27.10.2008

Grand voyageur, mais pour quel résultat?

avion présidentiel.jpgNicolas Sarkozy est un grand voyageur devant l’Eternel. On a pu le constater ces derniers jours où il n’a pas hésité à défier les fuseaux horaires en passant de Paris à Québec pour aller à Camp David, repartir dans la foulée à Annecy avant de faire le voyage à Pékin pour participer au sommet Asie-Europe qu’il a contribué à organiser. Certains, les militants ou sympathisants UMP,  diront qu’il est super actif, qu’il se démène comme un beau diable pour éradiquer la crise et réformer le capitalisme mondial, d’autres plus nombreux si l’on en croit les sondages pensent que notre président de la République brasse beaucoup de vent, pour essayer de faire oublier les promesses inconsidérées qu’il a faites pendant sa campagne électorale et qui, bien entendu, n’ont pas été tenues.

Cela dit il y a au moins un point sur lequel tout le monde ou presque est d’accord sur l’action de Nicolas Sarkozy, à savoir que  malgré ce qu’il prônait lui-même en conclusion du Grenelle de l’environnement, il est d’abord un énorme consommateur d’énergie à travers ses déplacements à travers la France, l’Europe et le monde. Certes, chacun sait qu’un chef d’Etat est contraint à de nombreux déplacements mais, sans faire dans la démagogie, il est quand même notable que sur ce plan Nicolas Sarkozy surpasse très largement tout ce qui a pu être fait à ce jour. En effet, selon le magazine Terra Economica, Nicolas Sarkozy a effectué en un an, entre fin octobre 2007 et fin octobre 2008, 89 déplacements officiels en avion dont 47 en France, 2 dans les Dom-Tom, et 40 à l’étranger.

Cependant, ce n’est pas moi qui lui reprocherais  tous ces déplacements…s’ils avaient réellement leur utilité. Toutes ces émissions de CO2 débouchent sur quoi au final ? Pas grand-chose, comme en témoignent les résultats de ce sommet Europe-Asie où, comme d’habitude, chacun y est allé de ses promesses mutuelles sur la nécessaire refonte du système financier international, et sur les mesures à prendre relatives au réchauffement climatique, mais dans la réalité chacun s’est efforcé de défendre d’abord ses propres intérêts et est resté sur ses positions. Qui aurait pu en douter ? D’ailleurs Nicolas Sarkozy lui-même n’est en aucune façon prêt à donner l’exemple dans son propre pays d’une nouvelle gouvernance de l’économie et de la finance, malgré ses déclarations d’intention réitérées à de nombreuses reprises. C’est pour cette raison que ses nombreux détracteurs pensent que son activisme est calculé et que tout ce qu’il fait relève de la communication.

Mais revenons aux conclusions de ce sommet entre Européens et Asiatiques, en rappelant tout d’abord que cette crise est partie des Etats-Unis et d’Europe, ce qui explique les réticences des dirigeants asiatiques à accepter les solutions proposées par les Américains et les Européens. Jusqu’à présent c’étaient ces derniers qui pouvaient dicter leur loi, parce que les crises affectaient en priorité les autres. Les pays d’Asie du Sud-Est asiatique ont encore en mémoire la crise de 1997, qui avait conduit plusieurs d’entre eux  à passer sous les fourches caudines du FMI pour bénéficier de son assistance, et qui avait vu les firmes occidentales s’approprier à peu de frais une partie de leurs actifs. Dans ces conditions, il n’est pas question pour les pays d’Extrême-Orient d’aller au G20 de Washington pour s’entendre dire ce qu’ils doivent  faire…au bénéfice de l’Occident. Apparemment,  s’ils assistent à cette réunion c’est pour qu’on les écoute, d’autant qu’ils disposent tous d’une colossale épargne qu’ils ne veulent pas voir se réduire pour défendre des intérêts qui vont à l’encontre des leurs.

Cela signifie clairement que quelles que soient les pressions que peuvent exercer les Occidentaux sur des pays comme la Chine, l’Inde ou la Corée, dont le développement dépend en grande partie des exportations à destination de l’Amérique et des pays de l’Union Européenne, il va falloir que ceux-ci règlent leurs problèmes en comptant d’abord sur eux-mêmes, et non uniquement sur les autres. Et c’est en cela que le monde a changé et qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Cette fois la crise  touche tout le monde en Occident, et si certains sont heureux de voir de nombreux investisseurs et spéculateurs être victimes de la tempête soufflant sur les grandes places financières américaines ou européennes, ceux-là oublient que désormais c’est l’économie réelle qui est touchée, et là tout le monde est concerné y compris et en premier lieu ceux qui n’y sont pour rien.

Le chômage technique, les pertes d’emplois, montrent que dans les pays développés d’Occident et donc en France, la situation est devenue dramatique, même si nos gouvernants essaient par tous les moyens de minimiser l’ampleur de la crise qui sévit chez nous. Il est d’ailleurs extraordinaire de voir Nicolas Sarkozy affirmer partout sur la planète que le monde va mal, et le voir s’interdire de prononcer le mot récession dans son propre pays, d’autant que la politique qu’il a initiée  au cours des premiers mois de son mandat lui a ôté toute marge de manœuvre…alors qu’à cette époque tout le monde, sauf lui apparemment, était en train de prendre conscience des difficultés qui nous attendaient avec la crise des crédits hypothécaires américains.

En attendant, comme je le disais précédemment, ce sont ceux qui travaillent et ne spéculent pas qui vont être les premiers touchés par cette déflagration, et le slogan « travailler plus pour gagner plus » devient hélas de plus en plus caduc. La récession qui frappe à nos portes va nécessairement se traduire en augmentation du nombre de chômeurs, et bien entendu en impossibilité pour les entreprises de revoir à la hausse les salaires de ceux qui y travaillent, plus particulièrement les employés et les ouvriers. Dans ce contexte le pouvoir d’achat des Français va continuer à se dégrader, mis à part celui des dirigeants des grandes entreprises qui trouveront toujours le moyen d’augmenter leurs rémunérations…et celui des hommes politiques qui, pourtant, devraient donner l’exemple. Et le pire est que nul ne peut dire quand la crise s’estompera, et donc quand le calme reviendra.

Michel Escatafal

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