12.10.2008

Et si le politique reprenait ses prérogatives ?

Cela faisait bien longtemps que le capitalisme n’avait connu pareille crise, au point de se demander jusqu’où cela nous mènera. Cependant  il y a au moins quelque chose de bon dans cette crise, puisqu’elle aura fait comprendre aux faiseurs de miracles de la finance que finalement ils ne sont pas aussi forts qu’ils se l’imaginaient. Elle aura aussi  permis de constater une fois encore que sans des institutions politiques solides faisant respecter l’Etat de droit, c’est la porte ouverte à tous les abus. L’argent nous disait-on appelle l’argent. Il était roi et certains hommes politiques, suivez-mon regard, considérait que c’était la valeur suprême. Il fallait être riche à tout prix quitte à rendre plus pauvres encore ceux qui l’étaient déjà. Drôle de philosophie en vérité !

Nombre de gouvernements il est vrai, y compris ceux qui se disaient socialistes, ont encouragé cette évolution vers le pire. Ces gouvernants étaient-ils conscients de ce qu’ils faisaient ? Je n’en sais rien, mais chaque demande de dérégulation concernant le marché du travail ou la finance,  pour ne citer qu’eux, trouvait presque toujours un écho favorable au nom de la liberté d’entreprendre…et des règles de bonne gestion. On est en train de payer hélas pour avoir cru à ces balivernes. Rien n’était trop beau en effet pour vanter l’économie de marché dérégulée, au point de faire miroiter à tout le monde des lendemains qui chantent.

Si l’économie en France n’avait pas le dynamisme souhaité, c’était la faute à la durée du travail, aux difficultés qu’avaient les chefs d’entreprises pour licencier, aux prélèvements obligatoires qui accaparaient une bonne part de la richesse nationale, à la couverture universelle de maladie, aux régimes spéciaux de retraite qui étaient d’après François Fillon « l’injustice la plus criante », aux chômeurs fraudeurs etc. Bref, tout était bon pour que l’on s’oriente vers des solutions à l’américaine, où chacun doit pouvoir se débrouiller avec ce que son travail lui donne, et non avec ce que lui donne l’Etat providence.

Ah, l’Etat providence ! Que d’âneries a-t-on pu dire en son nom ! Pourquoi dépenser des milliards à servir une retraite à chacun payée par l’Etat, alors que les banques et les sociétés d’assurance pourraient si bien s’en occuper ? Pourquoi une couverture maladie universelle, et même pourquoi une Caisse maladie tout court, déficitaire chaque année de surcroît, alors que les assurances privées ne demanderaient qu’à prendre le relais…pour ceux qui auraient les moyens de payer les cotisations ? Et puis pourquoi verser des indemnités de chômage aux chômeurs,  dont on suggère qu’ils sont finalement assez heureux de leur sort ? Voilà ce que l’on entendait il y a peu encore de la part de ceux qui aujourd’hui sont en charge des affaires,  et en disant cela j’exagère à peine.

Il fallait toujours moins d’Etat parce que tout ce qui est Etat coûte très cher. Alors on supprime peu à peu les services publics, et on privatise tout ce qu’il reste possible de privatiser, après l’avoir fait pour l’eau, pour les télécommunications, et bientôt pour l’électricité et les chemins de fer. En fermant des hôpitaux y compris dans des zones où il faut au minimum une heure pour faire 60 km, en supprimant des écoles et des postes d’enseignants par milliers, en fermant des casernes là où elles permettent à certaines régions de maintenir un minimum d’activité sur les territoires, en regroupant les tribunaux, on nous dit que nous diminuerons  nos déficits publics et que nous pourrons dégager des marges pour le développement économique du pays.

Hélas, il n’y a que des gogos pour croire à des pareilles inepties. A la fin des années 70, avec Raymond Barre comme Premier ministre, nous avions un budget à l’équilibre ou quasiment, et pourtant comme je l’ai souvent dit sur ce site, les services publics ne se sont jamais aussi bien portés qu’à cette époque. A contrario depuis la vague de privatisations de 1986, nous n’avons jamais cessé d’accumuler les déficits en même temps que l’Etat ne cessait de se désengager là où  il devrait être de plus en plus présent. Y-a-t-il trop d’Etat dans les banlieues ? Et l’eau combien nous coûte-t-elle ? Et la privatisation des autoroutes,  faite à un prix dérisoire aux yeux de tous les analystes,  a-t-elle permis une diminution des frais de péage pour les automobilistes ?

Evidemment je pourrais continuer longtemps ce plaidoyer pour plus d’Etat là ou c’est  nécessaire, et pour son maintien  partout où notre gouvernement veut le supprimer. L’ennui est que j’ai bien peur que l’on ne tire pas toutes les leçons de la crise. D'ailleurs  avec un aplomb qui frise l’indécence, on entend partout ceux qui nous ont plongés dans cette crise demander aux pouvoirs publics d’agir pour sauver ce qui peut l’être et donc, in fine, régler l’addition à leur place. Certes les politiques, Nicolas Sarkozy le premier, nous disent aujourd’hui sans rire que les coupables seront sanctionnés. Comment ? Nul ne le sait, et pourtant les politiques ont une occasion unique d’innover en proposant des nouvelles valeurs, ce qui leur permettrait de retrouver les prérogatives qu’ils ont perdues au bénéfice exclusif des milliardaires…dont ils ne savaient plus se passer.

Espérons enfin que les dirigeants européens comprennent une fois pour toutes qu’ils ont une page d’histoire à écrire, en profitant de cette crise sans précédent, et qu’ils donnent à la construction européenne un nouvel élan. Mais pour cela ils doivent impérativement susciter l’espoir, en proposant une Europe au service de l’homme et non au service du capital. L’Europe a un passé démocratique et social sans équivalent dans le monde. Qu’elle poursuive sur cette voie et elle provoquera l’adhésion, ce qu’elle ne fera jamais en privilégiant la concurrence à tout prix, et donc la loi du plus fort.

Michel Escatafal

 

 

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Commentaires

J'aime beaucoup votre article je vous le pique.
A bientôt
Marien

Ecrit par : marien | 13.10.2008

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