28.06.2008

Le président de la République s’empare de tous les leviers de commande

sark.jpgUne fois encore Nicolas Sarkozy fait  la une des journaux de son pays et de l’étranger. Et  cette fois parce qu’il est en train de mettre la main sur ce qui pouvait lui échapper encore un tout petit peu, l’audiovisuel public. Sur ce plan il va finir par surpasser Silvio Berlusconi lui-même, pourtant propriétaire de plusieurs médias importants, mais qui n’aura jamais semble-t-il la même mainmise sur l’ensemble des médias de la péninsule, faute d’avoir pu  s’emparer totalement de la RAI, ce qui au demeurant apparaît quasiment impossible.

Bien entendu pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy et la France, on ne nous empêchera pas de parler de dérive autoritaire dans un contexte d’extrême concentration des pouvoirs. D’autres plus indulgents ou amis avec lui,  affirment qu’en fait le président de la République ne fait qu’assouvir son désir de se mêler de la gestion du personnel, y compris dans des secteurs qui théoriquement  devraient être indépendants de la politique. Comme si les difficultés que rencontre en ce moment notre pays n’étaient pas suffisantes sans déclencher, inutilement et dérisoirement, des querelles franco-françaises. A moins que ces querelles ne cherchent précisément à masquer l’essentiel. Pourquoi pas, avec Nicolas Sarkozy on peut s’attendre à tout.

A propos de gestion du personnel, il paraît qu’il aurait dit un jour devant un parterre de patrons « qu’il se verrait bien directeur des ressources humaines ». Je ne suis pas sûr que ces patrons l’aient bien pris au sérieux car si tel était le cas, je souhaite bien du plaisir à celui qui l’embaucherait à ce poste. S’il y a bien un homme qui n’est pas fait pour cette fonction c’est bien Nicolas Sarkozy, et les exemples fourmillent dans ses fonctions de tous les jours pour montrer qu’il fait rarement les bons choix. Il y a surtout une chose qu’oublie le président de la République, c’est qu’une entreprise ne doit pas être gérée comme l’UMP. Sur ce plan, soyons honnêtes, il a quand même beaucoup à apprendre de Silvio Berlusconi. Et en plus, comme je l’ai rappelé il y a encore quelque jours, il n’a pas la baraka contrairement au président du Conseil italien.

Tout ce qu’il touche en ce moment est voué à l’échec, jusques et y compris dans les domaines les plus futiles. En disant cela je pense au fait qu’on lui a prêté un rôle décisif dans la décision de recruter…Lilian Thuram au Paris-Saint-Germain, dont il est paraît-il un fervent supporter. Et qu’arrive-t-il ? Et bien pour la première fois de sa carrière, on découvre chez l’ancien capitaine des Bleus une malformation cardiaque qui entraîne de facto l’annulation de ce transfert. Reconnaissons qu’après une succession sans précédent d’échecs diplomatiques, sans parler des multiples problèmes engendrés par des décisions prises seul et à l’emporte-pièce, tout cela donne de Nicolas Sarkozy l’image « d’un parfait looser » dont il savait si bien moquer les autres, il y a quelques mois encore.

Plus grave encore, faute sans doute d’une vision approfondie des dossiers, on ne compte plus les interventions intempestives du président de la République  sur des sujets aussi divers que la pêche, l’agriculture, la justice, l’enseignement  ou les relations sociales. Combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il été pris en flagrant délit d’ignorance d’une loi qu’il avait parfois lui-même faite voter à l’époque où il était ministre ? Combien de fois a-t-il déclenché l’ire de la Commission Européenne en demandant des dispositifs d’aide contraire à ceux qu’il avait approuvé peu de temps auparavant ?  

Cela dit les thuriféraires du pouvoir nous disent que cet interventionnisme débridé est la marque de sa volonté d’agir toujours et partout. "Il se trompe peut-être", nous disent-ils,  "mais c’est parce qu’il travaille". Désolé Messieurs, mais on a connu dans le passé des gens qui travaillaient beaucoup et qui connaissaient à fond leurs dossiers. Il est vrai qu’on ne les voyait pas partout à la fois. Les mêmes affirment aussi, sans rire,  que son obsession c’est d’avoir tous les meilleurs autour de lui. Là aussi, sans être cruel, on se contentera de rappeler les multiples dysfonctionnements d’un gouvernement qui, à en entendre certains, était considéré il y a moins d’un an comme une véritable « dream team », le mot ayant été employé çà et là. En tout cas, la dream team (la vraie) a obtenu des résultats sans aucune comparaison avec les multiples échecs d’une équipe ministérielle qui accumule gaffes et impairs.

Espérons simplement, sans trop y croire, que la télévision publique ne subira pas le sort qui l’attend avant que Nicolas Sarkozy ne quitte le pouvoir. Oh certes, ce dernier a promis qu’il n’y aura pas de privatisation dans l’ensemble qui compose France Télévision, mais qui peut accorder foi aux propos d’un homme qui n’a cessé de faire des promesses intenables avant son arrivée au pouvoir, et qui ne cesse de prendre des décisions dont il n’avait jamais parlé auparavant.

Espérons aussi que l’opposition dans son ensemble se comporte comme une vraie opposition, que les partis qui la composent ne passent pas leur  temps à se déchirer en vaines querelles de personnes, et ne se contentent  pas de laisser à l’opinion le monopole de la contestation, comme on a pu le voir encore ces jours-ci à propos du non remboursement des produits des médicaments pour maladies de longue durée.  En tout cas j’espère et je veux que l’on puisse compter sur le MoDem pour jouer ce rôle.

Michel Escatafal

26.06.2008

La crise des institutions européennes arrange beaucoup de monde

UE.jpgFinalement ce NON irlandais au Traité de Lisbonne ne dérange pas autant qu’on aurait pu le croire. En fait ce NON n’a fait que confirmer la crise institutionnelle dans laquelle vit l’Union Européenne depuis des années. Et cette crise ne pouvait que s’amplifier à partir du moment où on enrôlait presque de force les pays autrefois sous domination communiste. Ces derniers dans leur ensemble n’étaient pas prêts à entrer dans l’Union dans la mesure où ils ne voyaient que les avantages que pouvaient leur offrir une adhésion, sans toutefois en mesurer les conséquences en ce qui concerne le respect des règles communautaires.

Cela étant, il ne faut surtout pas faire à propos du Traité de Lisbonne ce que certains suggèrent, à savoir imposer aux Irlandais, et peut-être ensuite aux Tchèques, un ultimatum en leur disant « c’est à prendre ou à laisser ». D’ailleurs pourquoi le ferions-nous, alors que deux membres fondateurs de l’Union (France et Pays-Bas) n’ont pas ratifié le projet de Constitution européenne en 2005. En fait, il faut surtout complètement repenser le fonctionnement de cette Union Européenne qui est en train de devenir une énorme machine, que plus personne ne peut faire avancer tellement sont nombreux les pays…qui ne veulent pas qu’elle avance.

En disant cela je pense évidemment aux multiples dérogations concédées aux Britanniques, aux Polonais, aux Danois, pour montrer que l’Europe continue sa route malgré toutes les difficultés. Et bien non ce n’est pas la bonne méthode, car on ne peut pas être dans l’Union Européenne pour les avantages que l’on peut en tirer et ne pas y être quand il y a un sujet qui fâche. C’est pourtant ce que l’on ne cesse de faire,  et je pense que c’est cela qui est le plus paralysant pour les institutions. A ce propos, n’est-il pas curieux de constater que c’est dans le seul domaine où il n’y a pas de dérogations, l’union économique et monétaire, que l’Europe est une entité vraie. Et pourtant les obstacles ne manquaient pas pour arriver à la nécessaire convergence entre Etats ayant des politiques fiscales très différentes.

Seulement, en ce qui concerne l’union économique et monétaire, il y a un organisme centralisateur qui gère la politique monétaire en toute indépendance, à savoir la Banque Centrale Européenne. Oh certes, celle-ci ne se fait pas que des amis au sein de la Zone euro, mais ses dirigeants maintiennent le cap contre vents et marées. La France, pour ne citer qu’elle,  est payée pour le savoir à cause de ses finances publiques, mais ce ne sont pas les rodomontades de Nicolas Sarkozy qui vont faire fléchir le Conseil des gouverneurs. Preuve, si besoin en était, que ce n’est pas parce que ce Conseil est formé de gens non élus qu’il ne travaille pas au mieux des intérêts de la Zone. Au contraire dirions-nous, c’est  parce qu’ils sont indépendants du pouvoir politique, et irrévocables  par ces mêmes politiques pendant la durée de leur mandat, qu'ils travaillent en toute sérénité.

Ils peuvent d’autant plus le faire que l’adhésion d’un pays à la Zone euro n'est possible que sur des critères extrêmement précis. On ne peut pas être à la fois dans la Zone euro et ne pas y être. Les Britanniques, les Suédois, les Danois, n’ayant  pas voulu accepter toutes les règles relatives à l’union monétaire s’en sont exclues automatiquement. L’adhésion à l’Union Européenne devrait relever des mêmes contraintes. A ce propos, le seul fait que l’on ait accepté que la Pologne dispose d’un délai pour se soumettre aux dispositions du Traité de Lisbonne, indiquait déjà que ce dernier était mort-né.

Mais revenons à ce qui s’est passé lors du dernier sommet et des mesures qui y ont été décidées ou pas. On a finalement décidé d’attendre pour voir les suites à donner au NON irlandais, ce qui est une sage décision. En revanche on a essayé de parler beaucoup plus concrètement en ce qui concerne le porte-monnaie des Européens, même si de ce coté là il ne fallait pas attendre de miracles, car ce n’est pas la Commission Européenne ou le Conseil Européen qui fixe  les prix du marché mondial. Et de miracle il n’y a pas eu, car chacun a essayé vainement d’imposer ses solutions. France, Royaume-Uni et Bulgarie par exemple, souhaitent plutôt privilégier l’option nucléaire plutôt que les énergies renouvelables à l’instar de ce que souhaitent les Allemands, il est vrai très en avance dans ce domaine.

En revanche la Commission Européenne va proposer diverses solutions pour venir en aide aux 16 millions d’Européens vivant sous le seuil de pauvreté. Elle va aussi proposer des solutions pour les secteurs les plus en difficulté comme la pêche. Mais elle a aussi souligné qu’il s’agit d’abord d’économiser l’énergie et d’en diversifier les sources d’approvisionnement pour être moins dépendants de l’extérieur, ce qui avait manifestement échappé à Nicolas Sarkozy qui voulait plafonner le montant de la facture pétrolière sur lequel est perçue la TVA.  Bref on compte sur l’imagination de la Commission pour…masquer l’ampleur des désaccords y compris pour l’aide aux populations les plus pauvres, chacun défendant comme d’habitude son pré-carré national  et électoral.

En résumé, je redis une fois encore que l’Union Européenne ne pèsera de tout son poids dans la vie de ses habitants que si les Etats qui la composent parlent  d’une même voix. Cela nous a permis d’avoir une monnaie forte avec tous les avantages que cela procure. En revanche, l’Europe que l’on veut nous imposer ne répond nullement aux besoins de ses citoyens, et ils le font savoir chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Mais s’ils en sont réduits à cette extrémité, sans répondre à la question qui leur est posée, n’est-ce pas parce que les politiques ont failli dans leur tâche,  aveuglés qu’ils sont par la vision purement électoraliste de leur réflexion personnelle ? Là est tout le problème.

Michel Escatafal

24.06.2008

Vous êtes impatients ? Nous aussi... de vous voir quitter le pouvoir

Pendant que Nicolas Sarkozy fait son show en Israël, avec Carla qu’il ne faut pas surtout pas oublier nous dit-on, pendant que le gouvernement Fillon consacre 4,3 millions d’euros à expliquer sa politique,  ce qui démontre à l’évidence qu’elle n’est pas lisible, on nous prévient à l’OCDE que le ralentissement économique observé ces derniers mois devrait « se généraliser » à presque toutes les grandes zones,  en raison notamment du marasme sur l’immobilier et de la flambée des prix des matières premières. L’OCDE nous explique aussi dans son dernier rapport que si la crise financière commence à appartenir au passé, ses conséquences n’ont pas fini de s’en faire ressentir « et que de nouvelles perturbations ne peuvent être exclues ». Dit autrement, cela signifie que si pour les banques on peut passer à autre chose, il n’en est rien en ce qui concerne les autres entreprises et les particuliers.

Raison de plus pour se demander  pourquoi  le gouvernement essaie à tout prix de nous « vendre » son action en ce qui concerne le pouvoir d’achat, sachant bien entendu que personne n’en croira un mot. C’est d’ailleurs une nouvelle forme  d’exception française que cette manie qu’a le pouvoir de vouloir nous faire passer pour des imbéciles. Partout dans le monde, les responsables politiques indiquent que les indicateurs conjoncturels sont dans le rouge… sauf en France où l’on essaie de nous convaincre que nous habitons un îlot de prospérité avec des frontières bien étanches. Cela nous fait penser au nuage de Tchernobyl, en 1986, qui s’était arrêté le long du Rhin et qui par conséquent n’avait pas pénétré dans notre territoire.

En attendant, quoiqu’en disent nos gouvernants, le prix élevé du pétrole pèse de plus en plus sur le moral des entrepreneurs. En Allemagne, malgré un niveau d’exportations record, les patrons sont extrêmement inquiets sur l’activité dans les six mois à venir. Le Japon est dans une situation similaire puisque l’indice de confiance des patrons a atteint son plus bas niveau depuis 2004. La France pour sa part n’est pas en reste  si l’on en croit l’indice composite PMI, qui synthétise l’activité des secteurs des services et manufacturiers, celui-ci  ressortant  à son plus bas niveau depuis cinq ans. Mais chut, il ne faut pas le dire ! L’important c’est d’entendre le slogan « Pouvoir d’achat : vous êtes impatients ? Nous aussi ». Mais pour qui nous prend-on ?

Une chose est sûre : l’OCDE abaisse ses prévisions de croissance à peu près partout dans le monde développé, et notamment aux Etats-Unis qui devraient enregistrer une « croissance négative », si j’ose employer l’expression, au 2è trimestre de cette année. Les Etats-Unis subissent en ce moment tous les tourments liés à une récession avec une crise du marché immobilier, une forte inflation avec notamment une augmentation sans fin du prix des carburants, ce qui  pèse  sur la consommation,  et une baisse des dépenses d’investissement. La zone euro est affectée également par ces difficultés, à un degré moindre toutfois, au point que la croissance prévue pour 2008 est abaissée à 1, 7% contre 1,9% précédemment et surtout à  1,4% en 2009 contre 2% prévus  dans  la précédente estimation en mars.

Dans ces conditions on se demande encore une fois pourquoi le président de la République ou le Premier ministre ne nous disent pas la vérité. D’autres l’ont fait avant eux et en sont sortis grandis, comme par exemple Raymond Barre à la fin des années 70. Quand on dit la vérité aux gens, c’est à coup sûr le meilleur moyen de leur faire admettre que des efforts (partagés) doivent être faits,  et que cela nous permettra de sortir plus fort de la crise que nous subissons. Mais peut-on attendre cela de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement ? Hélas non, car on a décidé une fois pour toutes de cacher la vérité aux Français qui, pourtant, sont loin d’être les premiers fautifs dans ce qui leur arrive.

Ils le sont quand même, mais c’est pour avoir fait confiance à un homme  qui n’avait pour seul but que conquérir le pouvoir pour lui et ses amis. Ce n’était pas une erreur, mais une faute d’autant que le personnage en question, Nicolas Sarkozy, avait été numéro deux du gouvernement pendant quatre des cinq dernières années, sans succès notable.  Maintenant, nous en subissons les conséquences, qui plus est dans une conjoncture mondiale compliquée. J’espère me tromper, mais j’ai l’impression que nous allons avoir une fin de quinquennat très difficile d’autant que rien n’aura été fait pour préparer l’avenir. La succession sera à coup sûr très délicate,  et c’est une raison supplémentaire de s’y préparer avec  la dernière énergie, hors de toutes les bisbilles politiciennes. Mes amis politiques savent ce que je veux dire. Mais ne suis-je pas trop raisonnable ?

Michel  Escatafal

21.06.2008

Libération sous le charme...

carla.jpgEn voyant la couverture de Libé ce matin sur laquelle figure une grande photo de Carla Bruni-Sarkozy, j’avoue que je suis de plus en plus perplexe à propos de ce journal qui, comme tant d’autres,  semble être tombé sous le charme de cette dame…parce qu’elle est à la fois l’épouse du président de la République et « épidermiquement » de gauche. Voilà une nouvelle qui va rassurer les milieux populaires !

En effet, si Madame Sarkozy est tellement de gauche, comment peut-elle approuver l’action de son président de mari qui, pour sa part, est tellement de droite ? Comment par exemple  exonérer aussi facilement l’ami de son mari, Brice Hortefeux,  des mauvais coups qu’il distribue chaque jour aux immigrés sans papiers donc à des gens qui, théoriquement, devraient retenir prioritairement l’intérêt des gens de gauche ? Comment peut-on être de gauche et vivre sans se soucier réellement du sort réservé à des milliers de gens qui voient leur usine fermer ou délocaliser ? Certes elle dit bien qu’elle ne sent pas militante (qui en aurait douté ?) et qu’elle n’a jamais beaucoup voté, mais tout cela ressemble à une pantomime soigneusement mise en scène par Libération.

A propos, on pourra noter qu’ils étaient cinq journalistes, pas un de mois, pour recueillir les confidences de la dame. A croire que la presse d’opinion est tombée bien bas pour assurer à la fois la promotion du dernier disque d’une chanteuse jusque là assez inconnue, et aussi la justification de la politique du mari de cette chanteuse,  le président de la République. Désolé, mais je me refuse à tomber dans le panneau, et si la gauche est dans l’état où elle est,  c’est parce que ceux qui sont censés la défendre en sont réduits à se glorifier de compter dans leurs rangs une fille de la grande bourgeoisie vivant comme une grande bourgeoise, ce que d’ailleurs je ne lui reproche pas, sans trop se soucier de ce qui se passe hors des beaux quartiers. C’est sans doute cela être « épidermiquement » de gauche, mais avec de tels défenseurs la droite libérale et populiste a de beaux jours devant elle.

Un dernier mot enfin, que faire devant tant d’arrogance futile ? Là est toute la question. Certes on peut toujours s’indigner ici ou là, mais la grande écoute se fait à la télévision et dans quelques journaux, dont Libération. Alors, il faut souhaiter que le peuple,  de droite, de gauche, ou d’ailleurs, en arrive à se poser la question de savoir où tout cela le mène. Il a tous les  jours  les réponses du pouvoir chaque fois que surgit un nouveau problème : on supprime, on casse, on libéralise.

Combien de temps faudra-t-il aux gens pour qu’ils réalisent que la droite sarkozienne, comme la gauche dite socialiste (type Libération) n’ont rien d’autre à proposer que cette société où règnent les inégalités les plus criantes, où l’ascenseur social ne fonctionne plus, où la solidarité n’est plus de mise. Une société enfin où Carla Bruni-Sarkozy est considérée par un journal de gauche comme authentiquement de gauche. A pleurer !

Michel Escatafal

20.06.2008

Ils ne parlent pas, mais ils agissent

sarko et les.jpgPendant que notre président de la République s’agite comme d’habitude à chaque sommet européen, les nouvelles économiques en provenance de certains pays, notamment le nôtre, ne sont pas bonnes. Certes, Madame Lagarde affirme la main sur le cœur que l’INSEE est beaucoup trop pessimiste en prévoyant une croissance de 1,6%, mais en fait elle ne dément pas vraiment les prévisions de notre institut de statistiques. Par ailleurs, ce dernier n’est pas le seul à prévoir une croissance de cet ordre. Il va donc falloir que Nicolas Sarkozy aille de nouveau chercher cette croissance. Comment ? Pas avec les dents puisque manifestement ce n’est pas suffisant. Alors avec quoi ?

Trêve de plaisanterie car cela n’est pas drôle, d’autant qu’avec une croissance nettement inférieure à 2% nos déficits et donc la dette ne peuvent qu’augmenter. Mais de cela personne ne parle en ce moment. Le sujet pour notre président c’est d’abord la présidence européenne que va la France va exercer jusqu’au 31 décembre, et bien entendu Nicolas Sarkozy comme toujours va essayer de se montrer  le plus possible pendant cette période, ne serait-ce que pour faire oublier le non-respect de nos engagements européens. Et de fait, même s’il n’est pas encore en poste, certains de ses collègues européens commencent à le trouver quelque peu encombrant, notamment à propos du vote négatif des Irlandais au Traité de Lisbonne. J’ai même entendu sur France 24, pourtant peu suspect d’antisarkozysme primaire, que les chefs de gouvernement européens trouvaient que Nicolas Sarkozy faisait preuve d'un excès d'empressement pour régler la crise européenne.

Nicolas Sarkozy se comporte à Bruxelles comme à Paris, et pour lui l’agitation sert de cadre à la politique. Hélas, ce n’est pas comme cela qu’on arrive à régler les problèmes. L’exemple allemand est là pour le prouver et notre président ferait bien de s’en inspirer. Angela Merkel parle peu, ne s’agite pas davantage, mais cela n’empêche pas l’influence de l’Allemagne de s’accroître au contraire…de la France. Prenons le cas de l’énergie, par exemple, et nous verrons que l’Allemagne sans Grenelle de l’Environnement a pris beaucoup d’avance sur tous les autres pays de l’Union.

Ainsi la part de l’énergie renouvelable a doublé entre l’année 2000 et 2008, passant de 3% à près de 7% de toute l’énergie, et la part de l’énergie verte (solaire et éolien) atteint 15% de toute l’électricité. Ces efforts auxquels Gerhard Schroeder, prédecesseur d'Angela Merkel, doit être associé ont permis d’occuper 250.000 personnes dans le secteur des nouvelles énergies. Voilà du concret et non des effets d’annonce !  Mieux même,  le moment venu c’est-à-dire quand l’Union Européenne va se pencher sur la mise en œuvre de ses résolutions, l’Allemagne va servir une nouvelle fois de modèle avec l’avance technologique que lui confèrent ses réalisations. Parions que les énergies vertes seront le prochain moteur de la croissance de notre grand voisin rhénan.

Sur un plan plus général, l’économie allemande est la seule à presque se réjouir de l’augmentation des coûts de l’énergie, un peu comme lors du premier choc pétrolier en 1974. A cette époque en effet, la machine économique ouest-allemande avait pleinement bénéficié des énormes  efforts d’investissement de ses entreprises, effort rendus nécessaires par la réévaluation du Mark en 1969. Et c’est elle qui profita le mieux des pétrodollars des pays du Golfe. Aujourd’hui, il semble que ce soit de nouveau le cas, d’autant que les pays exportateurs de pétrole dépensent presque intégralement l’argent qu’ils ont obtenu de la vente de l’or noir, ce qui n’était pas le cas en 1974. En tout cas en avril, les exportations allemandes ont progressé de 14% par rapport à la même période de l’année passée.

Les produits « made in Germany » s’arrachent sur les marchés en forte croissance chinois, russes ou arabes et tout cela, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, malgré l’euro fort. Tous les secteurs sont concernés par cette croissance des exportations, fruit du gros effort fait dans la recherche et le développement ces dernières années.  Même dans la zone euro, la progression des ventes en provenance des entreprises allemandes s’est accrue de 10%. Sur un plan plus général l’Allemagne reste le seul pays de l’OCDE dont la part dans les exportations mondiales n’a pas reculé, contrairement aux Etats-Unis, au Japon…et à la France. Tout cela ayant pour corollaire une nouvelle nécessité d’investir dans des investissements de croissance. Bref, les responsables allemands ne passent pas leur temps à annoncer des Grenelle de toutes sortes, mais ils agissent et les entreprises leur emboîtent le pas.

Michel Escatafal

18.06.2008

"Ensemble tout est possible"...oui mais pour quelques uns seulement

Il y a un mot que Nicolas Sarkozy aimait bien employer pendant sa campagne électorale présidentielle, la baraka. Et bien apparemment il l’a perdue,  comme le peuple français a perdu ses illusions en confiant les rênes de son pays à un personnage qui n’est pas, et ne sera jamais un homme d’Etat. Pourquoi dis-je cela en introduction ? Tout simplement parce que tout ce que le chef de l’Etat touche de près ou de loin fait fiasco. Prenons le domaine du sport si cher aux habitants de notre pays : rien ne marche pour nos équipes nationales depuis un an. La Coupe du Monde de rugby est loin d’avoir eu l’apothéose attendue, en raison notamment d’un premier match contre l’Argentine qui avait vu les Français jouer à l’envers. Certains avaient attribué cette faillite à la lecture de la lettre de Guy Moquet imposée juste avant le match par le sélectionneur, futur ministre, Bernard Laporte.

Il y a quelques jours, à Clairefontaine, Nicolas Sarkozy est allé rendre visite aux footballeurs qui préparaient leur Championnat d’Europe des Nations. Le fiasco est encore plus retentissant, puisque hier soir les Français ont été éliminés au premier tour de la compétition. Il reste à espérer qu’il ne rendra pas visite aux participants aux Jeux Olympiques, les cyclistes, les nageurs, les athlètes, les handballeurs, les kayakistes etc. sous peine de leur attirer la poisse, et de briser les espoirs de médailles dont ils sont porteurs. Nous pourrions continuer jusque dans la politique étrangère où il suffit que Nicolas Sarkozy soit parmi les principaux protagonistes d’une idée, par exemple le traité de Lisbonne, pour que celle-ci ne soit pas validée.

Arrêtons-là, car cela finirait par ne pas faire très sérieux, mais en disant cela est-ce que je ne me comporte pas comme le président de la République ? Avec lui, nous disait-il, tout était possible qu’il s’agisse du pouvoir d’achat dont il devait être le champion, de la croissance qu’il devait aller chercher avec les dents, des relations sociales dont il se voulait le chantre comme héritier de Jaurès etc. Bref, comme avait dit Jack Lang en 1981, on devait passer de « l’ombre à la lumière ». Hélas, pas plus qu’en 1981-1982, la lumière n’a guère jailli au cours des 12 ou 13 premiers mois d’un quinquennat qui s’annonce déjà désastreux sur bien des points.

Cela étant, si l’on avait pu reprocher à François Mitterrand et son gouvernement une démagogie extrêmement coûteuse, après une période où l’on avait fait beaucoup d’efforts pour rétablir les équilibres fondamentaux de notre pays, cette démagogie avait pour but d’essayer de donner un peu plus à ceux qui avaient le moins. C’était en tout cas le fil conducteur affiché par nos gouvernants de l’époque. Aujourd’hui, en revanche, tout est fait pour que ceux qui ont le moins, qu’il s’agisse des chômeurs, des retraités, des handicapées, des malades…aient encore moins. Toutes les décisions qui sont prises vont dans le même sens : toujours moins pour ceux-là, et toujours plus pour les riches amis du président.

Le pire est que toutes ces décisions, prises à la va-vite et à l’emporte-pièce, ne règleront en aucun cas le problème de nos finances publiques. La preuve, on taille dans les budgets et chacun sait que nos déficits vont perdurer, au moins jusqu’en 2012 nous dit-on, et donc notre endettement va continuer à s’accroître, ce qui veut dire que le poids de la dette sera plus lourd. Point n’est besoin de faire une grande démonstration. Cela n’empêche pas le président de la République de faire des tas de promesses à …échéance 2020. Comme personne ne s’en souviendra à cette époque, cela ne coûte rien d’annoncer des milliards de dépenses comme Nicolas Sarkozy l’a fait hier dans le cadre de la réorganisation de l’armée.

Personne ne sait où nous trouverons tous ces milliards d’euros pour moderniser notre armée, mais ce dont on est sûr c’est que celle-ci va subir une sévère cure d’amaigrissement. Pourquoi pas après tout, mais dans ce cas reconnaissons une fois pour toutes que nous ne sommes plus une grande puissance, contrairement à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy. Et dans ce cas aussi, mettons toute notre énergie à faire cette Europe de la défense sans laquelle nous resterons dépendants des Etats-Unis, dont on peut se demander par ailleurs s’ils pourront continuer à faire les efforts nécessaires pour assurer la sécurité du monde occidental.

Nous n’allons pas rentrer dans les détails de ce plan, sinon pour en souligner les contradictions dans la droite ligne de ce qu’a toujours fait Nicolas Sarkozy, qu’il s’agisse du ministre ou du président de la République. On affirme, on promet, mais on commence à agir en cassant ce qui existe. Loin de moi l’idée de dire que l’aménagement du territoire doit se faire par l’intermédiaire de l’armée. Mais avant de rayer d’un trait de plume casernes ou bases, comme on l’a fait pour la carte judiciaire, peut-être pourrait-on envisager des solutions (industrielles ou autres)  pour assurer la transition dans ces villes,  pour ne pas dire parfois dans ces villages, qui ne vivent que par, pour et avec l’armée.

Evidemment, pour cela il aurait fallu étudier le problème pendant quelques mois, voire quelques années, mais l’aménagement du territoire ne peut se faire qu’avec les populations concernées et non contre elles. Le pire est que ce qui a été fait pour la carte judiciaire, ce qui est fait pour l’armée, le sera aussi pour nombre de services publics. Pour quel résultat ? Pour assurer son rang à la France, comme l’a dit hier Nicolas Sarkozy. Mais le rang de la France passe-t-il nécessairement par la casse de ses services publics ?

En réalité, chacun sait que notre pays est confronté à un problème insoluble, à savoir des dépenses excessives pour avoir un budget en équilibre, comme nous le demande Bruxelles. Alors on choisit la facilité comme hélas tous nos gouvernants l’ont fait depuis le début des années 80. C’est tellement plus commode de radier des chômeurs ou de fermer des écoles ou des tribunaux que de faire une réforme fiscale plus juste. « Ensemble tout est possible » disait Nicolas Sarkozy, mais ce slogan racoleur s’adressait à une infime minorité de la population, même si nombre de Français ont cru le contraire.

Michel Escatafal

16.06.2008

On ne peut plus compter sur les autres pour régler nos problèmes

déloc.jpgDans les années 70 on parlait beaucoup de stagflation qui est un raccourci de deux mots, stagnation et inflation. Dit autrement,  cela signifie une situation économique d’un pays en proie à l’inflation sans connaître un niveau de croissance notable. Et de fait dans les années 70, avec les deux chocs pétroliers, beaucoup de pays ont connu ce phénomène qui, en outre, a pour particularité d’être durable.  Cela signifie que ceux qui croient que la baisse de croissance que l’on connaît ou que l’on va connaître dans la plupart des pays industrialisés, ne se résumera pas à un simple à-coup conjoncturel. Cela pourrait durer plus que prévu, en espérant que cela ne dure pas une décennie comme la fois précédente.

Cela étant, par rapport aux années 70,  il y a apparemment une grande différence à savoir que globalement le lien entre les salaires et les prix est moins inéluctable,  les entreprises ayant profité de la mondialisation pour mieux maîtriser leurs coûts. En clair, la Chine et les pays émergents ont permis de contenir l’inflation à des niveaux très bas grâce à leurs salaires dérisoirement faibles, et à leurs capacités à travailler dans des conditions inacceptables chez nous. L’ennui,  c’est que cet âge d’or semble avoir vécu et le mouvement apparaît irréversible. C’est d’ailleurs une des caractéristiques du monde capitaliste que d’exploiter « un filon économique » à son maximum, sans se préoccuper de ce qui se passera à épuisement de ce filon.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où tous les filons semblent s’épuiser les uns après les autres. Alors on invente, on bricole, on rafistole sans pour autant régler le problème. Le pétrole est de plus en plus cher, non pas seulement à cause de la spéculation, mais aussi parce que les besoins augmentent, résultante du colossal développement économique dans des pays auxquels nous avons confié la plus grande partie de nos fabrications. Du coup on envisage de nouveau, y compris dans des pays qui avaient abandonné cette idée, de construire des centrales nucléaires comme la France l’a fait dans les années 70 et 80. Manque de chance, les 450 centrales déjà construites consomment plus de combustible qu’il en est extrait, au point que l’on en arrive à utiliser les stocks militaires. Résultat, en un peu plus de cinq ans, le prix de l’uranium a été multiplié par 10.

Mais revenons à ce qui se passe dans les pays émergents. D’abord, compte tenu du fait qu’ils fabriquent beaucoup, ils exportent dans les mêmes proportions, voire même plus,  au point que la part des exportations dans le produit mondial est passée en 30 ans (entre 1978 et 2008) de 20% à 32%. On voit immédiatement le danger pour nos économies si les produits exportés par les pays émergents, donc importés chez nous, subissent un fort renchérissement. Certes, les grandes banques centrales auront tendance à resserrer les conditions d’accès à l’argent, mais elles sont obligées peu ou prou de tenir compte de l’activité économique. D’ailleurs si la BCE joue son rôle dans ce domaine, en maintenant des taux légèrement supérieurs à l’inflation, il y a longtemps que la Réserve Fédérale américaine a fait le choix inverse.

Et dans ce cas, comment donner la leçon aux banques centrales des pays émergents, ces derniers ayant choisi depuis toujours de privilégier la croissance au détriment de l’inflation. Résultat, dans tous ces pays l’inflation progresse au point qu’elle s’approchera, en Zone Asie, de  8% à la fin du mois de juin et ce n’est pas que la faute du pétrole et des autres matières premières. En effet, pour la première fois depuis bien longtemps, il y a aussi une flambée des salaires dans ces pays car même s’ils semblent taillables et corvéables à merci, les salariés n’en peuvent plus de voir les prix des produits de première nécessité s’envoler sans aucune compensation salariale. Bref,  les coûts de production augmentent dans ces pays à une vitesse vertigineuse, ce qui rend les produits qu’ils exportent d’autant plus chers même si certains pays, le Vietnam par exemple, n’hésitent pas à dévaluer leur monnaie pour maintenir la compétitivité de leurs exportations.

La conséquence de tout cela est que les consommateurs américains et européens, dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser même si chez nous l’INSEE dit le contraire, vont réduire leurs achats auprès des pays émergents, notamment asiatiques. Ceux-ci vont donc être obligés de faire face à une baisse des commandes et nombre d’usines vont être contraintes de réduire le nombre de salariés. Jusqu’où irons- nous comme cela ? Là est tout le problème. De plus, le phénomène ne concerne plus seulement les pays asiatiques, mais touche aussi l’Union Européenne. En Bulgarie, l’inflation atteint 14% en glissement annuel et presque 18% en Lettonie. Et dans ces pays aussi les revendications salariales se multiplient, comme en Roumanie où Renault a accordé une hausse de 22% sur les salaires des ouvriers de Dacia qui fabriquent la Logane à 8000 euros.

En résumé, le spectre des années 70 hante de nouveau les dirigeants économiques de la planète. Nous disons bien de la planète car le phénomène concerne l’ensemble des pays, et non plus seulement les riches pays occidentaux, mondialisation oblige. On avait cru un peu facilement régler les difficultés en exportant ailleurs nos problèmes. Cela a permis à nombre d’entreprises de s’enrichir à bon compte sur les dos des travailleurs « de contrées lointaines », pour parler comme Voltaire. Cela dit, de nos jours il n’y a plus de contrées lointaines, et si une difficulté surgit à New-York ou à Francfort elle s’étend comme une trainée de poudre jusqu’à Pékin, Hanoï,  Rio de Janeiro ou Douala.

Alors il faudra trouver autre chose que des slogans pour  remettre un peu d’ordre dans un monde qui marche de plus en plus sur la tête. Mais le capitalisme tel que nous le connaissons en est-il capable ? Pour ma part j’en doute, peut-être parce que je suis militant du Mouvement démocrate. Après tout, nous sommes les seuls à dénoncer sérieusement les excès du capitalisme financier et, surtout, à proposer des régulations qui dépassent largement le cadre français et européen.

Michel Escatafal

14.06.2008

Un vote peu surprenant qui laisse un goût amer

no to.jpgMême si les journaux radiotélévisés parlent en premier lieu de la défaite de l’équipe de France de football contre la Hollande, l’information la plus importante de la journée d’hier reste le rejet par les Irlandais du traité européen de Lisbonne, avec une majorité nette puisque le NON l’a emporté avec 53,4% des voix. Bien entendu on ne va pas s’attarder sur les larmes, parfois de crocodile, des dirigeants européens. Ainsi quand j’entends Gordon Brown affirmer sans rire que le processus de ratification dans son pays va se poursuivre normalement, chacun sait qu’en fait la Grande-Bretagne est satisfaite de voir qu’un pays a rejeté le Traité, sans que les Britanniques aient eu encore à se prononcer. Bel exemple d’hypocrisie de la part de dirigeants qui ne sont  européens que s’ils y trouvent avantage.

Les autres réactions sont dans le même ton y compris celles de la France et de la Commission européenne. Même le Premier ministre irlandais Brian Cowen estime que  le Traité de Lisbonne n’est pas mort, ce qui ne l’empêche pas de dire qu’il n’y aura pas cette fois de nouvelle consultation comme lors du référendum de 2001 sur le Traité de Nice. En tout cas, ce n’est pas pour cette fois encore que l’on avancera un tout petit peu dans la construction d’une Europe politique à caractère fédéral,  avec un président élu pour un mandat de 2 ans et demi renouvelable,  et un haut représentant pour la politique étrangère. Tout cela semble repoussé sine die et j’ajoute que, finalement,  cela arrange un peu tout le monde.

Bien sûr il peut paraître paradoxal qu’un pays dont la population représente moins de 1% de l’Union Européenne puisse réduire à néant un traité négocié pendant des mois  par les dirigeants des 27 pays membres. Mais ce traité a-t-il été bien négocié ? Rappelons-nous ce qui s’est passé l’été dernier, à une époque où Nicolas Sarkozy croyait que rien ne lui résistait et qu’il suffisait qu’il s’occupe d’un problème pour le faire avancer. Et bien effectivement,  en partie grâce à lui, on a mis en place à la va-vite un dispositif censé rassembler à la fois les partisans et les adversaires de feu la Constitution européenne. Simplement on avait oublié que ce traité devait être ratifié par le peuple en Irlande, et surtout comme l’a dit François Bayrou « qu’il y a une distance énorme entre le peuple et les institutions européennes.

Mais pourquoi cette distance ? Tout simplement parce que les dirigeants européens, à quelques rares exceptions, ne sont pas d’authentiques européens, Nicolas Sarkozy en premier. Comme je l’ai souvent dit ici même, on ne peut pas se dire européen quand on se sert de l’Europe pour expliquer ce qui ne va pas,  et être  incapable de reconnaître les multiples avantages que procure notre appartenance à l’Union Européenne. A partir de là, comment pouvoir expliquer au peuple que l’Europe est pour nous le seul moyen d’écrire l’avenir et non de le subir, le seul moyen aussi de peser dans le monde face à la puissance américaine et, plus encore,  face à l’émergence de nations-continents comme la Chine et l’Inde qui à elles deux représentent plus du tiers des habitants sur cette terre.

Certains vont dire également que les Irlandais n’ont aucune reconnaissance vis-à-vis des institutions européennes,  qui  ont permis à leur pays de passer d’un stade de quasi sous-développement à une vitrine technologique et économique parmi les plus brillantes du monde. L’Irlande ne l’oublions pas abrite aujourd’hui la plus grande proportion d’entreprises par habitant de l’Union Européenne, grâce notamment aux généreuses  subventions versées par Bruxelles. L’Europe est  présente partout dans ce petit pays qu’il s’agisse de l’infrastructure routière, de l’immobilier d’entreprises, mais aussi du tourisme, sans parler de l’agriculture. Rien que dans ce secteur, l’aide perçue par l’Irlande depuis son entrée dans l’UE atteint 40 milliards d’euros. Or aujourd’hui, l’agriculture irlandaise représente à peine 2,5% du PIB du pays !

Toutes ces aides  n’ont pas empêché les tenants du NON d’affirmer avec sérieux que la ratification du Traité marquerait l’abandon de la souveraineté irlandaise. Comme si un pays aussi dépendant des aides européennes pouvait sérieusement afficher sa souveraineté pleine et entière. Cela dit, comme en France en 2005, les partisans du NON ont joué sur la démagogie pour effrayer les Irlandais, alors que les partisans du OUI au contraire défendaient frileusement leur vote persuadés que le bon sens finirait par l’emporter. Et puis, comme je l’ai dit très souvent sur ce site, faire approuver un traité européen au suffrage universel est un piège politique car personne ne connaît les motivations de ceux qui vont voter. Les Irlandais pour ne citer qu’eux, ont voté à un moment où ils découvrent qu’il y a dans leur pays une possibilité de récession, alors qu'ils ont connu une croissance continue depuis plus de trente ans.

D’ailleurs, est-on certain qu’en France, en Italie ou en Allemagne le OUI l’aurait emporté si on avait fait la même consultation? Sans doute pas. En tout cas en France, compte tenu de l’impopularité de Nicolas Sarkozy et des divisions au sein du Parti Socialiste sur la question européenne, je suis persuadé que le résultat aurait été le même qu’en 2005. N'oublions pas que sur un tel sujet, le résultat du vote dépend presque toujours de la motivation de ceux qui défendent le texte. Et sur ce plan, les « nonnistes » sont  toujours plus motivés que les partisans du OUI. C’est dommage, mais c’est ainsi.

Michel Escatafal

12.06.2008

Un nouveau camouflet pour notre président de la République !

sarko et kadhafi.jpgEn tout cas si Nicolas Sarkozy pensait manipuler le colonel Kadhafi,  il s’est bien trompé. Il est vrai que depuis le temps qu’il est au pouvoir, le dirigeant libyen a rencontré beaucoup d’interlocuteurs et ce n’est pas un novice comme le président français qui ira lui en remontrer. Et cela vaut à notre président de la République un nouveau camouflet sur la scène internationale, un de plus, à propos de sa fameuse union méditerranéenne qui, à force,  va confiner au ridicule.

Mouammar Kadhafi a été en effet très clair vis-à-vis du projet qui tient tellement à cœur Nicolas Sarkozy. Sur ce même site,  il y a quelques mois,  j’écrivais en ironisant que notre président se prenait pour Octave Auguste, à moins que ce ne soit Trajan. Et bien il va finir comme Romulus-Augustule qui, rappelons-le,  fut pour les historiens le dernier empereur romain (476). Cela étant, même si l’Empire romain n’était plus, son idéal d’unité et de grandeur n’est pas mort, et se transmettra jusqu’à nous. Certains diront que cet idéal se retrouvera dans le projet européen initié par Robert Schumann et Jean Monet,  qui aboutira quelques années plus tard à la création de ce qui deviendra l’Union Européenne.

A ce propos, pour en revenir à Mouammar Kadhafi, on voit à travers ses déclarations qu’il suit de près les débats européens puisqu’il a dit : « L’Union Européenne  veille sur son unité et refuse sa division et l’initiative de notre cher ami Sarkozy a été rejetée fermement par l’Europe. La ligue arabe n’accepte pas également de disperser ses rangs et de détruire son unité ». Même s’il est permis de douter de la sincérité des propos de Kadhafi sur l’unité du monde arabe, qu’il est bien le seul à trouver uni, force est de constater qu’il a bien résumé la situation à propos du projet mort-né d’union méditerranéenne.

Sur ce plan également on ne peut que noter le manque de diplomatie et de discernement de notre minuscule Césarion qui avait crû, à tort, que l’on pouvait se comporter avec les dirigeants étrangers comme avec les dirigeants de l’UMP. Le problème pour Nicolas Sarkozy est que Mouammar Kadhafi, mais aussi Abdelazziz Bouteflika, pour ne citer qu’eux, ne veulent pas d’une coopération avec un seul groupe de pays, ce qui signifie que si coopération il doit y avoir celle-ci se fera uniquement avec la Ligue arabe ou l’Union Africaine.

Cela a le mérite de la clarté, même si ce n’est pas gentil pour notre président de la République qui a pourtant reçu le dirigeant libyen en grande pompe à Paris, au point d’ailleurs d’y avoir laissé une bonne part de sa cote de popularité. Mais finalement  il y a quand même une morale à tout cela, et la prochaine fois que Nicolas Sarkozy voudra tirer la couverture à lui sur le plan international au nez et à la barbe de ses collègues européens, il lui faudra mieux choisir son interlocuteur.

Michel Escatafal

Les langues ne sont pas des instruments neutres de communication

langues.jpgDans un excellent article publié cette semaine, Le Monde a souligné la difficulté qu’avait l’Union Européenne à défendre la pluralité linguistique. Et de noter tout particulièrement les coûts de traduction et d’interprétation dont le montant atteindrait 302 M d’euros, ce qui n'est pas négligeable y compris pour le budget global de l'UE. Pour ma part je ne pense pas qu’il faille raisonner de cette manière et, pour une fois, je serais d’accord avec Jacques Chirac quand il affirme que les langues nationales ou régionales doivent absolument être préservées. Et j’ajouterai à plus forte raison dans l’Union Européenne.

Celle-ci est en effet le plus bel exemple de la formation d’un empire sans avoir recours à la guerre ou à l’oppression. Au contraire,  la condition sine qua non pour adhérer à l’Union Européenne est le respect des lois fondamentales de la démocratie et de la diversité, plus encore que dans un pays comme les Etats-Unis où, par exemple, la peine de mort n’est pas abolie sur tout le territoire. A partir de là et en fonction de ces principes,  il est logique qu’avec 27 états dans l’Union, il y ait  23 langues officiellement reconnues, et que les documents publiés par les institutions européennes soient traduits dans ces 23 langues.

En réalité ce n’est pas le cas car, pour ne citer que le site de l’Union Européenne, la plupart des documents sont écrits en anglais et, nous dit Le Monde, c’est une évolution qui semble irréversible. D’ailleurs,  il suffit de regarder les statistiques pour en être convaincus.  En effet, au milieu des années 90, 46% environ des documents étaient écrits en anglais contre 38% en français et 12% en allemand. Aujourd’hui, ces pourcentages sont de 74% pour l’anglais, 12% pour le français et 2% pour l’allemand. Désolant !

Le plus cocasse en examinant de près cet article, c’est le motif invoqué pour justifier une utilisation massive de l’anglais, à savoir les élargissements successifs. Certes, à partir  du moment où le Royaume-Uni a intégré l’Europe, il était normal que l’anglais fît  partie des langues officielle, mais à part l’Irlande et plus tard Chypre et Malte, que je sache tous les pays ayant adhéré à l’UE ne parlent pas anglais, même si leurs classes dirigeantes, notamment pour les pays autrefois sous tutelle soviétique,  ont fréquenté pour  la plupart les universités angloaméricaines. Mais est-ce une raison pour imposer l’anglais toujours et partout dans l’U.E. ?

Plus bizarre encore est le cas de la Banque Centrale  Européenne. Alors que les Anglais refusent obstinément la monnaie unique, la langue principalement parlée et écrite au siège de Francfort est …l’anglais, au point que sous les huées des eurodéputés français, on a vu ce spectacle  surréaliste d’entendre un jour J.C. Trichet faire un discours en anglais au parlement Européen, au nom de la BCE. Certes Monsieur Trichet parle très bien anglais, mais je suis certain que s’il se cogne la tête contre un mur, il va réagir en français car c’est sa langue maternelle. Alors de grâce, préservons nos langues et l’Europe ne s’en portera que mieux, ce qui n’empêchera  pas l’apprentissage  à l’école de la langue de nos voisins, y compris évidemment l’anglais.

A ce propos comme le souligne Le Monde,  si l’Anglais s’est imposé partout c’est en raison surtout de la mondialisation parce que l’anglais est la langue de l’économie dominante. Certes, mais je voudrais rappeler que le l’UE a un PIB global supérieur à celui des USA, alors que celui de la Zone euro s’en approche. Enfin, l’euro est devenu aussi une monnaie de référence au plan mondial. Alors cessons de chercher des excuses à cette angloaméricanisation forcée, sauf à accepter la domination éternelle des Etats-Unis sur l’Europe. Pour ma part c’est quelque chose d’inacceptable et,  comme beaucoup d’Européens, je suis pour une Europe forte et indépendante, symbole du refus d’un monde unipolaire qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui,  avec des foyers de guerre un peu partout en Afrique, en Asie et même en Europe.

Un dernier mot enfin qui suffit à démontrer l'utilité des langues nationales ou régionales. Si l’on regarde quelles sont les langues maternelles les plus parlées dans l’Union Européenne, on s’aperçoit que c’est l’allemand qui vient en tête (18% de l’UE) devant quasiment à égalité le français, l’Italien … et l’anglais (environ 13%), puis l’Espagnol et le Polonais (9%). Alors soyons sérieux,  et si l’on veut à tout prix uniformiser, imposons au moins l’apprentissage obligatoire des trois langues parmi les six que je viens de citer. Après tout, les petits luxembourgeois apprennent bien à l’école le français, l’allemand et l’anglais en plus de leur langue maternelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils maîtrisent parfaitement tous ces idiomes, mais cela est suffisant pour communiquer et commercer.

Michel Escatafal

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