30.03.2009
Le G20 : pas de grande décision à en attendre
Le moins que l’on puisse dire est que si Nicolas Sarkozy « a la banane », ce que Dominique de Villepin traduit par « survitaminé », il n’a pas beaucoup d’imagination. Cela d’ailleurs tout le monde le savait, mais au fur et à mesure que la crise s’installe il patauge de plus en plus, au point qu’il est de moins en moins président de la République et de plus en plus président de l’UMP. En tout cas ceux qui ont entendu François Bayrou dans son dernier discours à Paris à la Maison de la Chimie, ont pu s’apercevoir que le président du MoDem avait une vision autrement plus éclairée sur le monde qui nous entoure que celle de Nicolas Sarkozy. Mais au fond ce dernier a-t-il seulement une vision de quoi que ce soit ?
Si je dis cela de François Bayrou, c’est parce qu’il est en accord avec nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement dans le monde, pour souhaiter l’apparition d’une nouvelle monnaie de référence internationale pour remplacer le dollar, et ce à quelques jours du sommet du G20 à Londres. En effet, en lisant la presse internationale on s’aperçoit que ce souhait est partagé notamment par deux pays, la Chine et la Russie, qui ont acheté beaucoup de bons du trésor américains depuis quelques années, et qui commencent à manifester leur inquiétude à propos du dollar. Les Chinois ont même préparé une proposition concrète pour que la monnaie de référence soit une devise gérée par le FMI. Cette proposition a évidemment été refusée par Barack Obama, Ben Bernanke le président de la Réserve Fédérale américaine et Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor américain, les Etats-Unis tirant un maximum d’avantages d’une situation qui leur permet d’emprunter à bon compte et de rembourser dans leur propre monnaie. Malgré tout Timothy Geithner avait auparavant pris acte de cette idée chinoise, ce qui montre au passage tout le désarroi des autorités américaines face à cette crise.
A ce propos le président américain va être confronté ces prochains jours à son premier grand test sur le plan international et ce, au moment où les Etats-Unis sont dans une situation de faiblesse qu’ils n’avaient plus connu depuis la guerre du Vietnam, c’est-à-dire depuis bientôt une cinquantaine d’années. Et encore à cette époque il y avait la confrontation idéologique avec l’Union Soviétique, qui les protégeait de toute contestation en ce qui concerne leur leadership dans le « monde libre » comme on disait à l’époque. De nos jours les Etats-Unis ont mauvaise presse un peu partout dans le monde, d’abord en raison de la politique menée par Georges Bush depuis l’an 2000, ensuite parce que ce sont les excès de Wall Street qui ont plongé la planète dans sa plus grave crise depuis 1929. Du coup leur puissance est contestée sur tous les plans, économique, diplomatique ou militaire. C’est dire combien la tâche de Barack Obama est difficile dans un contexte aussi hostile, et il va lui falloir beaucoup de talent s’il veut réussir à convaincre ses interlocuteurs du G20 de l’aider à redresser en premier lieu son pays.
En effet malgré le poids des Etats-Unis dans le PIB mondial (plus de 21%), le président américain sait bien que ses pairs, y compris ceux dont les pays sont des alliés traditionnels des Etats-Unis, ne sont pas prêts à le suivre quant aux décisions à prendre pour stimuler l’économie mondiale, et ce pour plusieurs raisons. La première est que grâce ou à cause de la mondialisation, les énormes efforts de l’Administration américaine pour relancer son économie vont aussi profiter au reste du monde, notamment à la Chine mais aussi au Japon et à l’Europe. Ensuite les gouvernements européens sont soit exsangues en termes de finances publiques, par exemple la France ou l’Italie, soit bien décidées à ne pas creuser davantage les déficits et la dette, comme l’Allemagne, l’Espagne ou les Pays-Bas.
C’est un cas de figure auquel ne s’attendait sans doute pas Barack Obama car il oubliait simplement que la crise, pour sévère qu’elle soit en Europe, est loin d’avoir les mêmes effets dévastateurs qu’en Amérique, l’Europe bénéficiant à plein de son système de protection sociale… celui que Nicolas Sarkozy jugeait archaïque au moment de sa campagne présidentielle et des premiers mois de son mandat. Rappelons-nous son admiration sans borne pour le modèle anglo saxon, et le mépris qu’il affichait pour l’Etat providence. Refermons la parenthèse pour dire que, finalement, il ne faut sans doute pas attendre grand-chose de cette réunion du G20.
Au-delà des déclarations d’intention destinées surtout à rassurer les opinions publiques des Etats participants, au-delà aussi d’un certain consensus sur un sujet comme les paradis fiscaux cher à l’encore co-prince d’Andorre, il est de plus en plus clairement établi que ce sommet du G20 ne suffira pas pour rétablir la croissance mondiale, ni pour régler les multiples intérêts divergents de chacun des participants à cette réunion. En revanche il est certain que dans notre pays cette réunion du G20 à Londres jeudi, plus le sommet de l’OTAN à Strasbourg les 3 et 4 avril, seront une occasion supplémentaire pour les médias (aux ordres) de montrer Nicolas Sarkozy dans ses pompes et ses œuvres, en espérant que cela fera suffisamment diversion pour que le peuple oublie tous les échecs de sa politique. Je ne suis pas sûr toutefois que cela soit suffisant !
Michel Escatafal
15:27 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
Vous avez raison ça va faire beaucoup de bruit pour pas grand chose
Ecrit par : mary | 31.03.2009
Pauvre naze
Ecrit par : David | 03.04.2009
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