31.03.2009

Pour le Premier ministre « l’injustice la plus criante » n’est pas la même que celle des Français

f.fillon.jpgJ’ai toujours pensé que le Premier ministre n’avait rien d’un héros, qu’il n’était pas un homme d’Etat, mais à présent nous savons qu’il ne pense qu’à garder sa place et rien d’autre. Peu importe qu’il soit un chef de gouvernement virtuel, peu importe les humiliations, il ne songe qu’à durer là où il est. Pourquoi ? Je n’en sais rien, sauf à considérer qu’après tout la place est bonne et qu’elle présente de multiples avantages, surtout quand on n’assume pas réellement les décisions. Quand on est ministre, à plus forte raison le premier d’entre eux, il y a deux manières d’aborder la fonction : soit on s’investit à fond et on assume jusqu’au bout, quitte à démissionner si on n’est pas suivi par le président de la République, soit on laisse faire et on devient un simple collaborateur. Il paraît que ce mot a choqué Monsieur Fillon quand il a été prononcé par Nicolas Sarkozy peu après son arrivée à l’Elysée, à une époque où ce dernier pouvait dire tout et n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Dans ce cas il y avait une attitude digne à avoir de la part de François Fillon, à savoir démissionner. Est-ce que son destin national aurait pu en souffrir ? Sans doute pas d’autant que personne ne lui en prête un.

Et ce n’est pas avec l’annonce de son décret sur l’interdiction des stock-options qu’il va redorer son blason bien terni. Tout d’abord, ce décret n’a pas la moindre ambition puisqu’il se limite à huit groupes ayant reçu des fonds publics, et qu’il s’appliquera jusqu’en 2010. Ce doit être cela que Nicolas Sarkozy appelle la moralisation du capitalisme. Cela n’a pas empêché François Fillon de jouer au dur en l’absence du maître, allant même jusqu’à fustiger « le comportement irresponsable de quelques-uns ». Pour sûr « les quelques uns » ont du beaucoup trembler devant pareille assertion, d’autant que le Premier ministre a ajouté que ce qu’ils avaient fait l’avait été « au mépris de la morale la plus élémentaire ». Bigre ! Cela étant il n’a quand même pas été jusqu’à dire que « c’était l’injustice la plus criante », comme il l’avait fait à propos de ceux qui bénéficient des régimes spéciaux, par exemple les employés de la SNCF ou de la Banque de France. Ceux-là, aux yeux du Premier ministre, restent les Français les plus privilégiés avec leur retraite moyenne de 2000 euros mensuels. Je ne suis pas sûr, surtout en ce moment, que les Français pensent comme lui.

C’est d’ailleurs curieux que dans la presse on ne rappelle jamais ce genre de citation, indiquant plus que n’importe quelle démonstration la duplicité de nos gouvernants. N’importe qui dans l’opposition, mais aussi parfois dans la majorité, reconnaît que l’on aurait pu et dû faire plus si on avait voulu réellement lutter contre les abus scandaleux de ceux qui se permettent de demander de l’argent à l’Etat, mais qui ne renoncent en rien à leurs privilèges exorbitants. Et en plus ces gens se moquent du monde, comme nous avons pu le constater avec le cas Valéo, équipementier automobile, qui malgré une chute d’un quart de son chiffre d’affaires a accordé plus de 3 millions d’euros d’indemnité à son PDG…sous le prétexte que sans l’impact de la crise Valéo aurait été bénéficiaire. Mais que peuvent penser les gens qui vont être victimes de la suppression de 5000 emplois dont 1600 en France, et qui ne vont pas toucher le centième de ce que va toucher le PDG en question ? Est-ce que là aussi on n’est pas dans « l’injustice la plus criante » ?

 Alors bien sûr on entend depuis hier sur toutes les chaînes de radio et de télévision les éditorialistes des journaux proches du pouvoir, ou les soi-disant économistes qui ont été incapables de voir venir la crise alors qu’elle était déjà à nos portes, nous expliquer doctement que ce que demandent les partis d'opposition ou les syndicats est purement démagogique, et que ce débat sur la limitation des émoluments des patrons n’a pas plus lieu d’être que celui sur le bouclier fiscal. A ce propos d’ailleurs on entend de nombreuses contre-vérités, par exemple quand on nous dit qu’en Allemagne le bouclier fiscal est inscrit dans le Constitution, ce qui n’est pas vrai. Tout cela, ce ne sont que gesticulations pour défendre l’indéfendable dans une situation comme celle que nous sommes en train de vivre. Pire encore, c’est aussi le signe que dès la crise s’éloignera tout va repartir comme avant. Après tout 2010 c’est l’année prochaine, et c’est le terme de l’application du décret sur les stock-options.

Cela dit le plus grave dans cette affaire est que nos gouvernants prennent réellement les Français pour des imbéciles, notamment ceux qui ont voté pour Nicolas Sarkozy et l'UMP qui ont toutefois l'excuse d'avoir été dupés de bonne foi. Cela étant vouloir faire croire que le décret gouvernemental sur les rémunérations des dirigeants d’entreprise va corriger des inégalités est pour moi le comble de la mauvaise foi, d’autant que chacun sait bien que tout dispositif en la matière peut être facilement contourné…comme l’a reconnu avec une naïveté désarmante François Fillon lui-même, en précisant que les dirigeants des groupes visés par le décret pourraient se verser des compléments de salaires à l’étranger, et que seule « la morale et pression de l’opinion publique » pourraient l’empêcher. Ah la morale !

Michel Escatafal

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