04.10.2008

Difficile de faire preuve d'optimisme...

Quand on regarde de près ce qui se passe en ce moment avec la crise financière on n’est qu’à moitié surpris, parce que tout ce qui arrive était prévisible d’une façon ou une autre.  On a déjà connu cela dans le passé, par exemple au Japon au début des années 90, et c’est d’ailleurs ce qui est le plus inquiétant. En effet, même si les Américains ont sauvé en quelque sorte ce qui pouvait l’être avec leur fameux plan à plus de 800 milliards de dollars, il n’en reste pas moins qu’annoncer à tout va qu’après 2009 tout ira bien, c’est faire preuve d’un optimisme que les observateurs sérieux ne peuvent partager. En fait il n’y a que Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde pour y souscrire.

Prenons l’exemple de la crise financière qui mit le Japon à genoux pendant de longues années dans la décennie 1990. Et bien, elle a commencé comme celle que nous subissons aujourd’hui. Elle est partie en effet de l’explosion de la bulle immobilière et boursière qui avait alimenté pendant de longues années  la croissance au Japon, que tout le monde à l’époque citait en exemple.  Du coup, les entreprises japonaises qui avaient beaucoup spéculé sur la bourse, et qui avaient surfé pendant quelque temps sur des rentabilités artificielles, en furent réduites après la crise à se fixer comme objectif…le remboursement de leurs  dettes. Bien entendu, l’emprunt d’abord et l’investissement ensuite en subirent les conséquences, alors que les ménages affolés se constituaient autant qu’ils le pouvaient de l’épargne au cas où la situation continuerait à empirer, ce qui fut le cas.

 A ce moment là  tout le monde se détourna du fameux modèle japonais dont on nous avait rebattu les oreilles, un peu comme de nos jours nous voyons des gens comme Nicolas Sarkozy devenir des pourfendeurs du capitalisme sauvage, avec des propos  presque …de gauche, qualificatif  dont il affuble sans rire son épouse Carla.  Et de fait le Japon eut beaucoup de mal à se relever de cette crise, presque 15 ans, malgré des programmes de relance aussi coûteux qu’inefficaces qui creusèrent pour des décennies sa dette publique (170% fin 2007). Cela dit, certains au Japon n’hésitaient pas à affirmer qu’une spirale similaire ne manquerait pas d’arriver aux Etats-Unis, ce qui faisait rire tout le monde là-bas et en Europe.

Aujourd’hui, plus personne ne rit et la prophétie de ceux qui prétendaient que la crise des banques serait encore plus terrible qu’au Japon est en train de se réaliser. Pourquoi ? Tout simplement parce que le poids des produits hyper sophistiqués,  à l’origine de la crise et qui ont vu leur valeur  réduite  à néant,  était considérable, alors qu’ils soutenaient il y a peu la croissance de toute la finance. Il faut ajouter à ce propos, et c’est quelque chose dont personne ne parle chez nous, que la seule insolvabilité des ménages américains n’aurait jamais produit de tels effets sur le système bancaire, si le système avait fonctionné disons normalement.

Même si les établissements prêteurs ont perdu de l’argent avec les propriétaires insolvables, ils en ont perdu infiniment plus quand pour éponger leurs pertes colossales ils étaient obligés d’emprunter de l’argent à 10% et plus pour pouvoir trouver des fonds chinois ou arabes. Bien entendu, dans ce cas, ce sont les petites banques ou établissements financiers qui se sont écroulés les premiers, mais comme on pouvait le supposer, les autres ne perdaient rien pour attendre, y compris à l’étranger en raison de la mondialisation de la finance. Il n’y avait que Madame Lagarde et Nicolas Sarkozy pour ne pas le comprendre,  et s’imaginer que la tourmente ne concernerait pas la France, même si nos banques sont davantage diversifiées que dans nombre de pays.

Il faut noter, toujours à propos de la comparaison avec le Japon, que les banques japonaises ont eu à l’époque la même attitude que les banques américaines et européennes, à savoir que l’on a cherché par tous les moyens à minimiser la crise…sans doute parce que plus personne ne voulait voir ou savoir jusqu’ où pouvaient aller les pertes. Evidemment, avec la crise actuelle, les sommes étaient beaucoup  plus considérables, et  l’opacité qui avait entouré les opérations passées ne permettaient pas de mesurer de prime abord l’étendue des dégâts.  Cela étant pour finir et comme de nos jours, mais après avoir attendu beaucoup plus longtemps (en 1998), le gouvernement japonais de l’époque s’est résolu à monter un plan de sauvetage du système bancaire, seule solution pour tenter de résoudre la crise.

Et comme ce sera le cas aux Etats-Unis et ailleurs, in fine ce sont les contribuables qui ont payé bon gré mal gré les pots cassés des apprentis sorciers de la finance, encouragés par les autorités politiques qui généralement ne voient pas plus loin que …le bout de leur élection. Il n’y a pas beaucoup de  Raymond Barre dans le paysage politique français ou international. En fait, les acteurs financiers comme les personnalités politiques manquent tout simplement de bon sens économique, soit par l’appât du gain facile ou… par incompétence. Sur ce plan, nous sommes servis avec ceux qui nous gouvernent depuis le mois de mai 2007.

Michel Escatafal

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