28.10.2008

8 ans pour les Américains, 5 ans pour les Français : trop c'est trop

oba.jpgbayrou.jpg« Dans une semaine, vous pourrez mettre fin à une politique qui cherche à diviser le pays dans le but de gagner une élection, qui essaie de dresser une région contre une autre, une ville contre une autre, les républicains contre les démocrates, qui joue sur la peur quand nous avons tant besoin d’espoir ».  Voilà ce qu’a dit hier Barack Obama à Canton, ville industrielle du Nord de l’Ohio, dans un discours qui est considéré comme le plaidoyer final de sa campagne présidentielle. Voilà aussi sans doute ce que devra dire notre candidat dans trois ans et demi, quelques jours avant la prochaine élection présidentielle française. Cette phrase résumera ce que sera la campagne de François Bayrou face à Nicolas Sarkozy.

D’un coté un homme qui se veut rassembleur, qui veut être élu sur des idées, et qui joue sur l’espoir. De l’autre un candidat prêt à tout pour sauver sa place, y compris à se renier provisoirement afin de montrer qu’il incarne le changement, même après cinq ans de pouvoir. Comme John Mac Cain qui ne cesse de se démarquer de Georges Bush, gageons que Nicolas Sarkozy sera ultralibéral et ultracapitaliste dans certains de ses discours, et antilibéral pour des auditoires qui auront été frappés plus que d’autres par la crise. En fait il continuera à donner des gages aux puissants qui le soutiennent et l’ont toujours soutenu, et il surfera sur l’exaspération du moment avec opportunisme, mauvaise foi et calcul politique.

Aux solutions qu’il proposera pour affronter les difficultés économiques, il en ajoutera quelques unes qui feront plaisir aux électeurs d’extrême droite et le tour sera joué. Il se répandra en promesses qu’il saura très bien tout à fait intenables, à l’image de ce que fait John Mac Cain, comme ces heures supplémentaires qui étaient supposées résoudre tous les problèmes de pouvoir d'achat, ou ce paquet fiscal qui devait permettre aux expatriés de revenir au pays. Je suis certain qu’il sortira de son chapeau un nouveau slogan ou une nouvelle rhétorique destinée à rassurer ceux qui sont le plus dans le besoin. Bref, il continuera à se répandre en paroles artificieuses pour convaincre ou séduire une fois encore.

Mais me direz-vous, que faire quand on est candidat face à quelqu’un qui se comporte de cette manière ? Et bien tout simplement il faut essayer de se démarquer intelligemment, comme a su si bien le faire jusque là Barack Obama. Je ne sais pas si in fine cette tactique du candidat démocrate sera payante, mais j’observe qu’elle suscite l’enthousiasme. Il ne fait pas de promesses inconsidérées, mais il n’hésite à faire des propositions qui rassurent l’électorat, à l’image de ce qu’avait fait François Bayrou l’année dernière. Certes on va me rétorquer que ce dernier est arrivé en troisième position, devancé par les deux bateleurs d’estrade que sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, mais il faut voir qu’il est parti d‘une base électorale que tout le monde estimait au début de la campagne à 7 ou 8% des voix.

Je pense qu’il faudra poursuivre dans ce sens en essayant de mettre un peu plus de punch dans l’action de tous les jours. Finalement, c’est ce qui nous a manqué pour propulser François Bayrou quelques  points au dessus du score qu’il a réalisé, un peu comme en 1988 quand le candidat Barre affrontait Mitterrand et Chirac qui, eux aussi, s’y entendaient en matière de boniments. Avec le projet  présenté par François Bayrou, au demeurant plus que jamais d’actualité, nous aurions dû faire mieux que nous l’avons fait si l’on y avait réellement cru jusqu’au bout. Bien entendu quand je dis nous, cela va du candidat et son équipe de campagne aux militants…que beaucoup d’entre nous n’étaient pas à l’époque. Il faudra s’en souvenir, et c’est pour cela que l’union dans notre mouvement, le MoDem, est plus que jamais nécessaire maintenant que la période des élections internes est derrière nous.

C’est sur cette note à la fois d’espoir et de volontarisme que je vais terminer mon propos, en espérant que Barack Obama nous montrera la voie la semaine prochaine. Quelle bombe serait le succès d’un candidat métis aux Etats-Unis! Quel merveilleux exemple aussi pour le monde politique, que voir un candidat arriver en quelques mois à faire tomber les préjugés raciaux dans une élection présidentielle américaine, même si  hélas chacun d’entre nous sait bien que les relents racistes continueront d’exister aux Etats-Unis comme chez nous. En tout cas, la fête devrait être belle dans la nuit de mardi à mercredi dans le Michigan, l’Ohio, la Californie, le Kentucky etc., mais aussi  partout ailleurs sur la planète. Qui n’en a pas assez de la politique des néoconservateurs américains, pour laquelle Nicolas Sarkozy avait tellement d’admiration ?

Michel Escatafal

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