19.05.2008

La France ne va pas bien et pourtant elle a beaucoup d’atouts

Ce titre reflète  l’opinion que l’étranger a de la France. Nous sommes en effet un peuple déconcertant, et c’est pour cela que l’on parle tellement de nous à l’extérieur de nos frontières, alors que de notre côté on s’en préoccupe fort peu. Il est vrai que par rapport aux pays qui nous entourent, la France est à coup sûr le pays qui a la plus riche histoire et celle-ci remonte très loin. En fait, notre pays est né de l’époque où un jeune roi germain (de 482 à 511) va apporter à la Gaule une nouvelle unité territoriale royale et chrétienne. Je veux parler bien évidemment de Clovis, qui appartenait à la tribu des Francs qui ont été les premiers envahisseurs de l’ancienne Gaule romaine.

Cette longue histoire nous a permis pendant très longtemps d’être le phare de l’Europe et du monde connu. Et même si nous avons perdu cette appellation, même s’il faut bien admettre que nous sommes devenus une puissance moyenne, il n’en reste pas moins que dans le cadre de l’Europe nous restons parmi les nations qui comptent le plus dans un monde qui a beaucoup changé, qui change et qui va changer énormément dans les deux ou trois décennies à venir. C’est d’ailleurs cela que le général de Gaulle revendiquait, dans son désir de vouloir une Europe telle qu’il la concevait. Pour lui il y avait la France, et autour d’elle une Europe allant de « l’Atlantique à l’Oural ».

La France a toujours été nostalgique de l’Empire carolingien, même si cet empire était au départ autant allemand que français. D’ailleurs sa capitale se situait à Aix la Chapelle, qui était aussi son centre administratif et religieux. L’empire de Charlemagne partait du Sud de la Catalogne jusqu’à l’actuel Danemark au Nord. A l’Est il allait jusque dans l’actuelle Bulgarie et au Sud il occupait la totalité de l’Italie sauf la Sicile. Charlemagne avait donc façonné, il y a 12 siècles, une Europe qui ressemble beaucoup à celle que nous connaissons de nos jours avec l’Union Européenne.

Manifestement le général de Gaulle connaissait l’histoire et en était très respectueux, ce qui n’étonnera personne. Il était même beaucoup plus européen que beaucoup ne l’imaginaient  parce que pour lui, « en tissant des liens de toutes sortes », il devait y avoir « une évolution qui finisse par aboutir à une confédération ». Et j’en profite pour dire à nouveau que nombre d’authentiques européens affirmaient que le texte soumis à référendum, le 29 mai 2005, jetait les bases d’une future confédération.  Seulement, comme très souvent  dans notre pays, les considérations politiciennes l’ont emporté sur le bon sens, à moins que ce ne soit tout simplement un manque de vision sur l’avenir.

Et pourtant, plus que jamais nous avons besoin d’Europe, mais l’Europe a aussi besoin de la France. Celle-ci, contrairement à la plupart des autres pays qui composent l’Union Européenne, a réussi à ce jour à garder un modèle économique et social qui la distingue de la plupart de ses voisins. Elle n’a jamais adopté le modèle ultra libéral des pays anglo-saxons, et est restée jusqu’à maintenant fidèle à une économie où l’Etat garde peu ou prou un certain contrôle. Certains attribuent à cette conception gaullienne de l’économie, le fait que la France se situe à un niveau à peine passable en termes de croissance et ce, malgré les atouts dont elle dispose. C’est une opinion très discutable.

D'ailleurs, ces atouts ne viennent-ils pas du fait que jusqu’à présent on a su garder une forme de solidarité qui protège ses habitants des grands risques de la vie. Oh certes, cette solidarité est de plus en plus écornée et elle nécessite certainement la mise en place d’un nouveau modèle, plus moderne et mieux adaptée aux défis de notre temps. C’était  un des principaux thèmes de campagne de François Bayrou pendant sa campagne présidentielle, et cela vaut encore plus pour les années à venir. Seulement voilà, la France a soi-disant voté pour le changement et celui-ci est en train de se mettre en place d’une manière très différente de celui pour lequel les Français avaient cru avoir voté.

Quand j’entends Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement affirmer que les Français lui ont donné pour mission de faire des réformes, je prétends que ce c’est faux parce que Nicolas Sarkozy ne leur a pas dit ce qu’il ferait une fois élu. Il s’est contenté de slogans et de phrases toutes faites, mais il n’a jamais dit par exemple qu’il s’attaquerait à la politique familiale en supprimant certains avantages pour les ménages, notamment en instituant la majoration unique des allocations familiales à 14 ans. Or cette politique avantageuse pour les ménages français a permis, en autres bienfaits, de conserver un dynamisme unique en Europe en termes de démographie, à l’intérieur d’une Europe vieillissante.

Notre modèle a aussi permis de maintenir dans notre société un semblant de cohésion sociale que beaucoup nous envient encore, même s’il est très décrié chez nous. Sur le plan économique, ce n’est pas pour rien que les Français ont été les auteurs de percées technologiques remarquables, par exemple dans les transports ou l’énergie. C’est aussi parce que l’Etat s’est beaucoup investi que nous enregistrons les succès que nous connaissons en matière de tourisme et dans l’agriculture, au moment où les prix des matières premières agricoles s’envolent durablement, faute d’avoir préparé l’avenir. Alors quand Nicolas Sarkozy et le gouvernement parlent de rupture avec ce modèle français, cela nous met en colère.

Raymond Barre a toujours prétendu que la voie des réformes dans notre pays devait passer prioritairement par la restauration des fonctions régaliennes de l’Etat à savoir l’armée, la police, la gendarmerie, la justice et l’enseignement, en leur accordant les moyens nécessaires et la considération dont leurs agents avaient besoin. Il ajoutait ensuite qu’il fallait engager une vigoureuse politique de décentralisation, en veillant à ce que la redistribution des pouvoirs et des ressources financières entre l’Etat, les régions, le département, se fasse dans le respect de leur diversité et de leurs problèmes spécifiques. Enfin il  terminait en disant qu’il fallait redéployer plus efficacement les fonctionnaires, ce que François Bayrou traduisait en disant qu’il fallait que l’Etat soit davantage présent là où c’était le plus nécessaire.

Aujourd’hui, c’est hélas tout le contraire que nous faisons en adoptant une politique ultra libérale qui a fait la preuve qu’elle était inopérante. Elle l’est d’ailleurs tellement que même aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne on commence à en revenir.  Dans ce dernier pays, que Nicolas Sarkozy nous donnait comme modèle il y a quelques semaines encore, je viens de découvrir que les effectifs de la fonction publique avaient progressé de 10% en dix ans, dans l’éducation, la santé et la police au point que le nombre de fonctionnaires (5,9 millions) se situe à un niveau quasi identique au notre pour une population quasiment équivalente.

Tout cela pour dire que le soi-disant volontarisme présidentiel n’est qu’un écran de fumée pour nous faire basculer dans un modèle de société qui a déjà fait son temps. Affirmer que pour rétablir nos finances publiques il faut diminuer drastiquement le nombre de fonctionnaires, notamment dans l’Education Nationale,  alors que la première décision de Nicolas Sarkozy et son gouvernement a été de voter le paquet fiscal qui va coûter dès cette année 9 milliards d’euros et 15 milliards à partir de 2009, est une supercherie. Cela dit avec Nicolas Sarkozy, nous savons hélas que tout est possible et que le pire est toujours une certitude.

Michel Escatafal

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