30.10.2008

Pas le droit à l'erreur

obamamac.jpgDans le droit fil de ce que je disais dans mon précédent billet, l’élection présidentielle n’est absolument pas jouée et il faudra que les démocrates, tous les démocrates, se mobilisent s’ils veulent voir leur candidat l’emporter. Cette mobilisation sera d’autant plus importante que ce n’est pas le nombre de voix recueillies par les candidats qui compte, mais le nombre de grands électeurs apportant leur voix aux candidats. On a pu le vérifier notamment en 1960 (Kennedy-Nixon) et en 2000 (Bush-Gore). D’ailleurs, il suffit de voir avec quelle vigueur les candidats se disputent les votes en Floride ou en Pennsylvanie, pour être convaincus que finalement ce sont trois ou quatre états dits clés qui font pencher la balance.

Pour autant, quand on pense à tous les avatars qu’ont subis les Américains depuis l’an 2000, entre le 11 septembre, les guerres en Irak et Afghanistan, sans oublier la plus grande crise économique qu’ils aient connue depuis presque un siècle, il semble à première vue qu’il soit impensable que le candidat démocrate, Obama, ne l’emporte pas facilement. Certes, ce n’est pas parce que j’ai plus de sympathie pour Obama que pour son rival républicain,  que je me fais beaucoup d’illusions sur la politique américaine dans les quatre prochaines années, mais quand même une victoire d’Obama serait un sacré bol d’air frais après huit ans d’administration républicaine qui ont amené l’Amérique et le monde dans le bourbier où il se trouve.

Pire même, sachant ce que veut Mac Cain en matière de politique étrangère, on est certain qu’une victoire de ce dernier serait ni plus ni moins que la continuation de ce qui a été fait ces dernières années. Ses allusions perpétuelles à son passé au Vietnam en sont la preuve tangible, comme si cette guerre était un épisode glorieux de l’histoire des Etats-Unis. Quant à l’économie, les thèmes de campagne du candidat Mac Cain sont sans ambigüité, même s’il essaie de se démarquer de Georges Bush : il est pour le libéralisme pur et dur dans la droite ligne des néoconservateurs américains. Sur ce plan comme sur les autres, Obama est quand même plus rassurant, même si ce dernier se comportera d’abord comme un Américain qu’il est. Il n’est pas socialiste, il n’est pas noir ou métis, il est américain et sa politique étrangère consistera d’abord à privilégier les Etats-Unis dans leur leadership mondial, à la fois économique et militaire.

Cela méritait d’être dit, même si évidemment il fera en sorte de redorer le blason de la nation américaine, synonyme dans le monde de nation guerrière et plus que jamais impérialiste, ayant entraîné le monde dans le chaos économique et diplomatique. En plus  s’il est élu,  l’attente sera telle qu’il sera obligé d’en faire un minimum s’il veut que son pays retrouve une certaine crédibilité et donc son rang de super puissance. En disant cela je pèse mes mots, car il est paradoxal que les Etats-Unis malgré leur arsenal de bombes de toutes sortes et leur toute puissance militaire finissent par ne plus faire peur à personne. Tout juste si l’on ne reprend pas le qualificatif de Mao Ze Dong quand il comparait les Etats-Unis à un tigre de papier.

Et pourtant malgré tous ces échecs, malgré une campagne en rase-mottes de la part du ticket Mac Cain-Pallin, on en est à se dire que le résultat du 4 novembre prochain demeure très incertain. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on touche là aux limites de la démocratie telle qu’on la conçoit aux Etats-Unis et plus généralement dans le monde occidental. Bien sûr ce système est « le moins mauvais » comme disait Churchill, mais il est quand même dépendant de facteurs qui ne devraient pas entrer en ligne de compte dans une élection, surtout dans des pays où tout le monde ou presque sait lire et écrire, et où la plupart des classes d’âge ont un diplôme d’études secondaires. Comment peut-on encore avoir envie de voter pour un candidat républicain aux Etats-Unis avec une situation politique, sociale et  économique aussi désastreuse ?

La situation est tellement dramatique dans certaines couches de la population que certains, nous dit-on, en sont réduits à reprendre un job quand ils en trouvent…à 75 ans, voire même plus pour survivre.  Entre parenthèses, on mesure la chance que nous avons eue en France que cette crise survienne maintenant, car d’ici quelques années et notamment avec Nicolas Sarkozy comme président de la République, c’est notre système de retraite par répartition garanti par l’Etat qui allait passer dans le privé, au profit des fameux fonds de pension dont on s’aperçoit que, même en Suisse, leur couverture est devenue insuffisante. Alors on imagine aux Etats-Unis…

Et cela m’amène à redire encore une fois que les Français doivent se battre pour préserver leurs acquits, en espérant que ce mot revienne à la mode à la faveur de cette crise. En France notre situation n’est guère meilleure que celle des Etats-Unis ou d’autres pays européens encore plus frappés par la crise, parce que plus dépendants du secteur financier, par exemple la Grande-Bretagne, mais les Français ont semble-t-il perdu cette capacité de mobilisation qu’ont conservé nos voisins face aux mauvais coups distribués par le pouvoir. Les Italiens qui viennent de s’apercevoir (un peu tard) qu’ils ont fait une grossière erreur en ramenant au pouvoir Silvio Berlusconi étaient plusieurs millions dans les rues ce week-end, ce qui démontre qu’ils n’ont pas l’intention de baisser les bras devant les promesses non tenues du candidat Berlusconi.

En France nous n’en sommes pas là, et ce pour la simple raison que l’information dans notre pays est tout entière ou presque dévouée à la cause du pouvoir. Et la perspective de voir la publicité déserter les écrans de télévision sur les chaînes publiques est loin d’être rassurante, d’autant que le gouvernement veut en profiter pour diffuser des spots à sa gloire. Déjà que toutes les chaînes privées sont détenues par les amis du président, on imagine où ira se nicher l’impertinence. Certes en Italie la situation est identique, mais pour regarder la RAI régulièrement je puis assurer que la situation y est très différente comme je l’ai souvent rappelé sur ce site.

Chez nos amis transalpins il n’y a pas que des Drucker ou autres Denisot pour passer la brosse à reluire comme chez nous. Alors, encore une fois, je redis qu’il va falloir nous battre comme le font les démocrates aux Etats-Unis pour soutenir leur candidat, et mieux que ne l’ont fait les Italiens au printemps. Il nous reste trois ans et demi ce qui paraît une échéance lointaine, mais nous pouvons déjà donner un bon coup de semonce lors des prochaines élections européennes et aux régionales qui suivront, avant le grand combat de 2012 où nous n’aurons pas plus le droit à l’erreur que les Américains le 4 novembre.

Michel Escatafal

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