28.03.2009
Ils se ressemblent par certains côtés, mais ils sont très différents
En France il est courant de faire la comparaison entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, surtout chez les opposants à notre président de la République. Mais qu’en est-il en réalité ? Pour moi s’il est vrai qu’il y a des similitudes entre les deux hommes, il y a aussi de grandes différences qui font que la comparaison n’est pas toujours pertinente. En premier lieu il y a entre eux la barrière de l’argent. L’un, Silvio Berlusconi, est un entrepreneur devenu très riche, alors que l’autre, Nicolas Sarkozy, est un homme qui aime les gens riches et plus encore peut-être qui aime vivre comme un riche. C’est quand même une différence fondamentale qui explique clairement leur parcours politique très différent. Cela étant, je ne vais pas nier le fait qu’ils se ressemblent par certains côtés, ne serait-ce que sur le plan du populisme et de la démagogie, domaine dans lesquels ils sont experts l’un et l’autre.
Mais au fait pourquoi je parle de Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy aujourd’hui ? Tout simplement parce que le vieux leader italien vient de faire en Italie ce qui a été partiellement réussi en France, à savoir fédérer dans une seule formation politique toute les droites. C’est un peu comme si le Front National fusionnait avec l’UMP chez nous, elle-même issue de la fusion du RPR avec divers partis petits partis de droite et du centre-droit. Et pour en arriver à ce résultat en Italie, il n’aura fallu qu'une quinzaine d'années d’activité politique à Silvio Berlusconi, alors qu’en France il a fallu des décennies pour arriver à créer l’UMP, elle-même succédant à feu le RPR qui était déjà un rassemblement initié en 1958 par le général de Gaulle. Il est vrai qu’en Italie Silvio Berlusconi a bénéficié en 1994 d’un vide politique total à droite, après presque 40 ans de domination de la Démocratie Chrétienne avec à la clé de nombreux scandales politico-financiers.
Malgré tout force est de reconnaître que « Il Cavaliere », comme on surnomme S. Berlusconi dans la Péninsule, est un grand professionnel à tous points de vue. Il a bâti son parti politique, appelé Parti du peuple et de la liberté (PDL), né de la fusion entre Forza Italia (ancien parti berlusconien) et l’Alliance nationale (parti post-fasciste), comme il a bâti son empire de presse, c’est-à-dire en faisant des coups gagnants. Il faut quand même se rappeler que c’est dans les sous-sols de la régie publicitaire de son groupe (Fininvest) qu’est née Forza Italia en 1994, et que ce nouveau parti quelques semaines après a gagné les élections législatives en Italie. Cela Nicolas Sarkozy n’aurait pas su le faire.
En effet contrairement à son aîné, Nicolas Sarkozy a toujours bénéficié en quelque sorte du travail des autres que ce soit dans son fief de Neuilly, dans son département, ou même à l’échelon national où il a profité dans un premier temps de la protection de Jacques Chirac. Ensuite, s’il est devenu président de l’UMP, ce n’est pas lui qui a porté ce parti sur les fonds baptismaux puisque celui-ci est une création d’Alain Juppé. Bref il a toujours réussi à prendre la place de quelqu’un, ce qui est essentiellement la marque des opportunistes.
Pour revenir au PDL italien, il faut noter que l’exploit n’est pas mince pour Silvio Berlusconi d’avoir réussi à fusionner à l’intérieur du Parti des Libertés, des ex-socialistes avec des anciens chrétiens-démocrates, mais aussi des libéraux et bien sûr des post-fascistes. Cela fait quand même un très grand écart pour certains, mais hélas c’est aussi cela la politique en Italie comme en France ou ailleurs, et c’est aussi pour cela que la classe politique est déconsidérée. Au Mouvement Démocrate nous sommes bien placés pour parler de ceux qui, sans foi ni loi, sont prêts à tout pour un mandat local ou législatif ou pour un portefeuille ministériel. Dans le genre, reconnaissons aussi que certains ex ou encore socialistes, ne sont pas mal non plus. Et que dire des UMP qui après être tombés sous le charme de Dominique de Villepin, se sont jetés sans vergogne dans les bras de Nicolas Sarkozy…parce que celui-ci avait davantage de chances d’être élu président de la République.
Pour en revenir à Silvio Berlusconi il faut aussi noter que, contrairement à d’autres dirigeants de grands pays européens , il a réussi à conserver une cote de popularité intacte malgré la crise, presque aussi élevée que celle qu’il avait après sa victoire électorale de l’an passé. C’est quand même là aussi une forme d’exploit…qui doit susciter l’envie de Nicolas Sarkozy. Cependant pour ceux qui suivent la vie politique italienne cela n’a rien de très surprenant, car une large frange de la population, souvent peu politisée, a confiance en ses capacités d’entrepreneur, ce que Nicolas Sarkozy ne peut pas revendiquer.
Les Italiens ne voient en Silvio Berlusconi que l’homme qui a réussi dans les affaires, et sont prêts à beaucoup lui pardonner, y compris ses nombreux écarts de langage pour ne pas dire ses outrances qui, par parenthèse, susciteraient beaucoup plus la polémique dans notre pays. Pour les Italiens Il Cavaliere est une sorte de patriarche qui s’occupe d’abord de son pays, au lieu de courir le monde à la recherche d’une hypothètique grandeur qui ne l'intéresse pas. Il est aimé à la fois des anciens comme des jeunes, des riches comme de nombreux pauvres, malgré un programme politique quasi inexistant qui, pour parler comme certains journalistes transalpins, «se résume à un seul mot : lui-même ». C’est vrai à un point tel que les autres têtes d’affiche du PdL, notamment Gianfranco Fini, se demandaient hier au congrès fondateur : « Que faisons-nous ici ? »
Cela ressemble un peu me direz-vous à ce qui se passe à l’UMP. Sûrement pas, car pour rassembler des foules autour de Nicolas Sarkozy il faut battre le ban et l’arrière-ban des sympathisants ou adhérents du parti présidentiel. Ensuite, Silvio Berlusconi sait s’adresser aux gens avec un sens inné de la communication vis-à-vis des masses, au point de réduire constamment au silence l’opposition, une opposition pour qui il n’a pas de mots assez durs… mais exclusivement pour ceux qui ont des responsabilités. Bref il sait faire, alors que notre président de la République finit toujours par dire le mot de trop qui va susciter la réprobation de ceux qui ne l’aiment pas, mais aussi souvent de ceux qui le trouvaient sympathiques. L’un à défaut d’être rassembleur est cajoleur, là ou l’autre est constamment diviseur. L’un va au bout de son registre populiste, là où l’autre est porté sans cesse à l’invective.
Pour ma part je n’apprécie pas plus l’un que l’autre, mais force est de reconnaître que le sens politique de Silvio Berlusconi est très fort, par rapport à nombre d’autres dirigeants européens, dont il est plus écouté qu’on ne le croit généralement. La preuve, il paraît que plusieurs états européens (Italie, Allemagne, France) caressent un projet d’amnistie fiscale conjointe, dans le cadre de la traque aux paradis fiscaux et pour récupérer des liquidités tellement indispensables de nos jours, idée qui pourrait faire très vite son chemin d’ici au sommet du G20 début avril. Et qui a eu l’idée ? Silvio Berlusconi lui-même qui a déjà expérimenté le système et qui, apparemment, n’a pas rencontré de farouche opposition auprès de Nicolas Sarkozy, ce qui ne serait qu’un reniement de plus pour lui, ni surtout d’Angela Merkel.
Michel Escatafal
14:57 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2119780
Ecrire un commentaire