27.02.2009
Est-ce que cela servira de leçon? On peut en douter
Au cours d’une réunion du MoDem du Jura, à Saint-Claude hier soir, il a été posé la question ô combien pertinente de savoir si cette crise était évitable ou non. Pour ce qui me concerne la réponse est non…tellement le risque était latent compte tenu des dérégulations toujours plus nombreuses du système financier international au cours des dernières années. Il y a seulement deux ans, l’élection présidentielle française s’est jouée sur le constat, relayé avec complaisance par la quasi-totalité des médias, que comme le disait feu le président Reagan « l’Etat n’est pas la solution, mais le problème ». Du coup celui qui semblait vouloir minimiser avec le plus de forces le rôle de l’Etat a été élu, au détriment de notre candidat, François Bayrou, qui pour sa part réfutait l’idée de s’abandonner complètement aux forces du marché, ce qui ne voulait pas dire pour autant que l’Etat devait être présent partout…comme semblent le suggérer aujourd’hui à demi-mots certains dirigeants européens et français aux accents jusque là très libéraux (N.Sarkozy ou encore J.M.Barroso).
Il est vrai qu’après une longue période, allant des années 80 jusqu’en 2006, pendant laquelle tous les gouvernements ont capitulé devant la loi imposée par la finance et les marchés de capitaux, l’ensemble de la planète économique se trouve confrontée à une crise sans précédent depuis des décennies. De plus cette crise est d’autant plus grave que personne ne l’avait réellement vue venir, tellement était ancrée l’idée qu’il n’y avait aucune alternative à ce « libéralisme exacerbé », même si ce dogme finissait par faire peur à certains, sans doute plus avisés que les autres, mais que les soi-disant experts s’empressaient de ringardiser.
Cela faisait très démodé par exemple de dire que l’argent doit servir d’abord à soutenir des projets industriels, à investir dans la recherche et à créer de la richesse ou plutôt devrais-je dire, à créer de la vraie richesse et non pas seulement de la richesse virtuelle qui ne profite qu’aux actionnaires. Quand je dis aux actionnaires, je parle des gros actionnaires, ceux qui ont investi sur des produits de plus en plus risqués ou chez des gens comme Madoff, et non de ces pauvres petits actionnaires qui se croyaient riches parce qu’ils avaient quelques actions de grandes multinationales industrielles ou financières. Certes cela flattait leur ego, mais ils n’étaient pas riches pour autant et plus grave encore…pouvaient redevenir très pauvres. En revanche ceux qui ont perdu des milliards depuis quelques mois, en ont encore suffisamment pour pouvoir de nouveau faire joujou quand le temps sera revenu pour faire des affaires.
Si je dis cela c’est parce que je ne suis pas persuadé que la crise que nous vivons va réellement servir de leçon pour l’avenir. Il suffit déjà de voir les débats que suscite aux Etats-Unis l’objectif de l’Administration Obama d’une couverture de santé universelle, parce qu’il menace les bénéfices futurs des grandes compagnies d’assurances… qui en fait n’assurent des soins de qualité qu’aux Américains les plus aisés. Pour mémoire, il s’agit là d’une des principales promesses de campagne de Barack Obama, rappelant à juste titre « qu’il n’y a pas d’économie saine sans une population saine ». Pour être complet sur le sujet, il faut aussi se souvenir qu’une autre administration démocrate, celle de Bill Clinton, avait déjà essayé de réformer le système de santé et avait complètement échoué pour les mêmes raisons qui font débat aujourd’hui. Cela explique pourquoi début 2009, près de 50 millions d’Américains ne possèdent pas la moindre assurance santé. Mais que pèsent ces 50 millions de pauvres, dont la plupart sont au chômage, par rapport aux profits engrangés par l’industrie pharmaceutique ?
En disant cela je pense que nous sommes en plein dans ce que notre président de la République appelle pompeusement, et sans rire, « la moralisation du capitalisme ». Je souhaite bien du courage à Barack Obama pour assurer la réussite de ce projet, d’autant qu’une partie du financement de la réforme…viendra de l’augmentation des impôts des plus riches, c’est-à-dire des 5% d’Américains qui gagnent plus de 250.000 dollars annuels. En outre, l’Administration au pouvoir veut mettre en concurrence les entreprises pharmaceutiques et les prestataires de service pour les marchés liés aux programmes publics d’aide aux plus pauvres. Là aussi le tollé est déjà à la hauteur des enjeux, car si l’on commence à prendre (un peu) aux riches pour aider les plus pauvres c’est carrément de la persécution. Ce n’est pas en France que l’on pourrait voir ça !
Bien entendu cette réforme est loin d’être actée pour la bonne et simple raison que tout cela va coûter très cher, et que l’on se demande bien où Barack Obama va trouver l’argent pour ses ambitieuses réformes de justice sociale, complètement oubliés par son nullissime prédécesseur. Déjà il va réclamer plus de 200 milliards de dollars pour financer l’effort de guerre américain sur les 18 mois à venir, ce qui en autorise certains dans son camp à dire qu’il vaudrait mieux dépenser cet argent…pour financer la paix. En tout cas, pour l’exercice fiscal 2009 le déficit budgétaire est anticipé à hauteur de 1.750 milliards de dollars, environ 12,5% du PIB. Même la France de Nicolas Sarkozy a du mal à suivre avec ses bientôt 6% qui font tellement peur à Bruxelles et à Francfort ! Plus grave encore, le président américain base ses prévisions budgétaires sur un retour de la croissance en fin d’année à hauteur de 3%, et 4% pour 2010. Même Christine Lagarde n’a pas osé pareille prédiction !
Cependant le plus triste dans cette crise est que la désespérance atteint des niveaux inimaginables outre-Atlantique. En effet, j’ai lu qu’aux Etats-Unis de plus en plus d’Américains qui manquent d’argent vendent leur sang…pour faire le plein d’essence, sans parler des dons d’organes ou d’ovules etc. « L’offre est astronomique en ce moment » au point de faire baisser les prix, aux dires de la présidente d’une des compagnies qui offrent ce type de prestations, au demeurant de plus en plus nombreuses. Cela me fait dire que finalement je suis très heureux d’être français et européen, et j’espère que cette crise aura fait comprendre aux électeurs que notre système social doit être impérativement préservé, et que le moment venu il vaudra mieux voter pour les candidats qui s’en sont toujours réclamés, par exemple ceux du Mouvement démocrate.
Michel Escatafal
11:48 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://michelescatafal.hautetfort.com/trackback/2070912
Ecrire un commentaire