31.01.2009
Certaines comparaisons ne sont pas raisonnables

Quelle mouche a donc piqué Alain Duhamel pour vouloir écrire un livre comparant Nicolas Sarkozy…à Napoléon Bonaparte. Il fallait oser et il l’a fait, ce qui a dû faire plaisir à celui des deux qui est vivant et qui, il faut bien le dire, trouve à cette occasion une forme de consécration qu’il n’attendait pas. Pourtant il me semble qu’Alain Duhamel ne s’était pas prononcé pour Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle, ce qui l’avait obligé à mettre entre parenthèses ses rubriques matinales sur une chaîne de radio. En effet, à l’époque il avait admis sa préférence pour François Bayrou, ce qu’évidemment je ne risquais pas de lui reprocher. D’ailleurs je ne lui reproche pas d’avoir écrit ce livre. Non ce qui me navre, c’est qu’à travers cet ouvrage il va faire une publicité inespérée pour l’homme qui est aujourd’hui à l’Elysée.
Alors que celui-ci bénéficie déjà d’un temps de parole incomparablement supérieur à celui de ses opposants, depuis quelques jours sur toutes antennes et dans tous les journaux on ne parle que de ce livre qui s’appelle « la marche consulaire ». J’en ai déjà lu plusieurs extraits, et pour ma part je ne l’achèterai pas car d’une part il ne m’apprend rien ou si peu sur le plan de l’histoire, et d’autre part je pense qu’il n’est pas raisonnable de comparer deux hommes aussi dissemblables que peuvent l’être Napoléon Bonaparte et Nicolas Sarkozy, même si ça et là on peut toujours trouver des ressemblances comme par exemple la taille. Et encore, même sur ce plan il y a matière à discussion car, contrairement à une idée répandue, Napoléon Bonaparte n’était pas si petit pour son époque puisqu’il se situait dans la moyenne des Français, ce qui est loin d’être le cas de Nicolas Sarkozy.
Si l’on devait trouver une autre réelle similitude dans le comportement des deux hommes, ce serait qu’ils sont ou ont été l’un et l’autre d’habiles propagandistes comme on disait à l’époque de Napoléon. Aujourd’hui on parle plutôt de communication, parce que propagande ça fait quelque peu dictature, et même si nos libertés sont attaquées nous ne vivons pas dans une dictature. Si les Français veulent bien ouvrir les yeux en 2012, on chassera Nicolas Sarkozy du pouvoir même si, comme je l’ai souvent dit, ce sera très, très difficile compte tenu des moyens de pression dont disposera Nicolas Sarkozy, notamment à travers la presse détenue par les puissances d’argent.
En fait pour ce qui me concerne, je pense que la meilleure comparaison que l’on puisse trouver sur le plan historique est celle qui peut être faite avec …un autre Bonaparte, Louis-Napoléon. Et comme c’est curieux, rares sont les chroniqueurs qui font cette comparaison. Celle-ci s’exprime en effet tout particulièrement dans les discours et dans la manière de gouverner. Dans les discours à travers la perception que les deux hommes ont de la façon de manipuler le peuple, comme si Louis-Napoléon Bonaparte et Nicolas Sarkozy avaient appris leur métier de la même personne, en l’occurrence la reine Hortense, mère de Louis-Napoléon Bonaparte et épouse de Louis roi de Hollande, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce site.
C’est elle qui a fait germer l’ambition pour son fils de devenir un jour le maître de la France en rétablissant l’Empire. Ainsi avec une opiniâtreté qui secondait l’entêtement de son caractère, Louis-Napoléon Bonaparte se mit à poursuivre la réalisation des espérances dont sa mère le berçait. Totalement indifférent au choix des moyens, il ne regardait que le but offert à ses convoitises, et il se croyait certain de l’atteindre. Il paraît même qui si on le contredisait sur ce point, il s’emportait jusqu’à l’éclat au point que sa sœur de lait, Madame Cornu, affirmait « que sa violence ne connaissait plus de bornes ». Est-ce que cela ne nous rappelle pas quelqu’un ?
Il en est de même pour les accents populistes dont étaient abreuvées les brochures que publiait Louis-Napoléon Bonaparte à l’époque où il était prisonnier à Ham (suite à l’échauffourée de Boulogne en 1840), et où étaient professées les idées socialistes les plus hardies. Son livre sur l’Extinction du paupérisme contient des idées préparant à une véritable révolution sociale. On y lit des phrases comme celle-ci : « Il est naturel, dans le malheur, de songer à ceux qui souffrent. La classe ouvrière ne possède rien : il faut la rendre propriétaire ». A croire que Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, s’est inspiré de ce livre en ajoutant des références à Jaurès ou Blum qui n’étaient pas nés à l’époque.
Dans les attitudes aussi on trouve nombre de points communs entre les deux présidents de la République, Louis-Napoléon Bonaparte et Nicolas Sarkozy. Le goût notamment des déplacements en province, dont on disait entre 1849 et 1851 qu’ils étaient « un moyen d’étudier l’esprit des populations ». Cela permettait aussi de multiplier les déclarations rassurantes, comme à Cherbourg par exemple, où parlant du commerce et de l’industrie il n’hésita pas à dire : « ces résultats tant désirés ne s’obtiendront que si vous me donnez les moyens de les accomplir ». Je suis persuadé que plus on approchera de 2012, et plus on entendra cette rhétorique.
Les deux hommes ont aussi en commun des thuriféraires bruyants, qui n’hésitent pas fustiger tout opposant ayant l’idée d’égratigner quelque peu le prince qui gouverne. Ils s’appellent de nos jours Nadine Morano ou Frédéric Lefevre, ils s’appelaient Anatole Bartholoni , Pierre Baroche ou Eugène Rouher, ce dernier n’hésitant pas à affirmer en 1869 : «qu’aucun gouvernement n’a donné plus de liberté que celui de Napoléon III ». De l’audace, toujours de l’audace !
Enfin je terminerai en évoquant un fait très grave, qui n’est pas sans rappeler quelques aspects parmi les plus sombres du Second Empire, même si la situation n’est évidemment pas comparable. Cela dit, la mise hors cadre et la mutation du préfet de la Manche témoigne quand même des dérives monarchiques du pouvoir. Qu’a donc fait de si coupable ce Préfet pour subir pareille sanction? Il n’a pu empêcher une manifestation républicaine lors d’un déplacement du président de la République à Saint-Lô le 12 janvier qui, à l’occasion, s’est fait copieusement sifflé. Que pouvait faire le Préfet ? Rien, sous peine de porter une atteinte grave aux libertés, comme l’a souligné notamment François Bayrou ces derniers jours. Alors que veut Nicolas Sarkozy ? On n’est quand même plus à l’époque du délit de conversation, ni à celle de l’interdiction du droit de réunion y compris à l’occasion de la venue du chef de l’Etat.
En résumé, je maintiens que la comparaison faite par Alain Duhamel entre Napoléon Bonaparte et Nicolas Sarkozy n’a pas de fondement historique. Je maintiens aussi que celle avec le neveu de Napoléon Ier est beaucoup plus proche de la réalité avec une interrogation : comment Victor Hugo appellerait-il Nicolas Sarkozy, sachant qu’il avait surnommé l’homme du 2 décembre 1851 « Napoléon le Petit ». Napoléon le Tout Petit ? En tout cas il est dommage qu’une personnalité comme le grand écrivain n’émerge pas dans la littérature française d’aujourd’hui. Cela ferait tellement de bien à notre démocratie chancelante.
Michel Escatafal
10:24 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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