28.12.2008

L'euro est la véritable vedette de l'année 2008

Zeuro.jpgN’en déplaise aux laudateurs de notre président qui ne cessent de vanter son dynamisme, ce que nous ne saurions lui contester, la grande vedette de la crise financière a été l’euro. Le problème avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il joue perpétuellement un rôle, ce qui signifie qu’il fait du bruit, qu’il accapare l’information…pour son plus grand profit. C’est d’ailleurs pour cela que certains journalistes, y compris à l’étranger, ont estimé que jamais on n’avait autant parlé de l’Union Européenne que sous la présidence française, ce qui n’est pas faux. On en a d’ailleurs d’autant plus parlé que deux crises majeures, politique au Caucase et économique avec la crise financière, ont éclaté ou pris leur forme actuelle pendant cette présidence française. Evidemment, Nicolas Sarkozy n’en demandait pas tant pour se faire valoir et jouer son numéro personnel, avec reconnaissons-le un certain talent.

Bien entendu quand on cherche un peu, et quand on veut faire le bilan réel avec les décisions prises et l’impact qu’elles ont, les résultats sont beaucoup plus modestes. Cela étant, Nicolas Sarkozy en a profité chaque fois pour réussir un coup. Et comme le disent les observateurs neutres et objectifs, quand le moment est venu de faire le bilan d’une action, il y a déjà bien longtemps qu’il est passé à autre chose. C’est tout le problème aujourd’hui de notre pays qui n’a cessé depuis 18 mois de donner ou faire la leçon sur l’Europe, mais qui en revanche est dans l’incapacité totale de respecter nombre de ses engagements européens, notamment en termes de déficits budgétaires. Un président européen convaincu commencerait par là. C’et d’ailleurs ce qu’a fait Romano Prodi en Italie quand il est arrivé au pouvoir et ce, bien que celui-ci ait tenu à un fil avec les risques politiques qu’il encourait.

Romano Prodi, pour ne citer que lui, c’est l’anti Sarkozy par excellence. Il a des convictions, il s’y tient même si cela peut lui coûter son poste. Cela Nicolas Sarkozy ne le fera jamais, car pour lui le pouvoir est d’abord une affaire personnelle. Il est parvenu au faîte du pouvoir dans son pays, il s’est battu pour y arriver n’hésitant pas à employer des arguments qui en ont même étonné plus d’un dans son camp, il a éliminé un à un tous ses rivaux au besoin par des procédés qu’il aurait lui-même condamné s’il en avait été victime (voir l’affaire du CPE vis à vis de Dominique de Villepin), mais il a gagné. Et maintenant, il s’agit pour lui de s’y maintenir au moins cinq ans de plus. Et s’il le faut, il briguera le poste de Premier ministre une fois épuisé son temps de présidence. Certains vont dire que j’extrapole un peu vite, mais je suis persuadé qu’on n’est pas si loin de la vérité.

Cela dit, pour revenir à mon propos initial, c’est quand même l’euro qui a joué un rôle majeur ces derniers temps, ce qui lui a permis de réellement s’imposer comme une grande monnaie de référence en raison du rôle de bouclier qui a été le sien pendant la crise financière. Si notre président brasse beaucoup de vent, l’euro c’est du concret, du terre à terre, du solide, et même Nicolas Sarkozy sera bien obligé un jour ou l’autre de faire comme les autres, et d’accepter une réelle coordination économique dans la Zone euro qui, rappelons-le, va compter à partir du 1er janvier 329 millions d’habitants avec l’adhésion de la Slovaquie.

La monnaie européenne a tellement fait la preuve de son efficacité que, depuis l’apparition de la crise financière, certains pays qui jusque là ont toujours refusé d’y adhérer (Danemark, Suède) manifestent une envie de plus en plus marquée de rejoindre le groupe des pays qui composent la Zone. Mieux même, l’Islande qui ne fait même pas partie de l’Union Européenne souhaite faire la même démarche en regrettant de ne pas l’avoir faite auparavant, ce en quoi elle n’est pas excusable.

Il est vrai qu’il vaut mieux ne pas imaginer ce qui se serait passé dans un pays comme le notre si l’euro n’avait pas existé, mais nous ne sommes pas le seul. En tout cas cela fait froid dans le dos à la pensée de la pagaille monétaire qui aurait eu lieu en Europe, avec son cortège de dévaluations, dont nous ne serions pas sortis indemnes face aux pays qui auraient servi de modèle et de refuge dans une crise d’une telle ampleur. Et je ne suis pas le seul à dire cela car récemment J.M. Barroso, le président de la Commission Européenne, soulignait que « dans cette période de crise, l'euro protège les entreprises contre la volatilité des taux de change qui les avait durement touchées lors de phases de récession précédentes ».

Il est vrai que l’euro est plus que jamais installé dans un rôle de monnaie de réserve (27% des réserves de change mondiales) et surtout traite de plus en plus d’égal à égal avec le dollar, ce qui a permis depuis sa naissance en 1999 d’éviter des crises monétaires à répétition, sans oublier son rôle au moment des attentats du 11 septembre 2001. Mais plus que tout peut-être, et on ne le répètera jamais assez, le fait d’être en monnaie unique oblige les états à une nécessaire convergence de leurs économies, et empêche les gouvernements d’aller trop loin dans les déficits et la dette. Là aussi, imaginons un instant Nicolas Sarkozy et son gouvernement totalement libérés des contraintes européennes. Vers quels abîmes plongerions-nous ?

Pour autant la Zone euro n’a pas la même influence sur tous les plans. Elle n’a pas encore de représentation propre au FMI ou dans les forums internationaux, et les pays de la Zone ont des émissions nationales, contrairement aux Etats-Unis. Certains voudraient que la Zone euro se dote d’un véritable gouvernement économique face à la Banque Centrale Européenne qu’ils jugent trop indépendante. On devine aisément que la France figure parmi ceux-ci, contrairement à l’Allemagne ou aux Pays-Bas qui militent fortement pour le statu quo. Et comme nous les comprenons, le sujet étant trop sérieux pour être confié à des politiciens !

Cependant, et c’est à mettre au crédit du président français, la crise a obligé les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la Zone à se réunir bon gré mal gré à Paris pour, notamment, essayer de coordonner leur action sur les mesures à prendre pour soutenir le secteur bancaire en grande difficulté, mais aussi sur l’amorce d’un plan de relance européen. Il est évident, et je dis cela au risque de me répéter, que si la France et d’autres pays étaient plus vertueux en matière de déficits, les choses pourraient aller encore plus rapidement vers la nécessaire convergence souhaitée par tous. De plus ces disparités contribuent à maintenir, voire même à accentuer, les divisions entre les pays. Malgré tout, l’euro est quand même à ce jour la plus belle réussite de l’Europe, et c’est une raison supplémentaire pour que la politique monétaire continue à être du ressort exclusif de la Banque Centrale Européenne.

 

Michel Escatafal

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