06.10.2008

Comment peut-on espérer retrouver la confiance?

guaino.jpgHier soir la télévision de service public a rendu un bien mauvais service à Nicolas Sarkozy. Je ne sais d’ailleurs pas si c’était fait exprès, mais on aurait voulu nous démontrer que notre président de la République n'est qu'un joyeux démagogue qu’on ne s’y serait pas mieux pris. Quand on voit que tous ses discours sont rédigés en totalité par son conseiller Guaino, c’est du moins ce que j’ai compris, on est quand même très surpris venant d'un homme à la tête d'un pays comme la France. Et on l'est encore davantage, quand on voit le rédacteur réciter le texte en même temps que l'orateur. Cela me fait penser aux souffleurs si présents dans les pièces de Molière ou Racine. Rappelons-nous l’interrogation de Dandin dans les Plaideurs quand il demande qui représente qui, et que le souffleur répond : « je viens secourir leur mémoire troublée ». Ahurissant !

Le problème quand on ne fait pas soi-même ses discours est qu’ils sont généralement en décalage avec ce que l’on exprime dans la vie de tous les jours, surtout si l’on est un bavard impénitent, ce qui semble être le cas de Nicolas Sarkozy. Voilà pourquoi il ne cesse de dire tout et son contraire, parlant dans un discours de la pensée de Blum ou Jaurès (Guaino comme Carla a été de gauche, défense de rire!), mais se montrant admiratif de ce modèle capitaliste qu’il pourfend allègrement aujourd’hui…parce que ça l’arrange. D’ailleurs, quand il récite ce qu’a écrit Guaino, n’importe quel quidam  peut s’apercevoir qu’il n’est pas naturel. Il lit son texte, le nez sur le papier posé sur le pupitre, alors que quand il s’exprime à brûle pour point il paraît infiniment plus à l'aise, ce qui est normal puisque dans ces cas-là on a l’impression qu’il pérore au café du commerce.

Sans doute tout cela lui a permis à un moment donné de séduire suffisamment de Français pour devenir président de la République. Parler sans rire de la pensée de Jaurès et de Blum devant un auditoire de droite proche de l’UMP, et balancer à tous vents des slogans tels que « travailler plus pour gagner plus » ou « ensemble tout est possible » relève certes de la plus simpliste démagogie, mais permet de ramasser des voix à la pelle pour peu qu’on ajoute un zeste d’idées très, très à droite sur l’immigration. Cependant il y a un problème que les bateleurs d’estrade ne peuvent pas surmonter : en parlant ainsi ils suscitent des attentes, et ceux qui y croient espèrent que leurs problèmes seront résolus ce qui est impossible. Dans ce cas la déception est forte, à la mesure des espoirs suscités.

De plus, je suis quand même surpris que les multiples conseillers qui gravitaient autour du candidat et du président Sarkozy aient pu lui laisser faire autant de promesses inconsidérées, ou lui aient donné le feu vert pour son fameux paquet fiscal tellement ruineux pour nos finances publiques, alors que la crise  financière avait commencé en 2006 avec le krach des subprime aux Etats-Unis, même si elle ne s’est véritablement transformée en crise financière mondiale qu’à partir de l’été 2007…au moment où on mettait en place la loi TEPA voté le 21 août 2007. Tout le monde savait déjà à ce moment que cette crise allait concerner la totalité du système financier international à cause de la mondialisation. Apparemment, nous devions être les seuls à être préservés, car au moment où tous les pays révisaient à la baisse leurs prévisions de croissance, nous établissions un budget basé sur un PIB supérieur de 2% à celui de 2007. C'était l'époque où on allait chercher "la croissance avec les dents".

Pour terminer car nous pourrions disserter des heures sur le sujet, je voudrais quand même rappeler aux conseillers de notre président de la République qu’ils auraient pu expliquer à  Nicolas Sarkozy ce qu’était la mondialisation et les produits à risque. Que les « hedgefunds » (fonds alternatifs en couverture en français) sont des produits extrêmement risqués, qu’ils sont gérés pour la plupart par des « spécialistes » basés à Londres ou à New-York, que leur cadre juridique est très souple et qu’ils peuvent contenir des actions, des obligations, des devises ou des produits dérivés, et que tout cela à la fin relève de la pure spéculation avec des ventes de titres que l’on ne détient pas. De tout cela jamais nous n’entendions parler il y a quelques mois, comme jamais nous n’entendions parler de la remise en cause des paradis fiscaux.

Et le pire c’est qu’au-delà des mots pour rassurer le bon peuple, et sur ce plan notre président est très fort, personne ne semble réellement décidé à remettre en cause tout cela, ce qui signifie que les contribuables vont payer pour renflouer les banques sous une forme ou une autre, et qu’ensuite quand la crise commencera à moins faire sentir ses effets on recommencera comme avant et on reprivatisera ce qu’on a nationalisé à grand frais, à des conditions qui ressembleront à celles qui ont prévalu pour la privatisation des autoroutes, sans que Nicolas Sarkozy y trouve à redire à l'époque. En disant cela certains vont me trouver bien pessimiste, mais hélas c’est bien ce qui va arriver tellement le système est vicié. Puissent les Français s’en souvenir le moment venu, car il y va de la survie de notre modèle social. Surtout qu’ils ne fassent pas confiance aux incompétents qui nous gouvernent, qui démolissent peu à peu tout ce qui se faisait notre spécificité, au nom d’un modernisme surrané. Il suffit de voir ce qui se prépare à l’Education Nationale pour en être convaincus. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Michel

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