17.05.2008
Comment on devient président de la République
Aujourd’hui nous allons une nouvelle fois parler de Nicolas Sarkozy, une fois de plus, mais pour souligner ce qui pose problème chez lui, et nous en profiterons pour nous projeter sur l’avenir de notre mouvement. Nous n’évoquerons pas ses résultats économiques, ni les autres parce qu’il y aurait beaucoup à dire et nous avons déjà beaucoup écrit là-dessus. Quand on soutient une femme ou un homme politique, on ne sera jamais d’accord avec celui qui n’a pas voté pour la personne en question, et ne votera jamais pour elle. En revanche, ce qui est plus intéressant ce sont les motivations qui animent les électeurs au moment du vote.
Ici même, j’ai souvent parlé du peu de goût qu’ont les électeurs quand on leur parle d’économie. Le commerce extérieur, la réduction de la dette n’ont jamais été des sujets électoralement porteurs pour les Français. Ces milliards d‘euros que véhiculent ces sujets sont sans doute trop importants pour que cela puisse être un argument électoral. D’ailleurs si cela avait été le cas, jamais Valéry Giscard d’Estaing n’aurait été battu en 1981 et Raymond Barre aurait été élu président de la République en 1988. Non le ressort de ceux qui votent est bien différent : ils ont un besoin irrépressible de croire aux promesses et aux bonnes paroles qui leur sont délivrées.
Prenons le cas du premier président de la République élu au suffrage universel, Louis-Napoléon Bonaparte. Il savait certes que le nom qu’il portait pouvait l’aider, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui l’est davantage, c’est ce que sa mère (la reine Hortense), experte dans la méthode qu’il faut suivre pour tromper une nation, n’a cessé de lui inculquer : elle évoquait notamment «un art des princes consistant à faire miroiter des phrases de manière à ce que par un phénomène d’optique elles fassent voir aux peuples tout ce qui lui plaît ». Elle ajoutait ensuite : « Tous les moyens de régner sont bons. Aux yeux des hommes qui sont crédules, on est grand en n’avouant aucune faute et en rejetant, comme le faisait Napoléon, ses torts sur autrui ».
Des principes aussi immoraux permettent effectivement à un homme (ou une femme) politique ambitieux de poursuivre avec opiniâtreté la réalisation de ses espérances et cet individu, totalement indifférent au choix des moyens, ne regardera que le but offert à ses convoitises. Cela donnera des phrases de ce style : « Je resterai toujours fidèle aux devoirs que m’imposeront vos suffrages ». « Quand on a l’honneur d’être à la tête du peuple français, il y a un moyen infaillible de faire le bien : c’est de le vouloir ». « Soyons les hommes d’un pays, non les hommes d’un parti » etc.
Tout cela était signé Louis-Napoléon Bonaparte, mais ces quelques phrases ne diffèrent en rien de ce que promettait le candidat Sarkozy. Quant à ses actes, ils sont dans la lignée de ce que la reine Hortense enseignait à son fils. Il suffit de voir la manière qu’a le président de la République de livrer en pâture à l’opinion tous ceux qui s’opposent à sa politique ou qui refusent ses réformes. Cela va d’une certaine presse aux titulaires des régimes spéciaux, l’injustice la plus criante aux yeux du président et de son Premier ministre, ou aux enseignants qui n’acceptent pas de voir leurs effectifs réduits de 45000 personnes en trois ans. Il faut effectivement toujours rejeter ses torts sur autrui. D’ailleurs, hier, c’est tout juste si le président de la République n’a pas dit que les déficits de la France sont créés par Bruxelles.
Cela étant, même si les Français sont déçus, même s’ils sont convaincus qu’on leur a menti, qu’on a fait des promesses intenables, rien ne dit que Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu en 2012. Je ne le souhaite évidemment pas, mais il y a trop d’exemples prouvant que les électeurs ont la mémoire courte. Sans remonter cette fois jusqu’à Louis-Napoléon Bonaparte, car l’opinion avait pour excuse d’être peu ou pas informée, il suffit quand même de se rappeler que Jacques Chirac avait été deux fois Premier ministre, avec chaque fois un bilan peu convaincant, avant d’être élu deux fois président de la République. Nicolas Sarkozy lui-même n’avait rien d’un homme neuf l’année dernière, et pourtant il a réussi comme François Mitterrand en 1981 à incarner la nouveauté.
A l’étranger on n’est pas en reste. Tony Blair aux dernières élections britanniques, bien qu’impopulaire à cause de son engagement dans la guerre en Irak, a réussi à l’emporter pour la troisième fois. Idem pour Silvio Berlusconi en Italie et pourtant l’Italie n’a pas à se féliciter de son action passée. Enfin aux Etats-Unis, combien d’Américains ont dit très rapidement à propos de Georges Bush « plus que quatre ans », et il a été réélu malgré un bilan catastrophique à tout point de vue...qui n’a fait que s’aggraver. Pour autant qui pourrait affirmer avec certitude que Georges Bush, par l’intermédiaire de Mac Cain, ne fera pas un troisième mandat ?
C’est pour cela que nous, militants du Mouvement Démocrate, devons impérativement réfléchir sur ce que nous allons faire au cours des prochains mois. De grâce, ne passons pas trop de temps à nous occuper de l’organisation du parti, même si c'est important, car ce temps est précieux avec l’année prochaine les élections européennes. Faisons en sorte que nous présentions des candidats neufs, prêts à porter sans ambiguïté les couleurs du MoDem. Cela vaut aussi pour les élections régionales qui vont suivre. Il y en a assez de voir des gens proposés au suffrage des électeurs parce qu’ils ont fait une carrière à la télévision ou dans l’armée. Il faut que François Bayrou s’entoure de gens qui ont des convictions et qui sont prêts à le suivre dans sa conquête du pouvoir, même si elle devait s’avérer difficile et gageons qu’elle le sera, car nous ne savons pas faire dans la démagogie.
N’oublions pas que si François Bayrou avait été élu président de la République, il y aurait au gouvernement une grande partie des élus qui l’ont quitté dès le soir du second tour de l’élection présidentielle. Et il est probable que parmi ceux qui se sont dévoués pour porter les couleurs du MoDem aux élections législatives de juin 2007, bien peu aurait eu l’investiture du parti. Alors que François Bayrou et son bureau politique réfléchisse bien à cette question des investitures, sous peine d’ajouter un peu plus à la confusion des électeurs qui ont voté pour lui. S’ils lui ont apporté leurs suffrages c’est pour faire de la politique autrement, et non pour mettre ou remettre en place des politiciens qui, comme le disait le général de Gaulle, devraient être au rencart.
Michel Escatafal
11:32 Publié dans histoire politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débtas de société



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