08.08.2008
La vitrine est belle, mais...
Cette fois on y est, Pékin va célébrer dans le faste l’ouverture des Jeux Olympiques, et Nicolas Sarkozy va y participer. A vrai dire la présence du président français est anecdotique pour les dirigeants chinois, d’autant qu’il y aura aussi Georges Bush et Vladimir Poutine, considérés comme autrement plus importants à leurs yeux. En fait notre président aura montré ses nombreuses limites dans cette affaire et, notamment, cette incapacité à savoir s’élever…plus haut que les querelles de politique intérieure française. Décidément, notre pays est tombé bien bas !
Et pas seulement sur le plan diplomatique, car sur le plan économique les échecs sont tout aussi douloureux, et ce ne sont pas les multiples mensonges de nos ministres qui vont masquer cet état de fait. La France va mal, comme peut-être jamais depuis des décennies. « Ensemble tout est possible » disait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle. Et bien oui, tout est possible y compris de pulvériser nos déficits les uns après les autres, au point même de voir écrit dans la Tribune, loin d’être un journal « antisarkozyste pavlovien » que l’aggravation du déficit commercial de la France « atteint des ampleurs préoccupantes ». Dans les Echos, on parle même de « creusement massif ».
Bref, tout est réuni pour que le bail que les Français ont octroyé à Nicolas Sarkozy l’an passé soit, sans doute, le pire que l’on ait connu au cours des dernières décennies. C’est exactement la crainte que nous avions il y a très exactement un an, au vu des premières décisions prises par le président de la République et son gouvernement. Hélas pour les Français, il n’était point besoin d’être devin pour imaginer ce qui allait se passer, avec un pouvoir pieds et poings liés au MEDEF et aux puissances financières. Certes les Français avaient l’excuse de vouloir le changement, mais ils auraient dû réfléchir au fait que celui qui revendiquait leurs suffrages (N. Sarkozy) n’incarnait en rien le changement puisqu’il était déjà au pouvoir. Maintenant c’est trop tard, et 2012 est encore loin !
En attendant aujourd’hui le monde aura l’œil rivé sur Pékin, et la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Pour ma part je ne la regarderai pas, car je n’aime pas ce type de défilé grandiose surtout dans un pays où la face cachée est trop voyante pour ne pas s’indigner. A ce propos si l’on en croit ce que disent sur place les observateurs étrangers, tout respire la peinture fraîche, tout est grandiloquent et Pékin est une citée vidée, disciplinée où on a fermé les chantiers, les endroits glauques, où on a chassé les mendiants, mais aussi les 4 millions de travailleurs qui ont travaillé sur les chantiers. En somme pendant trois semaines en Chine le temps va s’arrêter, avant de retrouver le quotidien qui n’est beau que pour une infime minorité des 1,4 milliards d’individus qui composent cette nation-continent.
Cela étant, les participants aux Jeux sont tous (ou presque) conquis par le village olympique, où tout semble fait pour leur être agréable. Les entraîneurs, dont beaucoup en sont à leur quatrième ou cinquième olympiade, soulignent à l’envie « qu’aucun village n’avait encore été aussi agréable que celui-ci ». Les bénévoles, qui redeviendront des fonctionnaires dès la fin des Jeux, sont tous d’une extrême serviabilité, la qualité de la nourriture y est remarquable, et on a même fait pousser des arbres et de la verdure dans les endroits les plus improbables pour protéger les athlètes ou les coureurs de la chaleur. Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce qu’Hicham El Guerrouj ait donné l’impression de rêver les yeux grand ouverts sur la qualité des installations lors de son interview dans l’émission Stade 2, dimanche dernier.
Tout cela a évidemment coûté beaucoup de souffrances à certains, qu’il s’agisse de ceux qui ont construit les amphithéâtres sportifs, les habitations du village ou les buildings qui vont servir à l’accueil. Pour beaucoup d’entre eux ils sont déjà repartis, qui dans leur village, qui à la recherche d’autres chantiers. D’autres n’auront pas cette préoccupation car, nous dit-on, beaucoup sont morts sur les chantiers au point qu’on dit que « le CIO a fermé les yeux sur une illégalité à grande échelle »…comme à Athènes ajoutent certains. Cela dit pour le CIO, surtout depuis l’ère Samaranch, le but est de faire des Jeux Olympiques de plus en plus gigantesques, car c’est la certitude d’engranger toujours plus de bénéfices. Et comment trouver un meilleur endroit que Pékin ?
Alors était-ce utile que Nicolas Sarkozy apporte sa caution à tout cela ? La réponse est NON, même si nous ne sommes pas naïfs. J’aurais quand même préféré qu’il adopte dès le début une attitude identique à celle d’Angela Merkel. Mais n’était-ce pas trop lui demander ? L’épisode de la non-réception du Dalaï Lamai et les pitoyables justifications qu’en a donné le président de la République sont là pour témoigner que Nicolas Sarkozy a manifestement des habits trop grands pour lui.
Michel Escatafal
10:15 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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