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16.05.2008

Chassez le naturel, il revient au galop...

898758810.jpgNotre président de la République est de nouveau en campagne, et cela va sans doute durer encore quatre ans. Hier, en pleine journée de mouvements sociaux, nous avons eu droit à plusieurs annonces du pouvoir ou, dit autrement, à quelques « coups de menton ». Deux de ces annonces sont à retenir : la croissance en France aurait été meilleure que prévu en 2007 et au premier trimestre 2008. Ensuite on va légiférer sur le service minimum d’accueil. Dans les deux cas, le but est de montrer au bon peuple qu’on est bien gouverné,  et que l’on s’occupe de lui face aux tracasseries imposées par des enseignants qui ne cessent de faire grève. Voilà en gros ce que l’on a entendu hier sur toutes les ondes.

Bien entendu personne n’est dupe, mais après tout Nicolas Sarkozy se dit que malgré ses échecs comme ministre de l’Intérieur  en matière de sécurité, il a quand même été élu président de la République. Alors pourquoi ce qui a marché par le passé, ne remarcherait-il pas aujourd’hui…et demain. Effectivement, vu sous cet angle tout est possible. Cependant, par rapport à un passé récent, les Français ont été sérieusement déçus sur quelques sujets ô combien sensibles pour eux, et parmi eux  le pouvoir d’achat. De plus, ils savent bien que les effets de manche et les incantations ne vont pas leur permettre de gagner plus, y compris en travaillant plus. Or, à quelques semaines des vacances, le porte-monnaie reste désespérément vide pour nombre d’entre eux.

Revenons donc à la croissance française pour souligner d’abord que malgré la crise financière, la croissance dans la Zone euro s’est jusqu’à maintenant à peu près maintenue. Pour parler comme les économistes, la Zone euro a fait preuve d’une bonne résistance face au ralentissement mondial avec une augmentation du PIB de 0,7%. A ce propos, malgré les cocoricos de Madame Lagarde et François Fillon, il faut noter que la France (+0,6%) fait moins bien que la moyenne de la Zone euro. Elle fait surtout beaucoup moins bien que l’Allemagne qui a enregistré une progression de 1,5%, ce qui doit quand même nous réjouir puisque l’Allemagne, pilier économique de la Zone euro, est notre principal client.

Cette embellie va-t-elle durer ? A priori non, car les nuages s’amoncellent un peu partout, y compris dans des pays qui faisaient beaucoup mieux que nous jusque là, par exemple l’Espagne qui chute à son plus faible niveau depuis 15 ans (+0,3% au premier trimestre 2008). Angela Merkel, elle-même, reste très prudente et son réalisme tranche avec la jubilation des responsables politiques français. En faisant preuve de prudence, notamment parce que les entrées de commandes en Allemagne en provenance de pays comme l’Espagne ou l’Italie sont en baisse, Angela Merkel ne fait que suivre l’opinion de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, qui affirme que le deuxième trimestre s’annonce « moins flatteur ».

Ce qui est rassurant en revanche, c’est que cette forte croissance en Allemagne a été portée à la fois par les investissements et la consommation des ménages. Cela a été un peu moins le cas en France, mais le taux d’investissement s’est quand même accru significativement. Cette augmentation du taux d’investissement était déjà perceptible en 2007. En revanche, si nos exportations ont bénéficié de la bonne conjoncture allemande, un ralentissement des exportations allemandes donc de la croissance outre-Rhin pourrait nous pénaliser fortement. C’est pour cela que les cocoricos bruyants de François Fillon et Christine Lagarde doivent être relativisés.

En évoquant l’année 2007, Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement se sont bien gardés de préciser ce que tous les économistes s’accordent à dire à savoir que, contrairement à ce qu’affirmait François Fillon hier, les mesures prises dans le cadre de la loi TEPA (paquet fiscal) n’étaient  pour rien dans le redressement des chiffres de la croissance. En effet, c’est surtout une révision des chiffres du premier semestre qui a permis ce supplément de 0,2%, ce qui voudrait dire (quelle horreur !) que le mérite en reviendrait au gouvernement de Dominique de Villepin. Evidemment, il n’était pas question de souligner  cela pour Nicolas Sarkozy, qui voit rouge chaque fois que l’on évoque le nom de l’ancien Premier ministre.

L’autre annonce tonitruante du président de la République concerne ce qu’il faut bien appeler une limitation du droit de grève dans notre pays, en prenant l’initiative de déposer un projet de loi inscrivant le droit à l’accueil des enfants dans les écoles, les jours de grève. Cette limitation, tout le monde l’a bien compris, est d’abord destinée à l’opinion pour que celle-ci prenne en grippe les enseignants. Cela étant, cette même opinion devrait réaliser que les enseignants ne font que se défendre en manifestant leur désaccord sur la suppression de plus de 10.000 postes à la prochaine rentrée. L’enseignement dans notre pays doit être plus que jamais une priorité, et ce n’est pas en supprimant chaque année des milliers de postes que l’on arrivera à donner leur chance à ceux qui souffrent le plus d’un parcours éducatif les menant à l’échec scolaire.

De plus, a-t-on tellement besoin d’imposer une loi (une de plus!) pour deux ou trois mouvements de grève annuels. A entendre Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos, les enseignants passent leur temps dans la rue à manifester. C’est très réducteur, et disons-le mot scandaleux, de proférer de telles affirmations. Les enseignants enseignent et font leur travail du mieux qu’ils le peuvent, et il n’est pas normal de leur faire supporter les mauvais choix qui sont faits pour l’école depuis des années. L’école de la réussite ou l’investissement pour l’avenir, comme dit François Bayrou, mérite quand même mieux que toute cette agitation stérile venant d’un président de la République, dont le seul but est de remonter dans les sondages d’opinion.

Michel Escatafal

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