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12.07.2008

A propos du respect des engagements internationaux...

zapatero.jpgPendant que Nicolas Sarkozy prépare  son rassemblement de personnalités diverses à Paris, dont certaines très controversées comme le président syrien, Bachar El Assad, à l’occasion du lancement de l’Union pour la Méditerranée, l’Espagne se rappelle au bon souvenir de tout le monde en annonçant officiellement, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’elle souhaite voir Barcelone abriter le siège du Secrétariat général de cette nouvelle institution méditerranéenne. C’est aussi pour le gouvernement espagnol une façon de rappeler que c’est à Barcelone qu’est né le processus de l’Union pour la Méditerranée en 1995, mais aussi peut-être de récupérer la nouvelle version du projet, revu et corrigé par Angela Merkel et la Commission Européenne… au grand dam de Nicolas Sarkozy.

Il est vrai que l’Espagne est de plus en plus un interlocuteur crédible tant sur le pourtour méditerranéen qu’en Afrique, d’autant que sa proximité avec le continent noir est avérée en raison d’une part de ses liens historiques avec certains pays (anciennes colonies), mais aussi parce que l’Espagne reste par son implantation géographique en Afrique (Canaries, Ceuta et Mellila) ou à l’extrême sud de l’Europe,  la terre favorite de milliers de migrants essayant de gagner l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure ce qui, par les temps qui courent, n’est pas forcément le cas. Cette situation particulière a autorisé Jose Luis Zapatero à pousser cette semaine ce qu’on appelle vulgairement « un coup de gueule », qui va faire plus pour son autorité morale que tous les sommets de Paris ou d’ailleurs, parce qu’on touche à la réalité du monde tel que nous le vivons. Et ce monde là n’est pas beau du tout.

Mais qu’a donc dit de si important le président du Gouvernement espagnol ? Tout simplement,  il a exhorté  jeudi dernier les pays riches à tenir leurs engagements contre la pauvreté en Afrique, seul moyen à ses yeux de freiner l’immigration clandestine qui, chaque année, entraîne la mort de milliers  de personnes, sans que cela interpelle beaucoup les consciences des pays riches.  Jose Luis Zapatero a aussi qualifié de « tragédie insupportable pour l’esprit humain » la mort de quinze clandestins, dont neuf enfants âgés de 12 mois à 4 ans, au large de l’Espagne annoncée en début de semaine, survenant deux jours après le chavirement d’une embarcation au Sud de l’Espagne qui a coûté la vie à une quinzaine de personnes.

Il a même profité d’un déplacement  en Grèce, autre pays où l’immigration clandestine est importante, pour affirmer : « nous sommes dans un situation alarmante. Ou nous aidons l’Afrique à lutter contre l’extrême pauvreté, ou notre Etat de solidarité, notre Etat social sera en danger ». C’est exactement ce que disait François Bayrou pendant sa campagne présidentielle qui, comme Jose Luis Zapatero, regrettait qu’au moment où l’extrême pauvreté augmente en Afrique, l’aide au développement continue de baisser. A ce propos, le chef du gouvernement espagnol a rappelé dans son intervention à Athènes que les pays riches s’étaient engagés à consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide au développement et que cet engagement, y compris celui de l'Espagne, était loin d’être tenu. Cependant, l’Espagne compte tenir cet engagement d’ici la fin du mandat de Jose Luis Zapatero en 2012, sa contribution se situant actuellement à 0,5% ce qui représente environ 5 milliards d’euros.

La France pour sa part est très loin du compte, comme je le soulignais ici même il y a quelques semaines. Théoriquement, sa contribution devrait être de presque 13 milliards d’euros, et si elle donnait en comparaison de la contribution actuelle de l’Espagne cela représenterait environ 9 milliards d’euros. Or en 2007, l’aide publique française s’est élevée à 7 milliards d’euros…soit une baisse de 15,9% par rapport à l’année précédente. A ce propos, il faut noter que c’était la première fois depuis 2000 que l’aide publique française était en baisse, ce qui signifie clairement que Nicolas Sarkozy tourne le dos à l’engagement de la France à consacrer 0,7% de son PIB à l’aide publique au développement.  Décidément, pour Nicolas Sarkozy, il y a un monde entre les paroles et les actes. Mais qui s’en étonne ?

En tout cas, ce n’est pas avec des dirigeants comme lui que nous allons apporter un début de solution aux problèmes que pose  l’immigration clandestine. En France, en effet,  nous en sommes encore à essayer de nous enfermer,  comme le répète  sans cesse François Bayrou, « dans une forteresse qui aurait vocation, comme toutes les forteresses, à être assiégée ». Et ce n’est pas l’immigration choisie, ni les quotas d’expulsion chers à Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, qui vont apporter la solution aux problèmes que pose l’immigration clandestine. Cela étant, établir des  quotas d’expulsion pour les étrangers en situation irrégulière est beaucoup plus facile que respecter ses engagements internationaux. Pauvre France…

Michel Escatafal