28.07.2008

La Chine et l'emploi dans le monde

Si dans les pays occidentaux nous sommes en pleine période de vacances, ce qui ne signifie pas pour autant que tout le monde en profite car nombreux sont les gens à ne pas pouvoir s’en offrir, dans les pays émergents on continue de travailler comme si de rien n’était. Mieux même en Chine avec les Jeux Olympiques, une partie de la population va être encore plus mobilisée afin de faire de ces Jeux une totale réussite, comme le veut la tradition dans tous les pays totalitaires. Et tous les observateurs sont d’accord pour dire qu’en plus du succès en matière d’organisation, les succès sportifs viendront avec. Qui aurait dit il y a une trentaine d’années que la Chine serait aussi puissante tant en matière économique que sportive ?

Trente ans ont donc suffi à une dictature communiste, devenue  par ailleurs  un pays  utilisant toutes les ficelles du capitalisme le plus sauvage, pour commencer à rivaliser avec les Etats-Unis et l’Union Européenne dont, par parenthèse, il faut accélérer  la construction politique sous peine de voir chacun des pays la composant devenir un  nain à l’échelle mondiale, y compris l’Allemagne. Pourquoi parler de l’Allemagne seule ? Tout simplement parce que si la construction politique de l’Europe ne s’achève pas rapidement,  l’Allemagne sera une sorte de nouvelle Suisse au milieu des états- continents que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et les Etats-Unis d’Amérique. Elle continuera d’exporter son savoir-faire dans l’industrie automobile, mécanique, chimique etc., elle accumulera les excédents de sa balance commerciale, mais elle ne pèsera quasiment pas sur les affaires du monde.

Et la France alors ? Mieux vaut ne point en parler surtout si nous ne changeons pas de politique et…de dirigeants.  Cela dit, revenons à la Chine puisque ce pays fait l’actualité à tous points de vue,  et ce n’est pas fini puisqu’en 2035 cet immense nation aura quasiment rattrapé en termes de richesses produites les Etats-Unis et l’Union Européenne, avec toutes les conséquences que cela implique en termes de vie démocratique, de marché libre, et plus globalement de valeurs. Tout le monde fait plus ou moins semblant de l’ignorer, mais la Chine comme je l’ai dit précédemment  est d’abord une dictature avec tout ce que cela comporte comme force, mais aussi comme fragilités.

Avec ses fragilités, parce que dans toute dictature s’étalant sur de nombreuses années, les revendications sociales étouffées pendant des décennies finissent un jour par exploser. Ce qui s’est passé il y a presque 20 ans à la Place Tien-Anmen,  n’était qu’un petit soulèvement en comparaison de ce qui pourrait arriver surtout si, comme c’est toujours le cas, les richesses produites ne bénéficient qu’à une classe dite moyenne très resserrée. On a beau dire qu’il y a 150 ou 200 millions de Chinois qui vivent beaucoup mieux grâce à l’explosion des affaires dans le pays, principal bénéficiaire de la mondialisation, mais si on fait le calcul on s’aperçoit que cela ne représente guère plus de 10 ou 12% de la population. On est donc dans les standards occidentaux, à ceci près que les plus pauvres des Chinois sont beaucoup plus démunis encore que les plus pauvres des Américains ou des Européens.

Sur le plan économique  les Chinois,  grâce à l’aide des pays Occidentaux, ont réussi à récupérer une bonne partie de l’offre de travail dans le monde qui, rappelons-le, a quadruplé  depuis une trentaine d’années. C’est surtout d’emplois  industriels  qu’il faut parler, mais cela n’interdit pas aux Chinois de s’efforcer  de tenter de faire la même percée sur l’économie des services. Nous entendons dire régulièrement en France et  plus généralement dans les pays occidentaux, que « les services ont remplacé les usines », mais on n’oublie de dire qu’il s’agit d’un leurre. D’abord parce que l’emploi industriel reste très important dans le monde, même s’il a diminué de 17% en France et de 25% aux Etats-Unis, et d’autre part dans le cadre des grands contrats dont on nous rebat les oreilles à chaque déplacement de nos chefs d’Etat ou de gouvernement, les Chinois nous obligent à livrer une part de notre technologie dans les services.

Et tout cela dans des conditions que personne ne veut voir. Quand j’entends les gens en France ou en Europe s’extasier sur la croissance chinoise, et sur la chance que l’on a de pouvoir acheter à bas prix des produits dans l’informatique ou l’électronique, cela me donne un énorme sentiment de tristesse. Tout cela  se fait, ne l’oublions surtout pas, à des conditions misérables pour les travailleurs locaux, ceux-ci figurant en grand nombre parmi ceux qui gagnent moins de 3 dollars par jour.  Mais cela a  aussi  pour mérite, aux yeux des dirigeants des grandes entreprises occidentales, de diminuer chez eux le coût du travail. En clair les salaires chinois tirent nos salaires vers le bas, et ce n’est pas pour rien si le salaire de la plupart des travailleurs américains ou européens a diminué au cours des dernières années. Cela permet en outre  de faire passer  des lois qui diminuent régulièrement les acquis sociaux, comme s’y emploie si bien le pouvoir actuel en France.

Certains vont me dire que j’exagère le trait et que grâce à la mondialisation, le recul de l’extrême pauvreté dans le monde est une réalité. Sans doute, mais si la pauvreté diminue, s’il y a moins d’enfants qui travaillent dans certaines contrées, les conditions globales de vie ne s’améliorent pas, bien au contraire, dans nombre d’endroits de la planète y compris là où il y a du mieux. En Chine, pour ne citer qu’elle, on enregistre chaque année  100 000 décès suite à des accidents du travail et  la pollution y tue 300 000 personnes. Voilà la réalité de notre monde d’aujourd’hui.

On produit beaucoup plus de richesses, mais l’appauvrissement frappe là où cette notion avait commencé à disparaître depuis quelques décennies, c’est-à-dire chez nous. D’ailleurs, rien qu’en France, il suffit de voir à quelle vitesse l’Etat se désengage dans son rôle social, sous la bienveillante autorité de Nicolas Sarkozy, pour en être persuadé. Il y a peu l’économie et la morale avait un lien, certes ténu, mais il existait. De nos jours cette notion n’existe plus. Pour les Français, comme pour les Européens ou les Américains il est temps de se réveiller !

Michel Escatafal

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