08.12.2008
Peut-on encore gouverner dans une telle situation?
Je n’ai pas encore commenté le plan de relance mis en place par le gouvernement la semaine dernière, et je ne vais pas le faire parce qu’en fait il y a peu à dire, sauf à reconnaître qu’encore une fois on trompe les Français. Ce n’est pas 26 milliards d’euros qui vont être mis à disposition de ce plan, mais en réalité entre 3 et 5 milliards de dépenses nouvelles ce qui, on en conviendra, représente peu de choses face aux défis que nous avons à affronter. Et comme je l’ai dit à plusieurs reprises, si notre pays ne peut pas faire plus c’est parce que nous allons allègrement dépasser les 3% de déficit et nous situer, fin 2009, plus près de 4,5% du PIB que des 3% admis par les critères européens. Comme quoi le pire n’est jamais sûr, mais il peut y avoir encore plus pire, comme aurait dit Coluche.
Au passage, j’ajouterai que c’est chez nous que la situation est la plus préoccupante dans la Zone euro en termes de finances publiques avec la Grèce, le Portugal et l’Italie de Silvio Berlusconi, malgré les efforts méritoires du gouvernement Prodi qui avait fait tomber le déficit budgétaire fin 2007 à 1 ,6% du PIB. En Belgique il y a eu consensus pour que le budget 2009 affiche un déficit de 2% du PIB. Et de fait le plan anticrise préparé par le gouvernement belge prévoit une baisse de la TVA, temporaire et ciblée sur certains produits, par exemple sur le gaz et l’électricité ou encore sur la construction et la rénovation. Cela devrait permettre de soutenir à la fois le pouvoir d’achat et les investissements dans une période très difficile.
Certains pensent déjà Outre-Quiévrain que ces mesures sont insuffisantes, et qu’il ne peut y avoir en période de crise de mesures ponctuelles pour mettre en place de grands plans d’investissements, car cela se fait sur la durée. Il faut donc agir encore plus fort, disent les mêmes, par des mesures immédiates sur la consommation et les investissements dans les secteurs qui en ont le plus besoin. En France nous n’avons pas ce type de débat car compte tenu que « les caisses sont vides », comme l’ont plusieurs fois souligné nos dirigeants à commencer par le chef de l’exécutif et son Premier ministre, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des mesures visant à relancer la consommation. D’ailleurs j’ai entendu ce matin sur France-Inter quelqu’un dire qu’après tout la relance de la consommation, c’était la baisse du prix des carburants. On aime à se contenter de peu dans notre pays.
Pourtant quitte à faire du déficit, il eut mieux valu faire preuve d’un peu plus d’audace et baisser provisoirement la TVA sur tous les produits de nécessité, quitte d’ailleurs à augmenter cette TVA sur les produits et services de luxe, notamment en provenance de l’étranger. Mais c’était trop demander à un pouvoir qui n’a cessé de distribuer des cadeaux aux plus riches…et qui continue de le faire sans vergogne, au point que le sénateur UMP Mariani propose que les pertes enregistrées en Bourse puissent être déduites du revenu imposable. C’est n’importe quoi, d’autant que cela va faire encore des recettes en moins pour l’Etat. Et pourquoi pas tant qu’on y est une déduction sur les pertes au loto, aux courses de chevaux etc.
Comment peut-on encore faire confiance à des gens qui se moquent ouvertement du monde, et en disant cela je pèse mes mots ? Et bien puisque c’est impossible il ne reste qu’une chose à faire, à savoir sanctionner durement ce pouvoir qui n’en a plus beaucoup, ce gouvernement qui ne gouverne plus au point que l’on va confier le secrétariat général de l’UMP à un ministre (Xavier Bertrand) qui avait jusque là en charge le ministère du Travail, des Relations sociales de la Famille et de la Solidarité et qui figurait parmi « les poids lourds » du gouvernement. Dit autrement, puisque c’est le seul moyen de se faire entendre, faisons en sorte que l’UMP subisse une sévère défaite aux prochaines élections européennes, par exemple en votant pour les candidats du MoDem, afin d’essayer d’infléchir une politique qui conduit notre pays dans l’impasse à la fois financière, économique et sociale.
Michel Escatafal
11:04 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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Commentaires
Bonjour Monsieur Escatal
Augmenter la TVA sur les produits de luxe importés ne risque-t-il pas de nous attirer les foudres de l'OMC ? Par contre, baisser la TVA sur les produits de première nécessité me parraît socialement juste, à condition de s'assurer que le différentiel ne tombera pas dans la poche des entreprises...
En matière de TVA, je ne vois nulle part posée la question de son retrait sur les étapes intermédiaires de la transformation d'un produit. Ne serait-il pas judicieux de supprimer la TVA au niveau des entreprises de transformation, quitte à transformer les taux actuels sur les produits finis en "taxes d'orientation à la consommation" ? En clair une TVA importante sur les articles qui ne sont pas de première nécessité, ou qui sont polluants. Une TVA très faibles sur les articles de première nécessité et sur les produits culturels ?
Écrit par : Pierre | 08.12.2008
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