21.05.2008
Un grand merci à la Banque Centrale Européenne
Au moment où les pêcheurs français manifestent en masse pour essayer de sauver ce qui peut l’être de leur profession, à la veille aussi d’une journée d’action syndicale qui va toucher la fonction publique, nous allons revenir sur la croissance dans la Zone euro et en France, et le rôle qu’a joué dans cette croissance la BCE. Oh certes, voir fleurir des banderoles brandies par les pêcheurs en traitant Nicolas Sarkozy de menteur, ou parler de l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites paraît, à première vue, plus proche de nos préoccupations que le pilotage de la politique monétaire. Et pourtant, si nous sommes dans une situation moins catastrophique que celle des Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, c’est bien parce que la Banque Centrale Européenne a su faire preuve de sagesse et de discernement avec sa politique monétaire.
En effet, au moment où les Etats-Unis sont en quasi récession avec 0,1% de croissance au premier trimestre, la Zone euro pour sa part a vu son PIB progresser de 0,7% pendant la même période. La France elle-même a révisé ses chiffres à la hausse puisque nous avons fait 0,6%, mais cette progression inattendue doit beaucoup à celle de l’Allemagne qui a atteint 1,5%. Cela fait beaucoup de chiffres, mais cela démontre surtout que malgré l’euro fort, malgré des taux d’intérêts largement supérieurs à ceux des Etats-Unis, la Zone Euro réussit de bien meilleures performances économiques que les Américains.
Cela pourrait s’apparenter à une revanche pour Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, que beaucoup en France et en Europe considèrent comme un monétariste froid ne regardant que les chiffres de l’inflation, même quand elle n’existe pas. Cela dit l’inflation étant le mal suprême en économie, Jean-Claude Trichet et la BCE ne faisaient qu’appliquer le principe de précaution dont on nous rebat les oreilles à tout propos. D’autre part comme il le dit si bien lui-même, « la stabilité des prix est une condition nécessaire à une croissance économique durable, à la création d’emplois et à la cohésion sociale ». Et dans la période actuelle c’est plus vrai que jamais.
Imaginons un instant ce qui se passerait aujourd’hui en France si nous n’étions pas en monnaie unique, avec Nicolas Sarkozy comme président de la République ? Et bien nous aurions déjà dévalué une ou deux fois depuis un an, nous aurions des taux d’intérêts élevés, et nos déficits exploseraient. Tout cela est vrai parce qu’on a déjà connu le phénomène à d’autres époques pas si lointaines. Seulement nous appartenons à la Zone euro, et la BCE est indépendante du pouvoir politique à l’instar de la Bundesbank, et de la Banque de France depuis 1993. Du coup nous sommes protégés de toute forme de démagogie politicienne, et des dérives que cela entraîne.
Ce n’est quand même pas pour rien si depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne a toujours été comme le modèle à suivre pour ses partenaires européens et occidentaux. A l’époque où l’inflation frisait les 20% aux Etats-Unis à la fin des années 70, l’Allemagne n’a jamais dépassé 10%. D’autre part après chaque choc pétrolier, le pays qui a toujours su le mieux tirer son épingle du jeu était l’Allemagne. Et c’est encore le cas actuellement, alors que le pétrole ne cesse de voir ses cours s’envoler. La bonne santé économique de l’Allemagne profite à toute la Zone euro, et en premier lieu à la France, même si les Allemands reconnaissent que les trois autres trimestres de 2008 ne seront pas au niveau du premier.
En tout cas, nous sauverons les meubles, et c’est heureux pour nos finances publiques. C’est heureux aussi pour l’emploi et le pouvoir d’achat des Français bien malmené en ce moment, ce qui est une surprise pour personne sauf pour ceux qui ont crû aux promesses de Nicolas Sarkozy. En tout cas notre président de la République, qui n’a jamais eu de vision prospective de l’économie et qui n’a cessé depuis son arrivée au pouvoir de vilipender la politique de la BCE, devrait aujourd’hui se féliciter de voir que Jean-Claude Trichet ait fait son métier de banquier central responsable, au contraire des gens de la Réserve Fédérale qui ont préféré oublier l’inflation pour sauver l’économie américaine de la récession. Il devrait aussi louer la manière avec laquelle la BCE a su limiter les conséquences de la crise des crédits hypothécaires américains. Mais n’est-ce pas trop demander à quelqu’un comme Nicolas Sarkozy ?
Cela étant, pour revenir à notre quotidien, avec l’affaiblissement continu du dollar (il a perdu 7,7% depuis le 1er janvier), les cours du pétrole ne sont pas prêts de diminuer. De plus notre pouvoir d’achat n’a pas fini de se dégrader d’autant que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les prix des objets importés restent déconnectés de la réalité du marché des changes, ce qui fait que ce sont d’abord les multinationales qui profitent de l’avantage de la parité euro/dollar, au détriment des consommateurs que nous sommes. Mais qui en aurait douté ?
Michel Escatafal
11:08 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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