07.10.2008

Ah si l'Europe voulait...

Dans cette crise qui frappe l’économie mondiale, il y a de nombreux médecins qui se penchent sur le grand malade sans que les uns et les autres puissent se mettre d’accord. Cela fait penser un peu aux médecins qui entouraient Louis XIV quand le roi fut victime de la maladie de Calais en 1658. Louis XIV finit par guérir, mais cette maladie laissa des traces du moins sur ses cheveux, ce qui l’obligea à porter une perruque jusqu’à la fin de ses jours, lançant une mode qui envahira toute l’Europe.

 

Comme la maladie de Louis XIV la crise actuelle ne sera pas sans conséquences, et elle a déjà envahie le monde entier car le monde financier est devenu totalement interdépendant. Du coup, si l’on ne trouve pas de crédits aux Etats-Unis on n’en trouve pas ailleurs, ce qui signifie qu’entreprises et ménages ont de plus en plus de mal à emprunter avec les conséquences que l’on devine pour l’industrie, le logement etc. Alors se pose la question de savoir si l’Europe doit créer un fonds de secours qui étendrait la garantie des dépôts à tout le monde.

 

La vraie question est là, et elle pose en même temps le problème de l’Europe en tant qu’entité. Voilà pourquoi je suis de ceux qui pensent que Nicolas Sarkozy a commis une grosse erreur, en organisant une réunion à quatre avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie, oubliant au passage qu’en Europe on est vingt sept. En disant cela je ne fais que reprendre la frustration de ceux qui n’ont pas été invités, ce qui se comprend. S’il était bien un sujet à débattre entre tous les Européens, c’était bien celui de la garantie des dépôts.

 

Le plus triste dans cette affaire est qu’on semble être revenu des décennies en arrière, avec des Etats européens agissant chacun de leur coté sans que l’Union Européenne existe. On assiste même à ce spectacle surréaliste de voir le moins européen des pays de l’Union, la Grande-Bretagne, demander plus de solidarité européenne dans cette crise. Gordon Brown a raison parce que l’économie européenne ralentit, et ce ralentissement ne va pas aider les banques à se refaire une petite santé. En fait, on s’aperçoit que les dirigeants européens ne le sont pas pour la plupart, soit parce qu’ils ne croient pas à une véritable union politique, soit plus simplement par égoïsme avec la crainte que l’Europe n'empiète trop sur leurs prérogatives.

 

La preuve en est dans le domaine des finances publiques. Si certains pays comme la France ou l’Italie de Berlusconi ne s’étaient pas affranchis aussi allègrement des contraintes du pacte de stabilité, l’Europe aurait pu s’offrir un plan de relance global en injectant des capitaux dans les banques, à un niveau supérieur à celui que chaque pays propose individuellement. Or dans le cas présent, injecter de l’argent dans les banques en les nationalisant est un investissement qui sera fatalement payant quand l’industrie se redressera. De plus, nationaliser une grande entité économique si le besoin s’en fait sentir ne pose aucun problème idéologique dans les pays européens, sauf en Grande-Bretagne.

 

C’est très différent aux Etats-Unis, où comme chacun a pu le remarquer le plan Paulson, à 700 ou 800 milliards de dollars voire même beaucoup plus, s’est contenté si l’on peut dire de racheter ce que l’on appelle là-bas les titres toxiques…dont on ne connaît pas la valeur. De plus, quand la situation sera plus favorable il semble d’ores et déjà évident que l’Etat américain n’y retrouvera pas son compte, les vieux réflexes des banquiers gardant pour eux les profits remontant très vite à la surface.

 

Enfin, il y a aussi un autre aspect à prendre en considération à l’avantage d’une Europe unie, à savoir que les Européens, comme pour les nationalisations, ne sont nullement réticents en théorie à mettre en place une vraie règlementation internationale. Les banques, quoi qu’en pensent les tenants du libéralisme pur et dur, ne peuvent pas mettre en place leur propre règlementation. On a vu où mène l’absence d’une régulation internationale, réclamé d’ailleurs à de nombreuses reprises par la BCE et nombre de banques centrales nationales, ce que personne n’a jamais souligné…parce qu’on croyait le système infaillible. C’était il y a déjà longtemps. Espérons, sans trop y croire, que cela servira de leçon.

 

Michel Escatafal

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