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19.07.2008

Angela, l'anti Nicolas

angela.jpgL’été si l’on veut s’informer réellement de ce qui se passe, il faut chercher un peu, comme on le fait dans les vieilles librairies. Et en cherchant bien, on trouve une masse d’informations qui passent inaperçues au plus grand nombre. Evidemment, évoquer la misère dans le monde est moins croustillant pour les médias français que dire que Carla Bruni-Sarkozy a vendu en deux jours 14000 exemplaires de son nouvel album ce qui, par parenthèse, n’est pas beaucoup compte tenu du matraquage publicitaire qui a accompagné son lancement. Et puis sans être méchant, je suis sûr que sur ces 14000 fans, il y a de nombreux cadres ou militants UMP.

En parlant de l’UMP, je suis impatient d’être à lundi pour avoir les résultats du vote du Congrès réuni  à Versailles. Théoriquement, la révision de la Constitution à la mouture Sarkozy ne devrait pas avoir l’ombre d’une chance de passer, ce qui serait un nouvel échec du président de la République. Il serait d’ailleurs ressenti d’autant plus fort qu’il aurait l’impression que cette fois, ce sont les politiques qui le condamnent. Quand c’est le peuple qui réclame sur le pouvoir d’achat, il s’en moque. Quand ce sont les syndicalistes, c’est la même chose comme en témoigne sa tirade sur le fait que dans notre pays «  quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit ». Mais quand ce sont des gens comme lui qui vivent par, pour et avec la politique, ce serait à coup sûr différent.

Alors, compte tenu du fait que le Parti Socialiste devrait (théoriquement) voter comme un seul homme ou femme contre la réforme, que François Bayrou et les amis qui lui sont restés fidèles devraient faire de même, que les Verts et les Communistes y sont opposés, plus quelques gaullistes fidèles à l’esprit qui a présidé à la mise en œuvre de la Constitution de la 5è République, sans oublier ceux qui sont en colère parce qu’on leur a supprimé le tribunal, l’hôpital ou la caserne, cela fait quand même peu de chance de voir 3/5 des parlementaires aider Nicolas Sarkozy à se sortir de ce mauvais pas. Cela dit, ce n’est pas moi qui vais le plaindre d’autant que dans notre pays il y a des problèmes beaucoup plus urgents à résoudre qu’une modification de la Constitution.

En tout cas, compte tenu du bruit que font ces messieurs pour empêcher le départ du régiment de Dieuze, je suppose que le député Alain Marty et le sénateur Philippe Leroy vont voter contre la révision de la Constitution en guise de représailles. Si je dis cela, c’est parce qu’avec le maire de cette ville, lui aussi UMP, ils ne cessent de dire qu’on les prend pour des idiots. Cela étant, je ne me fais pas beaucoup d’illusions et il ne faut pas que les habitants de Dieuze s’en fassent eux aussi, car je suis persuadé que ces messieurs, comme d’autres dans le même cas, ne penseront qu’à leur avenir politique et qu’ils ne sanctionneront pas Nicolas Sarkozy. Mieux même, ils diront qu’il ne faut pas tout confondre, la révision de la Constitution étant une chose et le départ du régiment une autre. Pour mémoire, rappelons que Dieuze a voté au second tour de l’élection présidentielle à 63% pour Nicolas Sarkozy.

Et voilà je continue de parler de Nicolas Sarkozy,  ce que je me reproche parfois, car après-tout ce n’est pas lui le maître du monde, même s’il se comporte parfois comme tel. Il suffit de voir la posture qu’il prend vis-à-vis des Irlandais en tant que président du Conseil européen pour s’en rendre compte. « Les Irlandais devront revoter et je mettrai le veto à tout élargissement (de l’Union) tant qu’il n’y aura pas de nouvelles institutions ». Cette phrase extrêmement maladroite a  eu pour principal effet de provoquer  la colère des partisans du « non », et de mettre  dans l’embarras le gouvernement irlandais. Mais Nicolas Sarkozy n’a cure de ces considérations, dans la mesure où il confond constamment l’UMP avec la France ou l’Union Européenne.

Quel contraste avec Angela Merkel qui, pourtant, peut se targuer de résultats économiques ou diplomatiques autrement meilleurs que ceux de Nicolas Sarkozy. La chancelière, malgré des prises de position fermes sur des sujets touchant notamment aux droits de l’homme, s’attire la sympathie ou la considération de tous les grands de ce monde. Au mieux, on l’apprécie beaucoup, et au pire, on la respecte. Notre président peut-il en dire autant ? Et pourtant que d’efforts déployés en vain, y compris auprès de quelques uns des dictateurs les plus décriés de la planète pour en arriver toujours… à un constat d’impuissance.

Angela Merkel, sans faire de bruit, sans accolades chaleureuses, sans coup de menton, est toujours saluée comme une dirigeante de tout premier plan. Il suffit de voir la manière dont elle a été reçue cette semaine  par le président algérien Bouteflika,  pour s’apercevoir que lui comme les autres apprécient  la rigueur et la méthode dont sait faire preuve en toutes circonstances la chancelière allemande.  Cela permet à l’Allemagne de signer dans la discrétion,  « comme si de rien n’était », de nombreux accords de partenariat pour le plus grand bonheur des PME allemandes. Et pendant ce temps, en France…

Michel Escatafal