06.08.2008

L'enseignement, un problème récurrent dans notre pays

Les problèmes de l’enseignement sont récurrents dans notre pays, plus peut-être que partout ailleurs, car nous sommes à la fois le pays des Lumières et celui où l’enseignement laïque et obligatoire a sans doute le plus contribué à notre rayonnement intellectuel dans le monde.

Revenons un peu plus de 150 ans en arrière, et nous verrons que les questions posées dans les années 50 (1850) ressemblaient beaucoup à celles que nous nous posons aujourd’hui. Pourquoi remonter si loin ? Tout simplement parce qu’il y a en France un problème au niveau de l’école et de l’université, et ce n’est pas la nouvelle loi sur l’université votée à la hâte l’an passé à la même époque, pas plus que les mesures drastiques prises sur l’enseignement primaire et secondaire, avec la suppression de milliers de postes dès la rentrée prochaine, qui vont arranger les choses.

Remontons donc le temps vers le milieu du 19è siècle, très exactement en 1849, quand se réunit une commission qui doit préparer un nouveau statut de l’enseignement et qui aboutira à la loi Falloux de 1850. Il faut d’abord se rappeler que la loi de 1833, établie par Guizot, donnait à l’instituteur une relative indépendance, mais celle-ci a plus été un vœu pieux qu’une réalité sous l’influence d’une Eglise qui protégeait les privilèges qui lui restaient.

Malgré tout 15 ans plus tard (en février 1848) Hippolyte Carnot,  descendant du grand Lazare Carnot qui sauva la République en 1793-1794, s’installe rue de Grenelle au ministère de l’Instruction Publique, ancêtre du Ministère de l’Education Nationale.  Même s’il n’a pas un grand sens politique, il sait prendre quelques initiatives intéressantes. Ainsi pour démocratiser l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat, idée à souligner à l’époque, il crée une Ecole d’Administration qui va vite tomber aux oubliettes, mais qui un siècle plus tard renaîtra et deviendra l’Ecole Nationale d’Administration (l’ENA).

Les instituteurs de leur côté prennent de l’importance. Ainsi en 1848, lors des élections à l’Assemblée Constituante, Carnot invite les instituteurs à élargir leur rôle en conseillant aux nouveaux citoyens d’élire des gens honnêtes et plein de bon sens, hors de toute considération de fortune ou d’éducation. Certes la Chambre des Députés ne doit pas nécessairement être envahie par des « zigotos », pour parler comme un certain Alain Juppé, mais pour siéger au Palais-Bourbon et accomplir le travail législatif il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel, ce qui signifie qu’un employé ou un ouvrier peut parfaitement faire l’affaire.

Sur ce plan  aussi la circulaire de Carnot restera lettre morte, nombre d’électeurs trouvant cette idée saugrenue, les instituteurs eux-mêmes n’étant pas nécessairement convaincus du bien-fondé des suggestions du ministre. Cela étant 150 ans après, le Parlement est largement ouvert à des hommes ou des femmes qui ne sont pas nécessairement énarques ou diplômés de grandes écoles. Dans le même ordre d’idées, on notera que l’actuel président de la République lui-même n’est ni l’un, ni l’autre. Cependant, même si le temps donnera raison à Carnot, il est obligé de démissionner le 5 juillet 1848, pour être remplacé par un personnage cultivé, pieux, fils de riches commerçants anoblis en 1825, dénommé Frédéric de Falloux, promoteur de la loi de 1850 établissant le principe de la liberté de l’enseignement.

Cette loi, dont on parle encore à intervalles réguliers, a mis en place le statut de l’enseignement primaire. Les instituteurs, au nombre de 36000 en 1849, étaient des personnages très décriés à l’époque, considérés par Thiers comme « des petits rhéteurs et des anticurés ».  Désormais ils vont être placés sous la coupe du Préfet, le recteur lui-même étant installé au chef-lieu du département. La 3è République perpétuera la situation. Plus tard on optera pour une organisation plus rationnelle où le rectorat sera centré autour d’une ville dotée d’une Faculté. Toutefois, il y a un fait acquis depuis la loi Falloux : il y a des écoles primaires publiques et privées.

Les conseils municipaux sont libres de choisir pour l’école privée des religieux ou des laïcs. Les religieux sont évidemment choisis dans les villes ou les gros villages industriels, car ils sont considérés par le patronat comme les meilleurs remparts contre le socialisme. De plus, les ouvriers et les paysans sont plus préoccupés de voir les enfants travailler le plus rapidement possible plutôt que de poursuivre des études, car ils apportent un surcroît de main d’œuvre ou de  ressources pour des familles qui en manquent cruellement. Par ailleurs, les divers types d’enseignement tels que nous les connaissons de nos jours n’existaient pas.

Il y avait la culture gréco-latine pour ceux qui faisaient des études et c’est tout. Même Duruy, ministre de l’Instruction Publique entre 1863 et 1869, pourtant très lié personnellement à l’empereur Napoléon III, ne réussira pas à développer l’enseignement scientifique, ce qui nous rappelle qu’à notre époque nombreux sont ceux qui regrettent qu’on n’investisse pas davantage dans notre pays sur la recherche scientifique à l’Université. Bien mieux, les socialistes ou assimilés des années 1860, tel  Auguste Blanqui, redoutaient l’école professionnelle « qui risque de faire un homme techniquement compétent, mais civiquement servile ». Décidément les socialistes ne changeront jamais et auront toujours un train de retard.

D’autres comme Frédéric Bastiat  s’en prendront au baccalauréat disant  aux bourgeois de l’époque à propos de ce diplôme : « il conduit le pays à la ruine. Il fait des tribuns, des Caïus Gracchus, des esprits critiques ou lyriques, mais non des producteurs. Il fabrique trop de légistes, trop d’avocats qui ne peuvent vraiment fleurir que sur le terreau des sociétés décomposées ». Il ajoutait également « que la bourgeoisie ouvre la soupape de l’école professionnelle ; son intérêt et l’intérêt du pays tout entier lui commandent ce geste ». Les bourgeois resteront sourds à l’appel.

Tout ceci nous ramène à la situation que nous connaissons aujourd’hui.  Notre système éducatif obtient d’excellents résultats avec les très bons élèves, mais l’école ne donne pas suffisamment sa chance à ceux dont le parcours est plus difficile. Laisser entrer en 6è un élève qui ne maîtrise pas la lecture et l’écriture de notre langue est une pure aberration, et ce n’est pas la suppression de la carte scolaire qui va améliorer la situation. Au niveau de l’enseignement supérieur la situation n’est pas satisfaisante non plus. L’université française dispose certes de bons atouts (qualité de l’enseignement, maillage du territoire), mais elle manque de moyens : on investit plus sur les lycéens que sur les étudiants (7000 euros en France contre 11000 en Suède et 15000 aux Etats-Unis). De plus, l’orientation est mal organisée et nombre d’étudiants vont vers des filières à faibles débouchés.

 Il est anormal par exemple que tant de jeunes suivent des études et ne trouvent pas de travail à la sortie, faute de vraie qualification, alors que nombre de filières techniques manquent de jeunes diplômés. Cela dit, la question centrale reste celle des jeunes chercheurs et nous ne pouvons que souscrire à la proposition de François Bayrou pendant sa campagne présidentielle, mais toujours valable aujourd’hui, souhaitant qu’un véritable parcours soit organisé, non seulement vers les laboratoires mais aussi vers les entreprises, afin d’éviter la fuite des cerveaux ou le gaspillage d’énergie que nous connaissons trop souvent.

Tout cela nécessite des moyens, mais dans ce domaine, il faut absolument faire un effort. La France ne l’oublions pas consacre seulement moins de 2,5% de son PIB à la recherche, loin derrière nos principaux partenaires, et pour commencer à rattraper notre retard il faudrait rapidement passer à 3%. Hélas, malgré les promesses faites par Nicolas Sarkozy (mais que n’a-t-il promis !), on va rester loin du compte...car les caisses sont vides. Quand ce gouvernement comprendra-t-il qu’il ne faut pas baisser les impôts des plus riches, surtout quand « l’Etat est en faillite » !

Michel Escatafal

 

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Commentaires

Michel c'est une excellente note sur l'histoire de l'enseignement, mais elle est un peu longue. Continue quand même. A plus.

Ecrit par : Pauline | 07.08.2008

Je trouve que vous n'avez pas assez insisté sur les évolutions qui se préparent. C'est bien de faire un cours d'histoire, mais le présent est plus important.

Ecrit par : Irène la Douce | 09.08.2008

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