face à un patronat et un gouvernement qui, malgré des apparences trompeuses, travaillent la main dans la main, les cris d’orfraies de Nicolas Sarkozy poussés en direction des grands dirigeants des banques s’octroyant sans vergogne des milliers de stocks options n’étant là que pour amuser la galerie. Certes en disant cela je suis bien conscient que je vais à contre courant de ce que disent les observateurs dits avertis, mais si le pouvoir avait réellement voulu lutter contre ces pratiques scandaleuses alors que l’Etat était obligé de mettre la pain à la poche pour venir au secours de ces établissements en difficulté, et bien il suffisait de soumettre les aides à certaines conditions (pas de bonus, pas de stocks options, pas de hausse des rémunérations pour les hauts dirigeants sous toutes ses formes etc.), ce que va faire l’Administration américaine à partir de maintenant. Tout le reste ce ne sont que billevesées ou incantations de circonstances !
Cette parenthèse refermée quelles suites les syndicats peuvent-ils donc donner à leur action compte tenu de leurs divergences sur le fond de l’action à mener et sur la forme? Certains, les plus radicaux, veulent que l’action se poursuive dans la foulée du 19 mars et souhaitent le plus rapidement possible une nouvelle journée d’action…avec le risque qu’elle soit moins suivie, car qui dit journée de grève dit aussi retenue sur salaire. Or une baisse de la mobilisation serait immédiatement exploitée par le pouvoir avec la complaisance active de la plupart des médias, ce qui explique la prudence de certains leaders syndicaux et pas seulement « les plus réformistes ».
Reste donc la journée du 1er mai qui a l’avantage d’être fériée, donc sans conséquence financière sur la paie. Problème, le 1er mai c’est dans un mois et demi et d’ici là gageons que le pouvoir va s’activer à occuper le terrain…comme d’habitude, et même plus que d’habitude si c’est possible. Entre la journée du G20 où nous verrons en boucle pendant plusieurs jours Nicolas Sarkozy avec Barack Obama, Gordon Brown et Angela Merkel, plus quelque évènement auquel on s’efforcera de donner une grande portée médiatique, ce ne seront plus les syndicats qui vont attirer l’attention surtout si, comme c’est possible pour ne pas dire vraisemblable, ces derniers n’auront aucun succès, même modestes, à offrir aux salariés du public comme du privé.
D’ailleurs que pourrait bien concéder Nicolas Sarkozy pour atténuer la grogne ambiante ? Une hausse du Smic ? Il ne faut pas y compter tellement le patronat y est farouchement hostile en raison, dit-il, de l’effet boule de neige que cela pourrait avoir sur l’ensemble de l’échelle des salaires. Or si le Medef y est hostile, le gouvernement ne bougera pas ou si peu. Renoncer aux suppressions de postes dans la fonction publique ? Difficile à envisager car ce serait mettre à plat toute la stratégie gouvernementale de démantèlement des services publics pour les offrir au privé, même si ça et là il pourrait y avoir quelques infléchissements ne serait-ce que pour diviser les syndicats. La suppression ou l’aménagement du bouclier fiscal ? Là aussi c’est quelque chose d’impensable dans la mesure où cela touche les amis du président, et ceux qui l’ont aidé à arriver au pouvoir…et qui sont prêts à recommencer pour l’y maintenir le moment venu.
En plus, avec ce qu’a dit le président de la République cette semaine, s’il faisait une concession sur le sujet cela signifierait pour lui une grande défaite avec de nombreuses conséquences politiques, notamment dans sa majorité qui commence quand même à se poser des questions sur la manière de gouverner de celui qu’elle a adoubé. C’est bien sur la reculade à propos du CPE, à laquelle Nicolas Sarkozy n'était pas étranger, que Dominique de Villepin a vu son ascension présidentielle être brutalement stoppée. Alors même si le bouclier fiscal est profondément immoral, dans la mesure où il protège ceux qui en bénéficient de toute hausse future des prélèvements, je n’imagine pas que Nicolas Sarkozy puisse y toucher.
Cela dit, pour le pouvoir ce n’est quand même pas gagné. On a vu dans le passé ce que la désespérance pouvait infliger à ceux qui faisaient mine d’ignorer les revendications de ceux qui souffrent le plus. De plus arrive un moment où la désinformation pour ne pas dire la propagande a ses limites, surtout si nous ne sommes qu’au début d’une crise dont personne ne sait combien de temps elle va durer. Pour certains elle devrait atteindre son pic l’hiver prochain, avant de s’effacer devant une reprise dont on verrait les premiers signes aux Etats-Unis au cours du premier semestre de l’an prochain, mais pour d’autres ce redémarrage d’ici un an ne serait qu’une rémission avant un nouveau recul aux conséquences totalement imprévisibles.
Ce scenario, de loin le plus noir, n’a rien d’une simple hypothèse dans la mesure où précisément l’ampleur de cette crise a été largement sous-estimée jusque là. Dans ces conditions l’arrogance affichée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement ne pèserait pas lourd face à la détermination de ceux qui n’auraient plus rien à perdre. Il reste à espérer que la raison finira par l’emporter et que le président de la République comprendra que la situation est plus grave qu’il ne semble la percevoir. Il devrait savoir qu’il ne sert à rien de nier l’évidence, comme le faisait Charles X avec « ses résolutions immuables »…peu avant sa chute. En attendant le meilleur moyen de l’aider à redescendre de son nuage, est d’infliger à son parti, l’UMP, une mémorable déroute électorale lors des prochaines élections européennes, en votant pour les candidats du Mouvement Democrate, seul parti authentiquement européen sur l’échiquier politique.
Michel Escatafal
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19.03.2009
L'histoire ne ment pas
En parcourant le site Web du Figaro j’ai découvert un article sur ce qui se passe à l’étranger, au moment où en France la mobilisation sociale est extrêmement importante, comme le prouve les millions de personnes qui ont participé aujourd'hui aux diverses manifestations organisées à Paris et en province. Et le titre de cet article est tout à fait explicite, sans doute à l’encontre de ce que voulait démontrer le journal dont chacun sait qu’il est très « sarkolâtre ». Quel était donc ce titre ? Réponse : « Les manifestations sont rares ailleurs en Europe ». Et pour ma part j’ai envie d’ajouter, alors que la crise a des effets encore plus dévastateurs dans certains pays que dans le notre, heureusement en partie protégé par ce qui reste du « modèle social français ». Et parmi ces pays il en est un au moins, la Grande Bretagne, qui subit une crise d’autant plus aigue qu’une partie de sa richesse provient des revenus de la City.
Or d’après le Figaro, s’il est prévu à Londres le samedi 28 mars une grande manifestation, à la veille de la réunion du G20, rien n’indique qu’elle rencontrera un succès suffisant pour pouvoir ébranler le pouvoir, d’autant que la contestation portera sur un sujet beaucoup plus général que chez nous, à savoir attirer « l’attention des chefs d’Etat ou de gouvernement sur l’importance de mettre les gens au premier plan ». On le voit, ce type de manifestation d’ordre plutôt altermondialiste n’a rien à voir avec l’ampleur du mécontentement qui atteint la France depuis plusieurs mois. D’ailleurs depuis le début de cette crise les Britanniques font preuve d’un certain stoïcisme, bien dans la tradition du pays, en attendant des jours meilleurs.
En Italie nous dit le Figaro, les mouvements sociaux sont loin d’avoir l’ampleur des grandes manifestations d’autrefois contre Silvio Berlusconi qui, par parenthèse, continue d’avoir une cote de popularité élevée dans tous les sondages d’opinion. Cela ne signifie pas que les mécontentements n’existent pas chez nos amis transalpins, mais pour le moment les mouvements de grève sont sporadiques, même si de nombreux secteurs sont concernés. En Allemagne, si l’inquiétude est palpable pour parler comme le Figaro, le scénario d’une grève générale a fort peu de chances de se réaliser et ce, malgré de nombreuses revendications salariales touchant à la fois le secteur privé et public avec là aussi des mouvements de grève localisés.
Et pourtant, de part sa spécificité exportatrice, l’industrie allemande souffre énormément des effets de la crise au point que les destructions d’emplois atteignent des sommets inconnus depuis des lustres. Enfin en Espagne, pays encore plus fortement touché par le chômage qui atteint de nouveau 15% de la population, les syndicats n’en sont pas encore à appeler les travailleurs à descendre dans la rue, ce qui n’exclut pas là aussi des manifestations locales en cas de fermetures d’usine. De plus, ajoute le Figaro avec une pointe d’envie, même l’opposition de droite n’en rajoute pas dans le mécontentement et se contente d’exhorter le gouvernement à « ouvrir le dialogue avec tous les partenaires sociaux ».
Alors comment se fait-il que dans notre pays l’exaspération soit à son comble ? Tout simplement en raison de l’arrogance dont a fait preuve le pouvoir depuis le début de la crise, et plus particulièrement le chef de l’Etat lui-même dès sa prise de fonction. Il suffit de se rappeler les premiers jours du quinquennat avec la nuit du Fouquet’s et les vacances de milliardaire sur le yacht de Vincent Bolloré à Malte. Puis ce furent les premières mesures prises par Nicolas Sarkozy dès le mois de juillet 2007, au moment où la crise financière commençait à se faire sentir aux Etats-Unis, avec notamment le fameux bouclier fiscal limitant l’impôt maximal à 50% du revenu, aujourd’hui tellement controversé. C’était cela la « droite décomplexée » comme l’écrivait tous les thuriféraires de Nicolas Sarkozy, à commencer par le Figaro.
On nous disait même que les Français avaient évolué dans leur rapport à l’argent, et qu’ils étaient à présent favorables au bouclier fiscal, ce que contestait toute l’opposition et même certains dans la majorité, considérant cela comme un cadeau aux plus riches. Il paraissait en effet évident que ces derniers étant partis depuis longtemps à l’étranger, sous des cieux plus hospitaliers sur le plan fiscal, aucun d’entre eux ne reviendrait…ce qui fut bien évidemment le cas. Aujourd’hui, alors que l'Etat vient à la rescousse des banques et des grandes entreprises, la grogne envahit peu à peu l’ensemble de la société, celle-ci ne comprenant pas qu’en plus de venir en aide à coups de milliards d’euros à ceux qui sont jugés responsables de la crise, le président de la République s’obstine « à ne rien lâcher sur le bouclier fiscal». Comment d’ailleurs est-il possible de justifier une telle mesure, au moment où justement le niveau des inégalités dans notre pays est plus criant que jamais ?
D’ailleurs même le président des Etats-Unis, Barack Obama, affirme que « s’il n’y a rien de mal à faire de l’argent, il y a quelque chose qui ne fonctionne plus lorsque le terrain de jeux est si fortement incliné en faveur de si peu de gens ». C’est exactement l’inverse de ce que pense Nicolas Sarkozy. Il est vrai que malgré l’héritage calamiteux laissé par son prédécesseur, le nouveau président américain maintient le cap de ses réformes, de vraies réformes celles-là, en décidant d’investir aussi massivement qu’il est possible de le faire dans l’éducation, le système de santé et le développement durable, au point d’ailleurs que ses opposants républicains le traitent de « socialiste ».
Voilà au moins un gros mot dont personne n’affublera Nicolas Sarkozy. Le malheur pour lui est que plus personne ne le croit quand il affirme qu’il veut moraliser le capitalisme, et plus grave encore le nombre de gens qui lui font confiance pour la conduite des affaires du pays fond comme neige au soleil. Quelque chose me dit que l’héritage en 2012, car je n’imagine pas que Nicolas Sarkozy puisse être réélu, pourrait être plus calamiteux encore que celui imaginé par les plus pessimistes d’entre nous. Cela dit, il en va toujours ainsi quand un peuple est soumis à la volonté d’un seul homme. L’histoire ne ment pas.
Michel Escatafal
20:42 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
17.03.2009
Le bateau UMP tangue, mais ceux qui sont à bord essaient de naviguer au mieux de leurs intérêts électoraux!
Les députés UMP ne sont ni courageux, ni téméraires. Quand je dis UMP cela signifie pour moi la majorité présidentielle car le Nouveau Centre n’existe pas…sauf à l’Assemblée Nationale où il a un groupe qui ne sert strictement à rien. En attendant les dits députés commencent à prendre peur devant l’ampleur de la contestation et de la révolte qui commencent à envahir nos provinces, certains même craignant que ne se développe en métropole ce qui s’est passé dans les DOM. Il est vrai que quand on voit des pans entiers de notre industrie, ou plus généralement de notre économie, tomber sous les coups d’une crise qui a été provoquée par ceux-là mêmes qui demandent des aides aujourd’hui, cela a de quoi révolter le petit peuple surtout quand celui-ci voit nombre de travailleurs âgés de 30, 40 ou 50 ans se faire licencier après des années de bons et loyaux services auprès de leur entreprise. Je serais à la place de nos gouvernants je m’inquièterais sérieusement, car tout à coup les 2 ou 3 millions de personnes qui vont défiler jeudi pourraient être beaucoup plus nombreuses.
D’ailleurs certains syndicalistes ne s’y trompent pas, y compris chez les moins contestataires ou disons les plus gentils vis-à-vis du pouvoir, un pouvoir qui lui aussi commence à sérieusement paniquer à l’image de ces ministres à la fois incompétents et craignant pour leur portefeuille. A ce propos je me demande bien pourquoi ces derniers ont tellement peur puisqu’à ce jour aucun d’entre eux n’a été congédié et ce, bien qu’ils aient fait la preuve pour la quasi-totalité d’entre eux de leur nullité. Cela dit il y a quand même une explication à cela, à savoir que Nicolas Sarkozy ne peut pas sanctionner des gens qui ne font qu’appliquer plus ou moins maladroitement ses décisions. Comment reprocher à des ministres leur mauvaise gestion des finances publiques, de l’enseignement, de l’hôpital, de l’audiovisuel public etc. quand les ministres apprennent les décisions relevant de leur ministère en même temps que les téléspectateurs ou les journalistes.
Reste que ces titulaires de portefeuilles ministériels ont été remarquablement choisis par leur mentor à l’Elysée tellement ils font preuve de docilité. Après tout un ministre capable d’avoir des idées personnelles et d’essayer de se comporter en homme ou femme responsable, cela peut effectivement avoir quelques inconvénients, surtout s’il persiste et signe dans son envie de faire bouger les choses. Rama Yade s’est essayée à l’exercice, mais à chaque fois qu’elle semblait avoir fait un pas en avant c’était immédiatement pour faire deux pas en arrière…et rentrer dans le rang. Ce manque de courage ou de témérité ne lui aura servi à rien puisqu’il est acquis qu’elle sera débarquée au prochain remaniement ministériel, contrairement à ces pauvres Laurent Wauquiez, Luc Chatel ou Christine Lagarde, tous plus pathétiques les uns que les autres, qui ne cessent de se faire recadrer par le Premier ministre…parce qu’ils émettent une idée de simple bon sens, par exemple sur les suppressions d’emplois chez Total ou la fermeture de Continental à Clairoix, unité qui emploie 1120 salariés. Au passage on rappellera dans ce dernier cas que le slogan « travailler plus pour gagner plus » si cher à Nicolas Sarkozy a vite volé en éclats, au préjudice des malheureux personnels de cette entreprise qui avaient accepté de travailler 40 heures hebdomadaires pour pérenniser l’emploi sur le site jusqu’en 2012.
Pauvres ministres qui ne savent plus sur quel pied danser, puisqu’ils sont constamment obligés de changer de rhétorique au gré des circonvolutions issues de la pensée du président de la République…l’œil rivé sur les sondages d’opinion. Alors parfois il faut verser des larmes de crocodile pour faire social, mais aussi il ne faut surtout pas effaroucher les amis du président. Quel dur métier que celui de ministre ou secrétaire d’Etat ! Quel dur métier aussi que celui de député UMP en ce moment, au point que certains d’entre eux comme Pierre Méhaignerie, ex UDF fondu dans l’UMP et élu depuis...1978 dans une circonscription autrefois détenue par son père, en arrivent à proposer l’imposition d’une contribution exceptionnelle aux contribuables gagnant 300.000 à 400.000 euros par an, comme veut l’imposer Barack Obama aux Etats-Unis. Problème, Nicolas Sarkozy ne veut pas d’une mesure aussi audacieuse parce qu’elle toucherait quelques uns des Français les plus riches, ce qui est pour lui le comble de l’horreur.
Dans ces conditions gageons que Pierre Méhaignerie et ses amis parlementaires rangeront rapidement leurs velléités de contestation au vestiaire, et rentreront gentiment dans les rangs comme ils le font depuis toujours. Et pourtant si ces députés le voulaient réellement, s’ils étaient enfin prêts à entrer en résistance, ils pourraient contraindre le président de la République et son gouvernement à faire bouger les choses, et à pratiquer une politique plus conforme à notre idéal républicain de justice et de fraternité. Que risquent en effet un Pierre Méhaignerie et bien d’autres parlementaires de son âge (70 ans) sinon faire enfin preuve d’un peu de courage politique? Ah si j’oubliais, ces gens-là pourraient subir les représailles des instances de leur parti, et donc ne plus avoir à la prochaine élection l’investiture UMP. Quel drame en effet s’ils venaient à perdre leur emploi! Tout cela est affligeant.
Michel Escatafal
15:14 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
16.03.2009
Ce qu'Adam Smith n'avait pas prévu
Certains à droite et à gauche ont l’air de dire que si l’on veut régler en partie la question du logement dans notre pays, il faut devenir propriétaire. D’ailleurs Nicolas Sarkozy lui-même voulait « une France de propriétaires ». Il voulait aussi, dans la même logique, que les gens s’endettent davantage parce que dans son esprit un pays qui ne s’endette pas est un pays qui refuse les risques. On connaît la suite et elle n’est pas glorieuse. On peut même dire d’une manière simpliste que pour régler le problème du logement de plus en plus dramatique dans notre pays, il faut appliquer strictement la loi des 20% de logements sociaux dans les communes de plus de 3500 habitants. Là aussi on sait comment certaines communes contournent la loi, notamment à Neuilly, commune dont le maire s’appelait jusqu’à ces dernières années Sarkozy Nicolas. Bref on peut tout dire et n’importe quoi, et c’est d’ailleurs pour cela que tellement de Français pensent que les politiciens sont tous les mêmes, ce en quoi ils ont tort comme je ne cesse de le dire sur ce site.
Alors me direz-vous, que faire pour essayer d’améliorer à terme le problème du logement dans notre pays ? Tout d’abord il faut noter que j’ai pris la précaution de dire « essayer d’améliorer à terme » pour bien montrer que les incantations ne suffisent pas dans ce domaine. Ensuite, pour construire des logements sociaux il faut des moyens et nombre de communes n’en ont pas. Certaines ont choisi la voie de l’emprunt à un certain moment, mais chacun sait qu’emprunter à ses limites surtout quand on a l’impression qu’on peut s’endetter indéfiniment ce que certains élus, pas forcément de mauvaise foi, ont cru possible. Ceux-là sont tombés de très haut, et s’ils n’ont pas fait un gros effort sur le logement social c’est aujourd’hui trop tard car les ressources ne vont pas aller en s’améliorant. Comment pourrait-il en être autrement quand l’Etat ne cesse de se désengager, et quand le chef de ce même Etat prend des décisions à l’emporte pièce dont on sait qu’elles vont assécher les ressources des communes.
Quant à l’autre solution consistant à acheter son propre logement c’est évidemment la plus rationnelle et la plus attrayante…à condition de pouvoir acheter son logement. En effet, la politique monétaire est très accommodante pour parler comme Monsieur Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne, et certains pensent qu’à terme cette politique monétaire débouchera nécessairement sur un dérapage de l’inflation. J’ai dit à terme parce que le risque est assez faible pour les deux ou trois années à venir dans la mesure où il faudra d’abord sortir de la crise. Mais après le risque existe et il n’est pas négligeable le jour où les affaires vont reprendre, ce qui ne manquera pas d’arriver.
Dans ce cas il y a deux cas de figure, avec d’un coté celui qui a de l’épargne disponible qui aura donc le choix entre acheter de l’or pour protéger son bas de laine, réinvestir dans des valeurs mobilières pour ceux qui ne seront pas trop traumatisés, ou investir dans l’immobilier. Problème dans ce dernier cas, les investisseurs n’aideront pas réellement à résoudre le problème du logement, car ils voudront rentabiliser leurs investissements et donc appliqueront des tarifs élevés aux locataires qu’ils trouveront. Reste la solution de s’endetter pour acheter son propre logement, solution facilitée par les taux d’intérêt bas en prenant soin d’emprunter à taux fixes ce qui protège contre les soubresauts du loyer de l’argent, par les exonérations fiscales en vigueur dans le cadre de la loi TEPA qui font partie des mesures les moins contestables de cette loi, et certains diront par la possibilité de voir sa dette s’éroder en cas de retour de l’inflation, ce que personne ne doit souhaiter… parce que les locataires ayant le moins de ressources en seraient les premières victimes une nouvelle fois.
Aujourd’hui, il y a effectivement des affaires à faire dans l’immobilier d’autant que l’on peut discuter les prix dans la construction d’une maison ou l’achat d’un appartement. Toutefois, cela reste quand même très difficile de trouver des crédits auprès des banques, celles-ci ne prêtant de plus en plus qu’à ceux qui ont les moyens. Cela veut dire que les particuliers ont beaucoup de mal à trouver des financements, dans une conjoncture marquée par une faible activité dans les entreprises et donc par un fort risque de perte d’emploi, d’où la réticence des organismes prêteurs qui font payer aux candidats acquéreurs leur laxisme de ces dernières années et…leurs pertes sur les marchés financiers. On le voit la solution au problème du logement dans notre pays n’est pas prête d’être réglée, ni même améliorée à court terme, contrairement à ce que Madame Boutin et Martin Hirsch essaient de nous faire croire. Une fois encore ce gouvernement nous ment et nous berce d’illusions, à moins qu’il ne s’en berce lui-même.
Et cela m’amène à dire une fois encore que tout cela est la résultante d’une idéologie, dite ultra libérale, basée uniquement sur le profit immédiat, qui a servi de guide pendant des années à des politiciens incapables de faire le tri entre la toute puissance du marché et la nécessaire régulation pour maintenir un minimum de cohésion sociale, dans un pays comme le notre. Pire même, on en est arrivé à stigmatiser « ceux qui n’ont pas réussi » au sens où l’entendaient les thuriféraires « du fric à outrance ». Il était même de bon ton d’afficher son goût de l’argent, institué comme seule valeur d’une société développée, notre président de la République sitôt élu en donnant le premier exemple avec sa célèbre réception au Fouquet’s et ses vacances chez des milliardaires. Ses proches et amis n’étaient pas en reste, au point d’entendre un Séguéla affirmer avec une morgue bouffonne que « si on n’a pas de Rolex à 50 ans on a raté sa vie ».
Est-ce avec de tels individus que l’on va refonder le capitalisme pour le rendre plus humain ? Sûrement pas, même si certains vont dire à juste raison que cette idéologie dévastatrice pour le plus grand nombre n’avait rien à voir avec un des fondateurs du libéralisme économique, Adam Smith, qui affirmait que « l’homme sage et vertueux sera en tout temps incliné à sacrifier son propre intérêt privé à l’intérêt public de sa corporation ou société ». Hélas Adam Smith comme tant d’autres était un doux rêveur, qui n’imaginait pas que la liberté d’entreprendre pouvait déboucher sur les déviances que l’on a connues au cours des dernières décennies, au point que dans un pays comme les Etats-Unis, le plus riche de la planète, un dixième des Américains vit ou plutôt survit grâce aux tickets de rationnement. Mais chez nous ce n’est guère mieux, quand on songe que chaque année « les Restos du Cœur » et les autres organisations caritatives voient arriver un nombre toujours plus considérable de gens incapables de financer leurs achats de nourriture. Ceux-là se moquent d’avoir « une Rolex », ils veulent simplement manger ou donner à manger à leurs enfants !
Voilà pourquoi je suis de plus en plus convaincu que François Bayrou avait raison d’affirmer haut et fort, pendant sa dernière campagne présidentielle, que si la France devait être d’abord un pays « pro-entreprise » car l’entreprise est le lieu de création de richesse, de l’emploi, de la conception, de la recherche, de la conquête des marchés etc., elle devait aussi mettre en œuvre ce qu’il appelait « une solidarité refondée ». Générer une croissance forte et durable c’est bien, mais à condition que cela crée des emplois, que cela permette une amélioration du pouvoir d’achat et que cela permette de financer la solidarité et la protection sociale. C’est tout le contraire de ce que propose aujourd’hui encore Nicolas Sarkozy, lui qui veut tailler sans cesse dans tout ce qui est dépenses sociales au sens large du terme. Plus grave encore, tout cela est fait au prix d’un endettement qui atteint des sommets…parce qu’une fois pour toutes notre président de la République a décidé que la société est ainsi faite, avec d’un coté des gains excessifs et des contributions minimales pour les plus riches et un énorme déficit à financer par le plus grand nombre. On comprend pourquoi on a tellement de mal à relancer la machine économique.
Michel Escatafal
12:15 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
13.03.2009
Les paradis fiscaux : un inépuisable sujet de discussion
Le sujet du moment dans les journaux et plus encore sur le net concerne les paradis fiscaux parce que bientôt (le 2 avril prochain) aura lieu le G20 organisé à Londres. On ne parle en effet presque que de cela …avec les vacances au Mexique de Nicolas Sarkozy et son épouse la semaine dernière. Passons sur ce sujet qui relève du frivole, et revenons donc au sujet qui nous intéresse. Il est d’autant plus intéressant qu’il n’y a pas de définition exacte de paradis fiscal, parce que tout dépend de ce que l’on met dedans. Cela signifie qu’un vrai paradis fiscal est un pays où la fiscalité est très faible…et que personne ne s’occupe d’où vient l’argent. En plus avec les instruments dont on dispose pour les transferts de fonds d’un pays à un autre, il est souvent très difficile d’opérer certains contrôles même si on est bien décidé à le faire. En tout cas cela prend du temps.
Le problème est que les entreprises et les particuliers (les plus riches évidemment!) n’acceptent pas de payer les impôts qui leur sont demandés…parce qu’ils trouvent que ce prélèvement est exagéré. Alors ils essaient de transférer un maximum d’argent dans des endroits où la fiscalité est plus accommodante. De plus, avec des structures juridiques ad hoc, ils peuvent même travailler et faire fructifier leurs économies dans des pays où a priori ils n’ont rien à faire, par exemple dans des petits pays isolés, sans ressources…qui vivent uniquement de cela. C’est autant d’impôts que ces sociétés ou ces particuliers ne paieront pas là où se situe leur véritable activité.
Je pourrais continuer longtemps cette démonstration qui nous permettrait d’arriver toujours au même résultat, à savoir un enrichissement supplémentaire pour celui qui a quitté son pays, et un manque à gagner évident pour le pays d’origine. En prenant un exemple très simple, un Français qui crée une société à Chypre va payer 10% d’impôt sur les sociétés alors qu’il paierait 33,3% en France. Rien n’empêche cette dame ou ce monsieur de réaliser l’essentiel de son activité ailleurs qu’à Chypre. Au passage et puisque nous allons voter pour les élections européennes, on s’aperçoit à quel point il aurait été utile de faire de l’Union Européenne une confédération politique, avec un minimum d’Etats désireux de marcher du même pas (10,12,15?), notamment sur le plan fiscal, avant d’élargir l’Union Européenne à 27.
Pour revenir à notre sujet je voudrais aussi signaler qu’il peut y avoir certains endroits en France ou ailleurs où la fiscalité est aussi très attrayante…parce que les pouvoirs publics en ont décidé ainsi. Par exemple les zones franches urbaines dans lesquelles les entreprises sont exonérées d’impôts pendant quelques années pour dynamiser une région. Cela dit, ceux qui s’installent dans ces zones ne peuvent le faire que dans des conditions très formelles, donc avec une connaissance précise de la provenance de l’argent investi, ce qui signifie que dans ce cas l’appellation « paradis fiscal » est impropre. Elle ne l’est en revanche pas du tout quand certains pays restreignent voire refusent tout échange d’information lorsqu’ils sont sollicités par un Etat dans le cadre d’une procédure judiciaire. En fait il n’y en a plus beaucoup, les derniers récalcitrants se faisant violence pour ne surtout pas figurer dans la liste noire établie par la nouvelle administration américaine dans le projet de loi anti paradis fiscaux.
En évoquant cela, il faut souligner que ce sera désormais un peu plus difficile d’aller transférer de l’argent dans des endroits où jusqu’à présent on était à l’abri de presque tout. La crise n’a pas que des aspects négatifs, même si le laisser-faire de ces dernières années va coûter très cher. Ensuite les Etats-Unis de Barack Obama sont décidés à faire appliquer une règle proposée…en 1981, consistant à empêcher une banque de s’installer simultanément sur son sol et dans un paradis fiscal où le secret bancaire garantit l’impunité au fraudeur.
A ce propos, j’en profite pour dire que nombreux ont été les engagements des Etats du G7 ou du G8 pour rendre plus transparents les paradis fiscaux, mais que cela n’a jamais été suivi d’effet…parce que tout le monde était content du système, même s’il n’était pas satisfaisant sur le plan moral. Mieux même, le principe de l’échange d’informations fiscales entre les pays de l’Union Européenne qui va maintenant concerner tous les pays de l’Union, donc y compris la Belgique, le Luxembourg et l’Autriche, mais aussi la Suisse, n’a rien d’une innovation parce que ce fut proposé à la conférence financière de la SDN…en 1920. Ce fut proposé, mais sans effet car non soumis à obligation.
Malgré tout le fait qu’un pays comme la Suisse abandonne le secret bancaire fiscal, et accepte de livrer des informations sur les détenteurs étrangers de compte suisses, lorsqu’il est établi que ces comptes n’ont pas été déclarés dans le pays de domicile des contribuables, est en soi une révolution même si cela paraît insuffisant au ministre allemand des Finances, Peter Steinbrück. Ce dernier, en effet, souhaite aller jusqu’à l’échange automatique et systématique d’informations sur les détenteurs allemands de compte suisses.
Contrairement à Nicolas Sarkozy, Peter Steinbrück ne se contente pas de mots ou de déclarations d’intention. Malgré tout ce n’est pas encore gagné pour lui, car nul doute que les Suisses feront tout pour limiter tout accord a minima, d’autant qu’ils ont du mal à digérer les 780 millions de dollars versés par UBS à la justice américaine le mois dernier, et plus encore la livraison des données bancaires de 250 fraudeurs américains. D’ailleurs peu après UBS a refusé de donner des informations concernant les comptes de 52 000 clients supplémentaires.
En résumé, même si des efforts sont faits pour limiter l’évasion d’argent vers les paradis fiscaux, même si ceux-ci sont davantage surveillés, leur rôle ne va pas s’éteindre pour autant du jour au lendemain. Au-delà des incantations d’un Nicolas Sarkozy, toujours prompt à faire parler de lui devant une caméra, il faut quand même avoir à l’idée que la position adoptée par les Etats-Unis et l’Europe et qui prévaudra lors du fameux G20, ne sera qu’une avancée modeste dans la lutte contre les transferts des banques à destination des paradis fiscaux.
Dans ce nouveau dispositif, le pays jugé paradis fiscal devra simplement s’obliger à transmettre des informations bancaires sur un non-résident...après lui avoir apporté la preuve d’un soupçon de fraude. On est loin par exemple de l’idée avancée par certains de l’obligation de déclarer au fisc du pays d’origine du contribuable, les revenus de placement à l’étranger. Voilà une mesure qui ajouterait de la transparence à la finance mondiale…à condition que chaque pays soit disposé à faire appliquer la loi.
Michel Escatafal
21:09 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société


