30.10.2008

Pas le droit à l'erreur

obamamac.jpgDans le droit fil de ce que je disais dans mon précédent billet, l’élection présidentielle n’est absolument pas jouée et il faudra que les démocrates, tous les démocrates, se mobilisent s’ils veulent voir leur candidat l’emporter. Cette mobilisation sera d’autant plus importante que ce n’est pas le nombre de voix recueillies par les candidats qui compte, mais le nombre de grands électeurs apportant leur voix aux candidats. On a pu le vérifier notamment en 1960 (Kennedy-Nixon) et en 2000 (Bush-Gore). D’ailleurs, il suffit de voir avec quelle vigueur les candidats se disputent les votes en Floride ou en Pennsylvanie, pour être convaincus que finalement ce sont trois ou quatre états dits clés qui font pencher la balance.

Pour autant, quand on pense à tous les avatars qu’ont subis les Américains depuis l’an 2000, entre le 11 septembre, les guerres en Irak et Afghanistan, sans oublier la plus grande crise économique qu’ils aient connue depuis presque un siècle, il semble à première vue qu’il soit impensable que le candidat démocrate, Obama, ne l’emporte pas facilement. Certes, ce n’est pas parce que j’ai plus de sympathie pour Obama que pour son rival républicain,  que je me fais beaucoup d’illusions sur la politique américaine dans les quatre prochaines années, mais quand même une victoire d’Obama serait un sacré bol d’air frais après huit ans d’administration républicaine qui ont amené l’Amérique et le monde dans le bourbier où il se trouve.

Pire même, sachant ce que veut Mac Cain en matière de politique étrangère, on est certain qu’une victoire de ce dernier serait ni plus ni moins que la continuation de ce qui a été fait ces dernières années. Ses allusions perpétuelles à son passé au Vietnam en sont la preuve tangible, comme si cette guerre était un épisode glorieux de l’histoire des Etats-Unis. Quant à l’économie, les thèmes de campagne du candidat Mac Cain sont sans ambigüité, même s’il essaie de se démarquer de Georges Bush : il est pour le libéralisme pur et dur dans la droite ligne des néoconservateurs américains. Sur ce plan comme sur les autres, Obama est quand même plus rassurant, même si ce dernier se comportera d’abord comme un Américain qu’il est. Il n’est pas socialiste, il n’est pas noir ou métis, il est américain et sa politique étrangère consistera d’abord à privilégier les Etats-Unis dans leur leadership mondial, à la fois économique et militaire.

Cela méritait d’être dit, même si évidemment il fera en sorte de redorer le blason de la nation américaine, synonyme dans le monde de nation guerrière et plus que jamais impérialiste, ayant entraîné le monde dans le chaos économique et diplomatique. En plus  s’il est élu,  l’attente sera telle qu’il sera obligé d’en faire un minimum s’il veut que son pays retrouve une certaine crédibilité et donc son rang de super puissance. En disant cela je pèse mes mots, car il est paradoxal que les Etats-Unis malgré leur arsenal de bombes de toutes sortes et leur toute puissance militaire finissent par ne plus faire peur à personne. Tout juste si l’on ne reprend pas le qualificatif de Mao Ze Dong quand il comparait les Etats-Unis à un tigre de papier.

Et pourtant malgré tous ces échecs, malgré une campagne en rase-mottes de la part du ticket Mac Cain-Pallin, on en est à se dire que le résultat du 4 novembre prochain demeure très incertain. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on touche là aux limites de la démocratie telle qu’on la conçoit aux Etats-Unis et plus généralement dans le monde occidental. Bien sûr ce système est « le moins mauvais » comme disait Churchill, mais il est quand même dépendant de facteurs qui ne devraient pas entrer en ligne de compte dans une élection, surtout dans des pays où tout le monde ou presque sait lire et écrire, et où la plupart des classes d’âge ont un diplôme d’études secondaires. Comment peut-on encore avoir envie de voter pour un candidat républicain aux Etats-Unis avec une situation politique, sociale et  économique aussi désastreuse ?

La situation est tellement dramatique dans certaines couches de la population que certains, nous dit-on, en sont réduits à reprendre un job quand ils en trouvent…à 75 ans, voire même plus pour survivre.  Entre parenthèses, on mesure la chance que nous avons eue en France que cette crise survienne maintenant, car d’ici quelques années et notamment avec Nicolas Sarkozy comme président de la République, c’est notre système de retraite par répartition garanti par l’Etat qui allait passer dans le privé, au profit des fameux fonds de pension dont on s’aperçoit que, même en Suisse, leur couverture est devenue insuffisante. Alors on imagine aux Etats-Unis…

Et cela m’amène à redire encore une fois que les Français doivent se battre pour préserver leurs acquits, en espérant que ce mot revienne à la mode à la faveur de cette crise. En France notre situation n’est guère meilleure que celle des Etats-Unis ou d’autres pays européens encore plus frappés par la crise, parce que plus dépendants du secteur financier, par exemple la Grande-Bretagne, mais les Français ont semble-t-il perdu cette capacité de mobilisation qu’ont conservé nos voisins face aux mauvais coups distribués par le pouvoir. Les Italiens qui viennent de s’apercevoir (un peu tard) qu’ils ont fait une grossière erreur en ramenant au pouvoir Silvio Berlusconi étaient plusieurs millions dans les rues ce week-end, ce qui démontre qu’ils n’ont pas l’intention de baisser les bras devant les promesses non tenues du candidat Berlusconi.

En France nous n’en sommes pas là, et ce pour la simple raison que l’information dans notre pays est tout entière ou presque dévouée à la cause du pouvoir. Et la perspective de voir la publicité déserter les écrans de télévision sur les chaînes publiques est loin d’être rassurante, d’autant que le gouvernement veut en profiter pour diffuser des spots à sa gloire. Déjà que toutes les chaînes privées sont détenues par les amis du président, on imagine où ira se nicher l’impertinence. Certes en Italie la situation est identique, mais pour regarder la RAI régulièrement je puis assurer que la situation y est très différente comme je l’ai souvent rappelé sur ce site.

Chez nos amis transalpins il n’y a pas que des Drucker ou autres Denisot pour passer la brosse à reluire comme chez nous. Alors, encore une fois, je redis qu’il va falloir nous battre comme le font les démocrates aux Etats-Unis pour soutenir leur candidat, et mieux que ne l’ont fait les Italiens au printemps. Il nous reste trois ans et demi ce qui paraît une échéance lointaine, mais nous pouvons déjà donner un bon coup de semonce lors des prochaines élections européennes et aux régionales qui suivront, avant le grand combat de 2012 où nous n’aurons pas plus le droit à l’erreur que les Américains le 4 novembre.

Michel Escatafal

28.10.2008

8 ans pour les Américains, 5 ans pour les Français : trop c'est trop

oba.jpgbayrou.jpg« Dans une semaine, vous pourrez mettre fin à une politique qui cherche à diviser le pays dans le but de gagner une élection, qui essaie de dresser une région contre une autre, une ville contre une autre, les républicains contre les démocrates, qui joue sur la peur quand nous avons tant besoin d’espoir ».  Voilà ce qu’a dit hier Barack Obama à Canton, ville industrielle du Nord de l’Ohio, dans un discours qui est considéré comme le plaidoyer final de sa campagne présidentielle. Voilà aussi sans doute ce que devra dire notre candidat dans trois ans et demi, quelques jours avant la prochaine élection présidentielle française. Cette phrase résumera ce que sera la campagne de François Bayrou face à Nicolas Sarkozy.

D’un coté un homme qui se veut rassembleur, qui veut être élu sur des idées, et qui joue sur l’espoir. De l’autre un candidat prêt à tout pour sauver sa place, y compris à se renier provisoirement afin de montrer qu’il incarne le changement, même après cinq ans de pouvoir. Comme John Mac Cain qui ne cesse de se démarquer de Georges Bush, gageons que Nicolas Sarkozy sera ultralibéral et ultracapitaliste dans certains de ses discours, et antilibéral pour des auditoires qui auront été frappés plus que d’autres par la crise. En fait il continuera à donner des gages aux puissants qui le soutiennent et l’ont toujours soutenu, et il surfera sur l’exaspération du moment avec opportunisme, mauvaise foi et calcul politique.

Aux solutions qu’il proposera pour affronter les difficultés économiques, il en ajoutera quelques unes qui feront plaisir aux électeurs d’extrême droite et le tour sera joué. Il se répandra en promesses qu’il saura très bien tout à fait intenables, à l’image de ce que fait John Mac Cain, comme ces heures supplémentaires qui étaient supposées résoudre tous les problèmes de pouvoir d'achat, ou ce paquet fiscal qui devait permettre aux expatriés de revenir au pays. Je suis certain qu’il sortira de son chapeau un nouveau slogan ou une nouvelle rhétorique destinée à rassurer ceux qui sont le plus dans le besoin. Bref, il continuera à se répandre en paroles artificieuses pour convaincre ou séduire une fois encore.

Mais me direz-vous, que faire quand on est candidat face à quelqu’un qui se comporte de cette manière ? Et bien tout simplement il faut essayer de se démarquer intelligemment, comme a su si bien le faire jusque là Barack Obama. Je ne sais pas si in fine cette tactique du candidat démocrate sera payante, mais j’observe qu’elle suscite l’enthousiasme. Il ne fait pas de promesses inconsidérées, mais il n’hésite à faire des propositions qui rassurent l’électorat, à l’image de ce qu’avait fait François Bayrou l’année dernière. Certes on va me rétorquer que ce dernier est arrivé en troisième position, devancé par les deux bateleurs d’estrade que sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, mais il faut voir qu’il est parti d‘une base électorale que tout le monde estimait au début de la campagne à 7 ou 8% des voix.

Je pense qu’il faudra poursuivre dans ce sens en essayant de mettre un peu plus de punch dans l’action de tous les jours. Finalement, c’est ce qui nous a manqué pour propulser François Bayrou quelques  points au dessus du score qu’il a réalisé, un peu comme en 1988 quand le candidat Barre affrontait Mitterrand et Chirac qui, eux aussi, s’y entendaient en matière de boniments. Avec le projet  présenté par François Bayrou, au demeurant plus que jamais d’actualité, nous aurions dû faire mieux que nous l’avons fait si l’on y avait réellement cru jusqu’au bout. Bien entendu quand je dis nous, cela va du candidat et son équipe de campagne aux militants…que beaucoup d’entre nous n’étaient pas à l’époque. Il faudra s’en souvenir, et c’est pour cela que l’union dans notre mouvement, le MoDem, est plus que jamais nécessaire maintenant que la période des élections internes est derrière nous.

C’est sur cette note à la fois d’espoir et de volontarisme que je vais terminer mon propos, en espérant que Barack Obama nous montrera la voie la semaine prochaine. Quelle bombe serait le succès d’un candidat métis aux Etats-Unis! Quel merveilleux exemple aussi pour le monde politique, que voir un candidat arriver en quelques mois à faire tomber les préjugés raciaux dans une élection présidentielle américaine, même si  hélas chacun d’entre nous sait bien que les relents racistes continueront d’exister aux Etats-Unis comme chez nous. En tout cas, la fête devrait être belle dans la nuit de mardi à mercredi dans le Michigan, l’Ohio, la Californie, le Kentucky etc., mais aussi  partout ailleurs sur la planète. Qui n’en a pas assez de la politique des néoconservateurs américains, pour laquelle Nicolas Sarkozy avait tellement d’admiration ?

Michel Escatafal

27.10.2008

Grand voyageur, mais pour quel résultat?

avion présidentiel.jpgNicolas Sarkozy est un grand voyageur devant l’Eternel. On a pu le constater ces derniers jours où il n’a pas hésité à défier les fuseaux horaires en passant de Paris à Québec pour aller à Camp David, repartir dans la foulée à Annecy avant de faire le voyage à Pékin pour participer au sommet Asie-Europe qu’il a contribué à organiser. Certains, les militants ou sympathisants UMP,  diront qu’il est super actif, qu’il se démène comme un beau diable pour éradiquer la crise et réformer le capitalisme mondial, d’autres plus nombreux si l’on en croit les sondages pensent que notre président de la République brasse beaucoup de vent, pour essayer de faire oublier les promesses inconsidérées qu’il a faites pendant sa campagne électorale et qui, bien entendu, n’ont pas été tenues.

Cela dit il y a au moins un point sur lequel tout le monde ou presque est d’accord sur l’action de Nicolas Sarkozy, à savoir que  malgré ce qu’il prônait lui-même en conclusion du Grenelle de l’environnement, il est d’abord un énorme consommateur d’énergie à travers ses déplacements à travers la France, l’Europe et le monde. Certes, chacun sait qu’un chef d’Etat est contraint à de nombreux déplacements mais, sans faire dans la démagogie, il est quand même notable que sur ce plan Nicolas Sarkozy surpasse très largement tout ce qui a pu être fait à ce jour. En effet, selon le magazine Terra Economica, Nicolas Sarkozy a effectué en un an, entre fin octobre 2007 et fin octobre 2008, 89 déplacements officiels en avion dont 47 en France, 2 dans les Dom-Tom, et 40 à l’étranger.

Cependant, ce n’est pas moi qui lui reprocherais  tous ces déplacements…s’ils avaient réellement leur utilité. Toutes ces émissions de CO2 débouchent sur quoi au final ? Pas grand-chose, comme en témoignent les résultats de ce sommet Europe-Asie où, comme d’habitude, chacun y est allé de ses promesses mutuelles sur la nécessaire refonte du système financier international, et sur les mesures à prendre relatives au réchauffement climatique, mais dans la réalité chacun s’est efforcé de défendre d’abord ses propres intérêts et est resté sur ses positions. Qui aurait pu en douter ? D’ailleurs Nicolas Sarkozy lui-même n’est en aucune façon prêt à donner l’exemple dans son propre pays d’une nouvelle gouvernance de l’économie et de la finance, malgré ses déclarations d’intention réitérées à de nombreuses reprises. C’est pour cette raison que ses nombreux détracteurs pensent que son activisme est calculé et que tout ce qu’il fait relève de la communication.

Mais revenons aux conclusions de ce sommet entre Européens et Asiatiques, en rappelant tout d’abord que cette crise est partie des Etats-Unis et d’Europe, ce qui explique les réticences des dirigeants asiatiques à accepter les solutions proposées par les Américains et les Européens. Jusqu’à présent c’étaient ces derniers qui pouvaient dicter leur loi, parce que les crises affectaient en priorité les autres. Les pays d’Asie du Sud-Est asiatique ont encore en mémoire la crise de 1997, qui avait conduit plusieurs d’entre eux  à passer sous les fourches caudines du FMI pour bénéficier de son assistance, et qui avait vu les firmes occidentales s’approprier à peu de frais une partie de leurs actifs. Dans ces conditions, il n’est pas question pour les pays d’Extrême-Orient d’aller au G20 de Washington pour s’entendre dire ce qu’ils doivent  faire…au bénéfice de l’Occident. Apparemment,  s’ils assistent à cette réunion c’est pour qu’on les écoute, d’autant qu’ils disposent tous d’une colossale épargne qu’ils ne veulent pas voir se réduire pour défendre des intérêts qui vont à l’encontre des leurs.

Cela signifie clairement que quelles que soient les pressions que peuvent exercer les Occidentaux sur des pays comme la Chine, l’Inde ou la Corée, dont le développement dépend en grande partie des exportations à destination de l’Amérique et des pays de l’Union Européenne, il va falloir que ceux-ci règlent leurs problèmes en comptant d’abord sur eux-mêmes, et non uniquement sur les autres. Et c’est en cela que le monde a changé et qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Cette fois la crise  touche tout le monde en Occident, et si certains sont heureux de voir de nombreux investisseurs et spéculateurs être victimes de la tempête soufflant sur les grandes places financières américaines ou européennes, ceux-là oublient que désormais c’est l’économie réelle qui est touchée, et là tout le monde est concerné y compris et en premier lieu ceux qui n’y sont pour rien.

Le chômage technique, les pertes d’emplois, montrent que dans les pays développés d’Occident et donc en France, la situation est devenue dramatique, même si nos gouvernants essaient par tous les moyens de minimiser l’ampleur de la crise qui sévit chez nous. Il est d’ailleurs extraordinaire de voir Nicolas Sarkozy affirmer partout sur la planète que le monde va mal, et le voir s’interdire de prononcer le mot récession dans son propre pays, d’autant que la politique qu’il a initiée  au cours des premiers mois de son mandat lui a ôté toute marge de manœuvre…alors qu’à cette époque tout le monde, sauf lui apparemment, était en train de prendre conscience des difficultés qui nous attendaient avec la crise des crédits hypothécaires américains.

En attendant, comme je le disais précédemment, ce sont ceux qui travaillent et ne spéculent pas qui vont être les premiers touchés par cette déflagration, et le slogan « travailler plus pour gagner plus » devient hélas de plus en plus caduc. La récession qui frappe à nos portes va nécessairement se traduire en augmentation du nombre de chômeurs, et bien entendu en impossibilité pour les entreprises de revoir à la hausse les salaires de ceux qui y travaillent, plus particulièrement les employés et les ouvriers. Dans ce contexte le pouvoir d’achat des Français va continuer à se dégrader, mis à part celui des dirigeants des grandes entreprises qui trouveront toujours le moyen d’augmenter leurs rémunérations…et celui des hommes politiques qui, pourtant, devraient donner l’exemple. Et le pire est que nul ne peut dire quand la crise s’estompera, et donc quand le calme reviendra.

Michel Escatafal

24.10.2008

Comment la planète a-t-elle pu tourner sans lui ?

S’il y a bien une question que l’on peut se poser c’est de savoir comment la France, l’Europe et le monde ont pu tourner sans Nicolas Sarkozy. A l’écouter on se demande ce qu’ont pu faire ses prédécesseurs jusque là, puisqu’à chacune de ses interventions il termine toujours de la même manière : comment se fait-il qu’on y ait pas pensé ? Parfois même il fait part de sa stupéfaction comme à propos de l’Eurogroupe, dont il juge inconcevable que les réunions puissent se faire au niveau des ministres des Finances. Cela étant, quand il était ministre des Finances, il ne lui était jamais venu à l’idée que cela pouvait être autrement. Nicolas Sarkozy n’est pas à une contradiction près.

Il vient d’ailleurs de le prouver hier à Annecy en annonçant une série de mesures avec notamment un investissement de 175 milliards d’euros en trois ans au profit de l’activité économique, soit plus de trois fois…le déficit budgétaire prévu en 2009. Certes ces 175 milliards c’est encore du virtuel, mais il y a quelques semaines encore un tel plan était exclu, compte tenu de l’état dans lequel se trouvent nos finances publiques. Comprenne qui pourra ! Nicolas Sarkozy a aussi annoncé la création « d’un fonds d’intervention » pour « les entreprises stratégiques » en difficulté. J’ai cru lire que c’était une demande du Medef qui, au passage, souhaite que quand la crise sera derrière nous l’Etat n’intervienne plus dans la vie des entreprises. Après cela, qui peut imaginer que le capitalisme entre dans une ère nouvelle, comme essaie de nous en persuader le président de la République.

Cela étant, pour revenir à la création d’un fonds d’intervention, rappelons à Nicolas Sarkozy qu'un fond d'investissement stratégique existe déjà, qui s’appelle la Caisse des Dépôts et Consignations et sa filiale CDC Investissement. Celui qui a écrit le discours l’avait sans doute oublié, mais ce n’est pas la première fois non plus que le chef de l’Etat créerait quelque chose qui existe déjà. En revanche, si la majorité UMP votera des deux mains à l’Assemblée et au Sénat l’ensemble des mesures annoncées, il est fort possible qu’ailleurs en Europe et notamment en Allemagne elles ne soient pas reprises, malgré le désir de Nicolas Sarkozy de voir les mesures prises en France essaimer dans l’Union Européenne.

Décidément les autres chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union ne comprennent rien à la stratégie tous azimuts de l’actuel président du Conseil européen, et c’est pour cela qu’ils ont tendance à rester « les deux pieds dans le même sabot », pour reprendre son expression. Il est vrai que notre président est vexé par l’accueil plutôt frais réservé à son ambition de diriger la Zone euro jusqu’en 2010, ses pairs n’ayant rien à faire de ses talents de manipulateurs. D’ailleurs ces cancres n’ont pas été sans remarquer que la France de Nicolas Sarkozy fait partie des plus mauvais élèves de la classe dans la Zone euro, pour ce qui est du déficit public et de la dette…dont François Fillon a dit qu’on s’en occupera plus tard. Après tout on a l’habitude depuis 1980.

Nicolas Sarkozy a aussi annoncé la nomination d’un de ses amis comme « médiateur du crédit ». Est-ce bien utile ? L’avenir le dira, mais pour ma part je doute que cela puisse régler les problèmes des entreprises françaises qui ont besoin à la fois de crédits et de clients. A propos de crédits, j’ai certes bien entendu le président de la République quand il affirme que « l’opinion publique sera le juge du comportement des banques » mais, sans faire de démagogie, on peut quand même exiger que les banques jouent de nouveau le rôle qui aurait toujours dû être le leur. Quand une entreprise a des marchés ou qu’elle investit, pourquoi les banques demandent-elles autant de garanties avant d’accorder un prêt aux entrepreneurs, surtout les plus petits, alors qu’en jouant sur les marchés financiers ces mêmes banques peuvent  perdre des milliards d’euros en très peu de temps.

Pour quelqu’un qui veut refonder le capitalisme international, j’aurais bien aimé que Nicolas Sarkozy se montre beaucoup plus directif vis-à-vis des banques, et ne se contente pas de généralités comme il sait si bien le faire. Il est quand même en position de force que je sache ! En disant cela, je ne fais qu’exprimer ce qu’on lit déjà un peu partout sur les forums, à savoir que Nicolas Sarkozy a tout donné ou presque aux banquiers, a beaucoup donné aux chaînes de télévision privées et aux grands groupes industriels, mais a été beaucoup, beaucoup moins généreux avec les petites entreprises qui sont pourtant celles qui créent le plus d’emplois.

Quant à ceux qui travaillent, ils sont évidemment les laissés pour compte du système…comme d’habitude. D’ailleurs c’est bien eux qui vont in fine payer le gel de la taxe professionnelle sur les nouveaux investissements jusqu’en 2010, en rappelant que cette taxe sert à financer notamment le budget des communes, des départements et des régions. Ils supporteront également la charge liée à la suppression définitive de cette taxe, contrairement à ce qu’affirme sans rire l’Elysée, qui chiffre le manque à gagner pour l’Etat à un milliard d’euros en année pleine, en compensant le préjudice que subiront les collectivités locales.

Encore une fois on essaie de mener les Français en bateau, mais avec Nicolas Sarkozy on a pris l’habitude, hélas. Après avoir puisé dans la rhétorique lepéniste pendant sa campagne électorale, après avoir fait l’apologie du libéralisme à la mode Bush pendant ses premiers mois de présidence, alors que la crise était déjà bien présente, il fait semblant aujourd’hui d’être devenu presque socialiste. Et demain ? Et bien, tout ce que nous savons c’est que  le réveil sera difficile, pour ne pas dire cauchemardesque. Puissent les Français ne pas se laisser abuser une nouvelle fois à l’occasion des prochaines échéances électorales ! Après tout il y a au moins un homme qui avait préparé notre pays à la crise, en ne faisant aucune promesse démagogique pendant sa campagne présidentielle : François Bayrou. Il est toujours là, bien présent, et je reste persuadé qu’il représente le seul recours crédible pour notre pays.

Michel Escatafal

 

22.10.2008

Et voilà que ça recommence...ou que ça continue

Nicolas Sarkozy continue de s’agiter frénétiquement à travers la planète, et cela l’amène à dire des bêtises, ce qui en soi n’est pas nouveau mais qui commence à devenir lassant. Hier matin,  il a appelé de ses vœux un gouvernement économique clairement identifié pour la Zoné euro, ce qui est une façon de restreindre les pouvoirs de la Banque Centrale Européenne, même s’il concède qu’il faut que ce gouvernement travaille la main dans la main avec la BCE. Voilà la conclusion principale qu’il a tiré de la crise financière, Et comme l’Europe « doit porter l’idée d’une refondation du capitalisme mondial », le meilleur moyen d’y arriver est que « la BCE soit entre les mains des gouvernants mais pas trop ».

Ceux qui s’intéressent à l’histoire savent bien ce que je veux dire par là. En effet, cela rappelle beaucoup ce que Napoléon Bonaparte voulait faire de la Banque de France quand cette dernière a été créée le 20 février 1800. Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy avait lu cet épisode important du Consulat, mais apparemment il aime bien les banques centrales pas trop indépendantes. Comme si dans la crise financière c’était la faute des banques centrales, et notamment de la BCE, si l’on en est arrivé à ces extrémités de devoir recapitaliser l’essentiel du système bancaire mondial. N’est-ce pas plutôt la faute des gouvernements des pays du G7, celui de Nicolas Sarkozy comme les autres, que d’avoir permis et encouragé cette frénésie de profits financiers au détriment des revenus de ceux qui travaillaient ?

C’est curieux, de cela personne ne parle ou presque, et surtout pas Nicolas Sarkozy lui-même tellement admiratif de ce modèle anglosaxon dont il vantait les mérites à tout bout de champ. En mars encore, au moment de sa visite en Grande-Bretagne, il n’avait pas pu s’empêcher de citer en exemple le modèle anglais. Au moins les Britanniques n’ont pas les pudeurs de notre président puisque Gordon Brown, tout libéral qu’il soit, a su justifier la nationalisation des banques qui allaient à la faillite. Cela étant, Nicolas Sarkozy n’a pas les mêmes motivations que Gordon Brown, bien que celui-ci soit presque en campagne électorale, ce que Nicolas Sarkozy est tout le temps.

Personne en effet n’est dupe du fait que notre président de la République se sert de la crise à des fins très personnelles. Certains pensent qu’il veut continuer à exercer les fonctions qu’il occupe en ce moment au niveau européen, pour plus longtemps que les six mois qui lui sont alloués. D’ailleurs n’a-t-il pas dit qu’il faut une présidence forte pour l’Europe, ce qui signifie qu’avec d’autres elle ne le serait pas. Au-delà du mépris qu’il a pour ses pairs, Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de se positionner pour une éventuelle présidence de l’Europe si tant est que la fonction voit le jour ? Je ne sais pas mais en tout cas, en tant qu’européen convaincu, je ne le souhaite pas car s’il dirige l’Europe comme il le fait pour la France, les dégâts pourraient être sévères. Par ailleurs, je ne suis pas convaincu que les Allemands, pour ne citer qu’eux, laisseraient faire. Cela dit, il est fort possible que cette idée ne soit pas une idée en l’air car avec Nicolas Sarkozy il faut s’attendre à tout, y compris que les affaires du monde prennent le pas sur les affaires françaises.

Et pourtant il y aurait tant à faire dans notre pays comme en témoignent les informations que nous recevons chaque jour et qui montrent à quel point notre pays est en crise. Certes, notre président de la République n’est peut-être pas totalement responsable de la crise qui frappe notre pays, mais il a largement contribué à l’aggraver avec les mesures qu’il a prises au début de son quinquennat. Entre notre endettement qui explose, le chômage qui repart à la hausse à une vitesse inégalée depuis des décennies, la situation dans l’Education Nationale, celle dans les prisons qui n’en peuvent plus d’accueillir des détenus alors qu’elles sont déjà en situation de saturation, ce qui provoque une vague de suicides sans précédent, bref avec toutes ces difficultés il est tout simplement hallucinant que le président de la République s’éparpille à ce point au niveau international. Cela l’est d’autant plus que son Premier ministre ne sert à rien avec le mode de gouvernance que Nicolas Sarkozy a initié.

Malgré tout, il y a quand même un espoir, et celui-ci se situe dans le fait que les Français se rendent compte qu’on les mène en bateau. Ils voient que les caisses sont vides, mais ils voient aussi que l’on trouve des milliards partout, et notamment pour investir 10, 5 milliards d’euros dans les six principales banques françaises. Ils constatent également que leur pouvoir d’achat s’érode de plus en plus, que les services publics se dégradent et que, plus généralement, le président de la République et son gouvernement sont totalement impuissants face à aux problèmes qui touchent les Français. C’est la raison pour laquelle je crois plus que jamais qu’il faut absolument que l’opposition, ou plutôt les oppositions, se mettent le plus rapidement possible en ordre de marche afin d’essayer de sauver ce qui peut l’être, sous peine de voir notre pays se trouver dans une situation historiquement difficile.

Michel Escatafal

18.10.2008

Là où le pouvoir souverain a été placé aux mains d’un seul homme...

diouf.jpg« Là où le pouvoir souverain a été placé aux mains d’un seul homme, la condition du peuple a pu être servile, déplorable…Les caprices de la volonté humaine se déploient alors dans leur intolérable bizarrerie et avec une irrésistible promptitude. C’est alors aussi que l’inégalité des conditions se fait le plus rudement sentir ; la richesse, la force, l’indépendance, tous les avantages et tous les droits s’offrent à chaque instant en spectacle à la misère, à la faiblesse, à la servitude…Est-ce un sénat de patriciens qui règne ? Il ne peut régner aussi capricieusement, aussi arbitrairement qu’un homme, car il procède par mesures générales, et sa souveraineté n’est que collective. Il y a diversité, délibération dans le sein même du gouvernement ; il peut s’y former, il s’y forme toujours des factions, des partis qui, pour arriver à leurs fins, cherchent à se concilier la faveur du peuple, prennent quelquefois en main ses intérêts ; et, quelque mauvaise que soit sa condition, en s’associant aux rivalités de ses maîtres, il exerce quelque influence sur son propre sort ».

Ces quelques phrases sont tirés des Essais sur l’histoire de France  de Guizot, dont je rappellerais qu’il est né à Nîmes en 1787, qu’il prit part aux luttes parlementaires du temps de la Restauration, et qu’il fut plusieurs fois ministre sous le règne de Louis-Philippe, ce qui ne l’empêcha pas de publier d’importants ouvrages historiques. Bref, un homme qui avait pu méditer sur les institutions des peuples, et notamment du peuple français. Et cela m’amène, après ce long préambule, à évoquer une nouvelle fois la manière dont Nicolas Sarkozy dirige et représente notre pays.

Certains vont peut-être de nouveau me reprocher de ne jamais trouver une bonne initiative chez Nicolas Sarkozy, mais force est de reconnaître que cela devient de plus en plus une évidence. Cet homme, on ne le dira jamais assez, est avant tout soucieux de se mettre en avant tant vis-à-vis de ses pairs que de l’opinion publique. Tout est calculé pour qu’on parle de lui, en évitant si possible les sujets qui fâchent, aidé en cela par la grande presse uniformisante. Prenons le cas de ce qui se passe ce week-end au Québec, avec le sommet de la francophonie où sont réunis plus de cinquante chefs d’Etat ou de gouvernement autour d'Abdou Diouf (photo), le secrétaire général de l'OIF, dont certains se dépensent sans compter pour promouvoir la langue de Molière et de Voltaire.

La francophonie, c’est quand même un sujet important au moment où notre idiome a de plus en plus de mal à rester une des deux langues officielles dans nombre d’organisations internationales. Pas assez manifestement pour Nicolas Sarkozy, parce qu’à ses yeux c’est un sujet qui n’intéresse pas réellement les Français, et sans doute pas davantage lui-même. En revanche il pense que rencontrer Georges Bush aujourd’hui à Camp David, pour obtenir de son homologue américain la possibilité d’organiser un G7 élargi aux pays émergents sur  la régulation financière, est beaucoup plus porteur en termes  d’image.

Entre parenthèses on peut bien se demander ce que Georges Bush va bien pouvoir décider à ce sommet, s’il a lieu, dans la mesure où son successeur sera désigné dans moins de trois semaines. D’ailleurs lui-même a avoué que s’il fallait effectivement modifier les mécanismes de surveillance des risques, c’était à son successeur qu’incomberait cette tâche. Même Georges Bush reconnaît que c’est là une tâche immense que l’on ne peut pas régler en deux temps, trois mouvements. C’est dire si l’idée de Nicolas Sarkozy est réellement prise au sérieux. Cela n’a pas empêché le secrétaire d’Etat à la Francophonie, Alain Joyandet, d’affirmer sans rire que « compte tenu de la crise financière et du poids historique qui pèsent sur les épaules de Nicolas Sarkozy, c’est déjà bien qu’il ait pu extraire du temps pour venir » à Québec.

En lisant ou en entendant pareille affirmation, on a l’impression que c’est Nicolas Sarkozy qui dirige le monde. Cela dit même le Figaro,  pourtant peu suspect d’antisarkozysme  primaire, reconnaît que Joyandet a bien du mérite à essayer de donner aux Québécois et aux participants au sommet de la francophonie des explications…qui n’ont convaincu personne. D’ailleurs le maire de Québec, furieux, n’y est pas allé par quatre chemins en affirmant que Nicolas Sarkozy manquait de cohérence. C’est le moins que l’on puisse dire, sauf si l’on essaie de comprendre la démarche de notre Président de la République pour qui seuls comptent les effets d’annonce. Alors la francophonie…

Michel Escatafal

16.10.2008

Démagogie quand tu nous tiens !

esclet.jpgPendant que les bourses continuent de baisser sur fond de récession aux Etats-Unis et ailleurs, en France le débat tourne autour …de l’organisation de matches de football. Et tout cela parce que la Marseillaise a été sifflée lors de la rencontre entre la France et la Tunisie au Stade de France mardi soir. Même si le fait de siffler notre hymne national est tout à fait anormal, pour ne pas dire scandaleux, cet évènement tombe à pic pour nos gouvernants qui y voient une possibilité temporaire de faire oublier les multiples promesses faites, et non tenues, par Nicolas Sarkozy pendant et après la campagne électorale présidentielle.

D’ailleurs il est tout à fait symptomatique que, toutes affaires cessantes, le chef de l’Etat ait convoqué mercredi  une réunion avec les ministres concernés et le président de la Fédération Française de football, comme s’il n’avait rien d’autre à faire. On est vraiment dans la démagogie la plus simpliste, d’autant que ceux qui sont en charge de l’organisation des matches de football se posent beaucoup de questions sur les mesures que le gouvernement veut mettre en pratique. Ainsi le directeur de la communication de  l’UEFA, qui régit le football européen, se demande comment il est possible d’évacuer sans problèmes 80.000 personnes après l’arrêt d’un match, comme l’a suggéré le Premier ministre Fillon au cas où la Marseillaise serait de nouveau sifflée.

Certes, François Fillon a des excuses à faire valoir car il n’a pas grand-chose à faire de ses journées, étant entendu que son patron s’occupe de tout. Cela lui permet de faire des suggestions loufoques « sous le coup de l’émotion »,  pour parler comme le directeur de la communication de l’UEFA. Pour autant, n’est-il pas lui aussi en train de déconsidérer sa fonction en s’occupant de pareilles futilités, en regard des problèmes qui affectent l’économie dans le monde et dans notre pays. Il y a en effet des craintes sur le pouvoir d’achat des ménages et sur l’emploi, sans commune mesure avec ce qui peut se passer sur un stade de football, aussi prestigieux soit-il. Qui aurait osé imaginer Raymond Barre s’occuper de pareil problème en pleine tourmente  financière ?

Il est vrai que Raymond Barre était un homme d’Etat, ce que François Fillon n’est pas. En tout cas, il en a encore apporté la preuve, tout comme le Président de la République qui a vu dans ce triste fait divers, un nouveau moyen de faire de la communication à bon marché. Malgré tout, je doute personnellement que les gens se laissent une nouvelle fois abuser facilement par ce type de pantalonnade, comme vont en témoigner les nombreux manifestants qui battront  le pavé aujourd’hui pour la revalorisation de leurs retraites. Là on est dans le concret,  parce que cela concerne le pouvoir d’achat des Français, et plus particulièrement de ceux qui ont été le plus souvent les oubliés de la croissance… quand il y en avait.

En tout cas, dans la foulée du débat qui s’est instauré avec la complaisance des médias, on aura tout entendu y compris les plus belles âneries. Outre les paroles de Roselyne Bachelot que plus personne ne prend au sérieux depuis longtemps, ou de Bernard Laporte qui veut délocaliser les matches contre le Portugal ou les pays du Maghreb, le plus grave c’est que cette campagne orchestrée à la fois par la classe politique et les médias fait resurgir de vieux relents de racisme. Il suffit de lire ou d’écouter ce qui se dit dans les forums des divers journaux ou radios pour en avoir la preuve…ce qui démontre à l’évidence que faire dans la démagogie et l’émotionnel sur un tel sujet est infiniment plus dangereux que siffler la Marseillaise, même si je le répète un tel incident est regrettable.

A propos, à part quelques rares personnes dans la classe politique, qui s’est réellement posé la question de savoir pourquoi certains en arrivent à cette extrémité pour se faire entendre ? Quelle personnalité politique de droite ou socialiste, c’est-à-dire appartenant aux partis qui se sont partagés le pouvoir depuis 1981, peut affirmer qu’entre plans banlieues jamais mis en œuvre ou promesses d’amélioration de la vie des cités jamais concrétisées, on a fait tout ce qu’il fallait pour offrir leur chance aux millions d’exclus qui désespèrent de trouver une place, et la dignité qui va avec, dans notre pays. Voilà le type de question que nous devons nous poser. Hélas la réponse nous la connaissons, et s’il en fallait une preuve supplémentaire, il suffit de regarder le nombre de postes que l’on va supprimer dans la fonction publique, y compris dans les endroits où les services publics sont plus que nécessaires, sans que cela ne fasse trop de bruit. Ah, démagogie quand tu nous tiens !

Michel Escatafal

14.10.2008

Le poids de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne

Décidément la France n’est plus ce qu’elle était, et on en a eu une nouvelle preuve ce week-end avec les mesures prises lors du sommet de l’Eurogroupe, destinées à sortir le système bancaire du marasme dans lequel il s’est enlisé. Déjà cette réunion c’est une idée de J.L. Zapatero, le chef du gouvernement espagnol. Ensuite, c’est Angela Merkel qui a donné le ton de cette réunion dès samedi à Colombey-les-Deux-Eglises, en précisant fermement ses intentions à propos de ce sommet en expliquant : « nous disposerons d’une boîte à outils commune ».

« Chaque pays de la zone euro pourra y choisir ses outils en fonction de son économie et de son système bancaire. Il faut tenir compte de la caractéristique des Etats tout en assurant entre eux l’indispensable coordination. Nous n’agirons pas en ordre dispersé pour parer à l’actuelle crise financière, mais il n’y aura pas de solution unique appliquée à tous ». Voilà qui était clair : le patron c’était elle, même si ses tâtonnements quant à la gravité de la crise en Allemagne ont intrigué jusqu’à ses plus fidèles supporteurs. Il est vrai que pour ajouter à ses propres difficultés, l’Allemagne est presque en campagne électorale, et qu’elle est dirigée par une grande coalition.

Pour autant, à peine la réunion à l’Elysée terminée Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, emboîtait le pas d'Angela Merkel avec une vigueur non dissimulée. Il en profitait pour souligner que l’on avait pris exemple sur la Grande-Bretagne pour mettre en place un plan que Gordon Brown a détaillé devant ses collègues de la Zone euro, dont la Grande-Bretagne ne fait pas partie, et qui consistait à prendre des participations dans le capital des banques touchées par la crise, ainsi que la garantie de prêts interbancaires, ce qui était devenu indispensable puisque les banques ne se prêtaient plus entre elles, et donc ne pouvaient plus accorder de prêts aux entreprises.

En fait, c’est sans doute le Premier ministre britannique qui va sortir en grand vainqueur de cette crise. Celle-ci en effet aura rappelé à tous ceux qui doutaient de Gordon Brown en Grande-Bretagne et ailleurs, qu’il était d’abord un homme extrêmement compétent en matière d’économie. Ce n’est pas pour rien qu’il a été Chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances) pendant 10 ans. Cela montre une fois encore, et si besoin en était, que la communication ne remplace pas tout et surtout pas la compétence. Par ailleurs, avec son air de premier de la classe ténébreux, le Premier ministre britannique aura même réussi le tour de force de se faire passer pour plus européen qu’il n’est en réalité, lui le partisan acharné du maintien de la Grande-Bretagne hors de la Zone euro ce qui, par parenthèse, m’a toujours étonné.

Et pendant ce temps en France les journaux n’ont de cesse de décrire Nicolas Sarkozy comme le sauveur. « Bravo Sarko » : tel est le titre de l’éditorial de la Tribune de l’économie du jour, dans le ton des informations données par le reste du groupe, notamment la chaîne de radio RMC. Par ailleurs on nous dit que Nicolas Sarkozy n’est jamais meilleur que dans la gestion des crises, ce que d’ailleurs on avait pu constater au moment de la crise des banlieues à l’automne 2005, quand il avait fallu que Dominique de Villepin reprenne le dossier à son ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. D’autres disent qu’il est « un capitaine plein de sang-froid apte à guider la France dans la tempête ». Bref, on est en plein dans le culte de la personnalité…comme dans les démocraties dites populaires.

Cela étant, il va quand même falloir expliquer aux Français comment « un Etat en faillite » pour reprendre l’expression de François Fillon, ou un Etat dont « les caisses sont vides » comme le disait si bien Nicolas Sarkozy, peut trouver aussi facilement des centaines de milliards d’euros pour sauver des banques qui les ont dilapidés, alors qu’on est obligé d’instituer taxes sur taxes payées par le Français, sauf les plus riches qui bénéficient du bouclier fiscal, pour boucler le budget et financer le RSA, la Sécurité Sociale etc. Certes, on nous dit que les sondages sont bons pour le président et que 53% des Français lui font confiance dans la gestion de la crise, mais le plus dur reste quand même à venir notamment avec l’augmentation du chômage et la baisse inéluctable du pouvoir d’achat.

Alors bien sûr les médias vont encore en rajouter, ce qui permettra à certains gogos de penser que « Nicolas Sarkozy n’a vraiment pas de chance depuis le début de son mandat », comme me l’a dit avec candeur hier matin un brave homme qui avait voté pour lui. Pour autant, quand la crise se sera quelque peu éloignée et qu’elle ne fera plus les gros titres des médias, les gens ne manqueront pas de se rappeler les promesses faites par le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy, et non tenues. Ils ne regarderont en fait qu’une chose : leur porte-monnaie et leur compte en banque.

Et là ce ne sera pas à l’avantage du président de la République. L’argent est un problème pour tous, qu’ils en aient beaucoup ou peu. Mais ceux qui souffrent le plus sont quand même ceux qui n’en ont pas assez pour vivre. En plus, ceux-là ne pourront même pas profiter de l’ouverture généralisée des magasins le dimanche comme le gouvernement veut l’imposer à tout prix, malgré le désaccord de ceux qui seront obligés de travailler ce jour-là au lieu de rester en famille. Décidément ceux qui nous gouvernent n’ont toujours rien compris.

Michel Escatafal

12.10.2008

Et si le politique reprenait ses prérogatives ?

Cela faisait bien longtemps que le capitalisme n’avait connu pareille crise, au point de se demander jusqu’où cela nous mènera. Cependant  il y a au moins quelque chose de bon dans cette crise, puisqu’elle aura fait comprendre aux faiseurs de miracles de la finance que finalement ils ne sont pas aussi forts qu’ils se l’imaginaient. Elle aura aussi  permis de constater une fois encore que sans des institutions politiques solides faisant respecter l’Etat de droit, c’est la porte ouverte à tous les abus. L’argent nous disait-on appelle l’argent. Il était roi et certains hommes politiques, suivez-mon regard, considérait que c’était la valeur suprême. Il fallait être riche à tout prix quitte à rendre plus pauvres encore ceux qui l’étaient déjà. Drôle de philosophie en vérité !

Nombre de gouvernements il est vrai, y compris ceux qui se disaient socialistes, ont encouragé cette évolution vers le pire. Ces gouvernants étaient-ils conscients de ce qu’ils faisaient ? Je n’en sais rien, mais chaque demande de dérégulation concernant le marché du travail ou la finance,  pour ne citer qu’eux, trouvait presque toujours un écho favorable au nom de la liberté d’entreprendre…et des règles de bonne gestion. On est en train de payer hélas pour avoir cru à ces balivernes. Rien n’était trop beau en effet pour vanter l’économie de marché dérégulée, au point de faire miroiter à tout le monde des lendemains qui chantent.

Si l’économie en France n’avait pas le dynamisme souhaité, c’était la faute à la durée du travail, aux difficultés qu’avaient les chefs d’entreprises pour licencier, aux prélèvements obligatoires qui accaparaient une bonne part de la richesse nationale, à la couverture universelle de maladie, aux régimes spéciaux de retraite qui étaient d’après François Fillon « l’injustice la plus criante », aux chômeurs fraudeurs etc. Bref, tout était bon pour que l’on s’oriente vers des solutions à l’américaine, où chacun doit pouvoir se débrouiller avec ce que son travail lui donne, et non avec ce que lui donne l’Etat providence.

Ah, l’Etat providence ! Que d’âneries a-t-on pu dire en son nom ! Pourquoi dépenser des milliards à servir une retraite à chacun payée par l’Etat, alors que les banques et les sociétés d’assurance pourraient si bien s’en occuper ? Pourquoi une couverture maladie universelle, et même pourquoi une Caisse maladie tout court, déficitaire chaque année de surcroît, alors que les assurances privées ne demanderaient qu’à prendre le relais…pour ceux qui auraient les moyens de payer les cotisations ? Et puis pourquoi verser des indemnités de chômage aux chômeurs,  dont on suggère qu’ils sont finalement assez heureux de leur sort ? Voilà ce que l’on entendait il y a peu encore de la part de ceux qui aujourd’hui sont en charge des affaires,  et en disant cela j’exagère à peine.

Il fallait toujours moins d’Etat parce que tout ce qui est Etat coûte très cher. Alors on supprime peu à peu les services publics, et on privatise tout ce qu’il reste possible de privatiser, après l’avoir fait pour l’eau, pour les télécommunications, et bientôt pour l’électricité et les chemins de fer. En fermant des hôpitaux y compris dans des zones où il faut au minimum une heure pour faire 60 km, en supprimant des écoles et des postes d’enseignants par milliers, en fermant des casernes là où elles permettent à certaines régions de maintenir un minimum d’activité sur les territoires, en regroupant les tribunaux, on nous dit que nous diminuerons  nos déficits publics et que nous pourrons dégager des marges pour le développement économique du pays.

Hélas, il n’y a que des gogos pour croire à des pareilles inepties. A la fin des années 70, avec Raymond Barre comme Premier ministre, nous avions un budget à l’équilibre ou quasiment, et pourtant comme je l’ai souvent dit sur ce site, les services publics ne se sont jamais aussi bien portés qu’à cette époque. A contrario depuis la vague de privatisations de 1986, nous n’avons jamais cessé d’accumuler les déficits en même temps que l’Etat ne cessait de se désengager là où  il devrait être de plus en plus présent. Y-a-t-il trop d’Etat dans les banlieues ? Et l’eau combien nous coûte-t-elle ? Et la privatisation des autoroutes,  faite à un prix dérisoire aux yeux de tous les analystes,  a-t-elle permis une diminution des frais de péage pour les automobilistes ?

Evidemment je pourrais continuer longtemps ce plaidoyer pour plus d’Etat là ou c’est  nécessaire, et pour son maintien  partout où notre gouvernement veut le supprimer. L’ennui est que j’ai bien peur que l’on ne tire pas toutes les leçons de la crise. D'ailleurs  avec un aplomb qui frise l’indécence, on entend partout ceux qui nous ont plongés dans cette crise demander aux pouvoirs publics d’agir pour sauver ce qui peut l’être et donc, in fine, régler l’addition à leur place. Certes les politiques, Nicolas Sarkozy le premier, nous disent aujourd’hui sans rire que les coupables seront sanctionnés. Comment ? Nul ne le sait, et pourtant les politiques ont une occasion unique d’innover en proposant des nouvelles valeurs, ce qui leur permettrait de retrouver les prérogatives qu’ils ont perdues au bénéfice exclusif des milliardaires…dont ils ne savaient plus se passer.

Espérons enfin que les dirigeants européens comprennent une fois pour toutes qu’ils ont une page d’histoire à écrire, en profitant de cette crise sans précédent, et qu’ils donnent à la construction européenne un nouvel élan. Mais pour cela ils doivent impérativement susciter l’espoir, en proposant une Europe au service de l’homme et non au service du capital. L’Europe a un passé démocratique et social sans équivalent dans le monde. Qu’elle poursuive sur cette voie et elle provoquera l’adhésion, ce qu’elle ne fera jamais en privilégiant la concurrence à tout prix, et donc la loi du plus fort.

Michel Escatafal

 

 

09.10.2008

Les effets de la crise dans le monde

Même si elle dispose de marges de manœuvre que ses grands voisins n’ont pas,  l’Allemagne n’est pas épargnée par  la crise, comme en témoigne la baisse de ses exportations (-13% sur un mois entre juillet et août). Cela étant, la situation de l’Allemagne demeure quand même nettement meilleure que celle de la France qui continue  à battre des records …de déficit. En effet, alors que les Allemands ont encore un solde positif des échanges commerciaux de 13,1 milliards d’euros, la France affiche en août un déficit de 5,4 milliards d’euros, ce qui sur les 12 derniers mois représente en cumul quasiment 50 milliards d’euros, soit un total supérieur de 25% à celui de toute l’année 2007.

En tout cas cela démontre clairement que la compétitivité de notre pays demeure très inférieure à celle de notre voisin rhénan, puisque les deux pays ont la même monnaie, offrent souvent les mêmes produits et chassent sur les mêmes marchés. Il est vrai que les Français avec leurs déficits perpétuels sont toujours à la traîne en ce qui concerne l’effort de recherche, dont on sait qu’il conditionne la croissance du futur. Et chacun sait que depuis des années, le futur pour les hommes politiques français c’est d’abord leur élection ou leur réélection. Résultat, notre pays devient peu à peu un pays d’imitation avec des technologies mises au point ailleurs, et notre commerce extérieur si longtemps excédentaire ne l’est plus depuis 2005.

Pour parler d’autre chose, le marché interbancaire restait comme paralysé ce jeudi avec l’Euribor, un des principaux taux de référence du marché monétaire de la Zone euro, qui se maintenait à 5,39% soit son niveau record depuis sa création, le 1er janvier 1999. Rappelons qu’en janvier dernier il était encore en moyenne à 4,49%, mais à 2,1% en janvier 2004 comme en janvier 2005. Le crédit devient cher, très cher. En tout cas, contrairement à ce que pense Nicolas Sarkozy et bien d’autres avec lui, il est définitivement acquis que la baisse des taux des banques centrales n’est pas la panacée pour régler les problèmes des banques et de l’économie en général. L’exemple japonais était déjà là pour en témoigner.

En effet, ce n’est plus tellement de taux bas dont les banques ont besoin, mais de liquidités. Et c’est parce qu’elles en manquent  qu’elles vendent les actions dont elles disposent, ce qui fait baisser les cours.  En outre les taux bas ont souvent pour effet d’inciter ceux qui ont de l’argent à le conserver, plutôt que d’investir dans l’économie réelle ou les actifs financiers avec des rendements qui ne sont pas du tout attractifs, ce qui ne peut qu’aggraver la récession que connaissent ou commencent à connaître l’Europe et les Etats-Unis.

Toutefois,  personne ne peut reprocher à la BCE d’avoir participé à l’action concertée des banques centrales  d’abaisser d’un demi- point leurs taux directeurs, à 3,75 pour la BCE, à 4,5% pour la Banque d’Angleterre et à 1,5% pour la Réserve Fédérale américaine. En fait il n’y a que la Banque du Japon qui n’a pas participé au mouvement…parce que son taux principal est de 0,5%. Il est vrai qu’avec les risques qui se profilent pour la croissance en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs, les pressions inflationnistes devraient se faire moins vives.

Ceux qui commencent à être inquiets à propos de la croissance en Amérique et en Europe sont les Chinois qui, eux-mêmes,  risquent d’être touchés à travers  leurs échanges avec leurs  partenaires occidentaux, dont dépend pour une bonne part leur richesse. De plus, nombre d’entreprises occidentales présentes en Chine ont déjà commencé à réduire leurs coûts, donc prioritairement leurs effectifs et les salaires de ceux qui restent. Cela signifie que les Chinois, pour la première fois depuis longtemps,  vont  voir leur niveau de vie diminuer. Et dire qu’il y en a qui disaient encore très récemment que les économies occidentales et chinoises étaient « découplées ». Et bien non  il va falloir s’y faire, la Chine ne vit plus en autarcie et elle est intégrée totalement à l’économie mondiale.

Michel Escatafal

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