28.06.2008

Le président de la République s’empare de tous les leviers de commande

sark.jpgUne fois encore Nicolas Sarkozy fait  la une des journaux de son pays et de l’étranger. Et  cette fois parce qu’il est en train de mettre la main sur ce qui pouvait lui échapper encore un tout petit peu, l’audiovisuel public. Sur ce plan il va finir par surpasser Silvio Berlusconi lui-même, pourtant propriétaire de plusieurs médias importants, mais qui n’aura jamais semble-t-il la même mainmise sur l’ensemble des médias de la péninsule, faute d’avoir pu  s’emparer totalement de la RAI, ce qui au demeurant apparaît quasiment impossible.

Bien entendu pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy et la France, on ne nous empêchera pas de parler de dérive autoritaire dans un contexte d’extrême concentration des pouvoirs. D’autres plus indulgents ou amis avec lui,  affirment qu’en fait le président de la République ne fait qu’assouvir son désir de se mêler de la gestion du personnel, y compris dans des secteurs qui théoriquement  devraient être indépendants de la politique. Comme si les difficultés que rencontre en ce moment notre pays n’étaient pas suffisantes sans déclencher, inutilement et dérisoirement, des querelles franco-françaises. A moins que ces querelles ne cherchent précisément à masquer l’essentiel. Pourquoi pas, avec Nicolas Sarkozy on peut s’attendre à tout.

A propos de gestion du personnel, il paraît qu’il aurait dit un jour devant un parterre de patrons « qu’il se verrait bien directeur des ressources humaines ». Je ne suis pas sûr que ces patrons l’aient bien pris au sérieux car si tel était le cas, je souhaite bien du plaisir à celui qui l’embaucherait à ce poste. S’il y a bien un homme qui n’est pas fait pour cette fonction c’est bien Nicolas Sarkozy, et les exemples fourmillent dans ses fonctions de tous les jours pour montrer qu’il fait rarement les bons choix. Il y a surtout une chose qu’oublie le président de la République, c’est qu’une entreprise ne doit pas être gérée comme l’UMP. Sur ce plan, soyons honnêtes, il a quand même beaucoup à apprendre de Silvio Berlusconi. Et en plus, comme je l’ai rappelé il y a encore quelque jours, il n’a pas la baraka contrairement au président du Conseil italien.

Tout ce qu’il touche en ce moment est voué à l’échec, jusques et y compris dans les domaines les plus futiles. En disant cela je pense au fait qu’on lui a prêté un rôle décisif dans la décision de recruter…Lilian Thuram au Paris-Saint-Germain, dont il est paraît-il un fervent supporter. Et qu’arrive-t-il ? Et bien pour la première fois de sa carrière, on découvre chez l’ancien capitaine des Bleus une malformation cardiaque qui entraîne de facto l’annulation de ce transfert. Reconnaissons qu’après une succession sans précédent d’échecs diplomatiques, sans parler des multiples problèmes engendrés par des décisions prises seul et à l’emporte-pièce, tout cela donne de Nicolas Sarkozy l’image « d’un parfait looser » dont il savait si bien moquer les autres, il y a quelques mois encore.

Plus grave encore, faute sans doute d’une vision approfondie des dossiers, on ne compte plus les interventions intempestives du président de la République  sur des sujets aussi divers que la pêche, l’agriculture, la justice, l’enseignement  ou les relations sociales. Combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il été pris en flagrant délit d’ignorance d’une loi qu’il avait parfois lui-même faite voter à l’époque où il était ministre ? Combien de fois a-t-il déclenché l’ire de la Commission Européenne en demandant des dispositifs d’aide contraire à ceux qu’il avait approuvé peu de temps auparavant ?  

Cela dit les thuriféraires du pouvoir nous disent que cet interventionnisme débridé est la marque de sa volonté d’agir toujours et partout. "Il se trompe peut-être", nous disent-ils,  "mais c’est parce qu’il travaille". Désolé Messieurs, mais on a connu dans le passé des gens qui travaillaient beaucoup et qui connaissaient à fond leurs dossiers. Il est vrai qu’on ne les voyait pas partout à la fois. Les mêmes affirment aussi, sans rire,  que son obsession c’est d’avoir tous les meilleurs autour de lui. Là aussi, sans être cruel, on se contentera de rappeler les multiples dysfonctionnements d’un gouvernement qui, à en entendre certains, était considéré il y a moins d’un an comme une véritable « dream team », le mot ayant été employé çà et là. En tout cas, la dream team (la vraie) a obtenu des résultats sans aucune comparaison avec les multiples échecs d’une équipe ministérielle qui accumule gaffes et impairs.

Espérons simplement, sans trop y croire, que la télévision publique ne subira pas le sort qui l’attend avant que Nicolas Sarkozy ne quitte le pouvoir. Oh certes, ce dernier a promis qu’il n’y aura pas de privatisation dans l’ensemble qui compose France Télévision, mais qui peut accorder foi aux propos d’un homme qui n’a cessé de faire des promesses intenables avant son arrivée au pouvoir, et qui ne cesse de prendre des décisions dont il n’avait jamais parlé auparavant.

Espérons aussi que l’opposition dans son ensemble se comporte comme une vraie opposition, que les partis qui la composent ne passent pas leur  temps à se déchirer en vaines querelles de personnes, et ne se contentent  pas de laisser à l’opinion le monopole de la contestation, comme on a pu le voir encore ces jours-ci à propos du non remboursement des produits des médicaments pour maladies de longue durée.  En tout cas j’espère et je veux que l’on puisse compter sur le MoDem pour jouer ce rôle.

Michel Escatafal

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