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12.05.2008
Ah les réformes...!
Cette semaine devrait être une semaine sociale agitée avec plusieurs grèves touchant la fonction publique et notamment l’enseignement. Cela va nous valoir d’entendre parler pour la énième fois du mot « réforme ». Nos gouvernants, au pouvoir depuis un an, n’ont que ce mot à la bouche en essayant de nous convaincre ou de se convaincre que les Français souhaitent « que l’on continue les réformes ». Ils ont même été jusqu’à dire que la défaite aux élections municipales était due au fait que « les réformes n’allaient pas assez vite ».
Nous n’allons pas revenir sur ces élections qui sont déjà rangées au rang des oubliettes pour le gouvernement, mais plutôt voir ce que signifient réellement les mots réforme et réformer. Réformer, cela veut dire changer, corriger, innover, modifier ou transformer. Avec des réformes, effectivement, on peut transformer la société. Et si celle-ci doit être transformée, cela doit se faire au bénéfice de tous, et non à celui de quelques uns. C’est ce qu’on a essayé de faire entre 1976 et 1981, mais aussi entre 1981 et 1983. On ne s’y est peut-être pas toujours pris comme il eut fallu qu’on le fît, notamment entre 1981 et 1983, mais on a essayé de faire bouger les choses pour que ceux qui travaillent bénéficient en partie des fruits de leur travail.
Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Tout est fait pour que cette transformation de la société se fasse au profit exclusif de quelques uns, comme en Angleterre ou aux Etats-Unis, au point même que des grands capitalistes comme Claude Bébéar s’inquiètent de voir la recherche de profits sans rapport avec la réalité économique, « tuer le capitalisme ». La formule est exagérée et Claude Bébéar le sait bien, car le capitalisme est encore loin de sa mort, mais si un grand patron manifeste cette inquiétude c’est qu’au fond de lui-même il sent bien que les excès du capitalisme sont ses pires ennemis. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui commencent à se poser des questions sur les énormes profits réalisés par de nombreuses firmes multinationales, avec les non moins énormes salaires de leurs dirigeants et ce d’autant plus, que la rigueur salariale est le maître mot de ces dirigeants.
Comment en effet est-il possible pour ces derniers de s’attribuer une rémunération de 7, 8 ou 10 millions d’euros par an, alors que le salarié moyen va toucher entre 15 et 20000 euros. Et encore avec 20000 euros annuels, beaucoup diront que cette personne est bien payée. Il y a peu encore, entre le salaire d’un PDG d’une grande entreprise et le salaire d’un secrétaire-comptable il y avait un rapport allant de 1 à 20, et c’était loin d’être le cas dans toutes les grandes sociétés, car c’était souvent moins. De nos jours, ce rapport est passé de 1 à 500 voire même plus ce qui est tout simplement scandaleux, pour ne pas dire honteux pour ceux qui en bénéficient. Cependant, ce sont ces gens-là qui bénéficient plus que tous autres des réformes mises en œuvre par Nicolas Sarkozy et ses amis.
Cela étant, comment pourrait-il en être autrement avec un président de la République qui admire et envie les riches, ne pense qu’à travers l’argent ? La soirée du Fouquet’s, l’escapade à Malte sur le yacht de Vincent Bolloré, ont été les exemples emblématiques de cette frénésie de vivre et de paraître riche. Certains à sa place pourraient avoir ce type de sentiments, mais refuseraient de le montrer comme le font souvent les vrais riches, c’est-à-dire ceux qui ont toujours vécu de cette manière. Nicolas Sarkozy au contraire, n’ayant jamais gagné beaucoup d’argent par lui-même, assume ce désir d’accumulation échevelée de numéraires. Ainsi il pourra se payer les plus belles voitures, les plus belles montres… C’est quand même une première dans l’histoire de notre République !
Cela dit, revenons à mon propos initial sur les mots réforme ou réformer. Nous avons vu que réformer c’est transformer, mais c’est aussi corriger. Hélas, cette correction se fait toujours dans le même sens. Là se situe le problème quand on ne fait pas partie des quelques privilégiés qui bénéficient par exemple du bouclier fiscal, ce qui va leur permettre de payer moins d’impôt sur la fortune. L’ennui c’est que ceux-là sont une infime minorité de la population, alors que tous les autres vont au contraire payer davantage… pour des prestations inférieures. Si seulement il fallait donner plus pour avoir plus, ce serait un moindre mal. Non, c’est donner plus pour avoir toujours moins, alors que les milliers de privilégiés dont je parlais donnent moins pour avoir beaucoup plus. Les réformes en cours, je le répète, c’est cela et rien d’autre.
Comment s’étonner dans ces conditions que ce que l’on appelait autrefois la classe moyenne se réduise chaque année, chaque mois, un peu plus. Cette classe sociale était jusqu’au début des années 90 une force de cohésion pour le pays. Elle n’était pas riche au vrai sens du terme, mais elle vivait convenablement et elle pouvait aider ses enfants à s’élever dans la société en leur permettant de faire de longues études. Elle pouvait compter aussi sur le soutien de l’Etat pour l’aider. Les organismes sociaux et les fonds qui leur étaient attribués participaient de cet effort. Bref, la société toute entière était mobilisée et l’ascenseur social fonctionnait tant bien que mal.
De nos jours ce n’est plus le cas. Toutes les soi-disant réformes de Nicolas Sarkozy vont dans le sens d’une solidarité réduite à néant. Si on veut se soigner, il faut payer davantage. Si on veut voir ses enfants faire des études, il faut se débrouiller pour trouver les ressources nécessaires avec pour solution faire un prêt auprès d’une banque pour financer ces études, à condition toutefois que la banque accorde le prêt. Tout cela débouchant sur un emploi, vers l’âge de 25 ans, le plus souvent sous-payé et sans grandes perspectives de promotion. Enfin plus que tout, il y a la précarité institutionnalisée pour le plus grand plaisir du patronat. Le gouvernement veut libérer l’emploi, mais au seul profit des entreprises, et non pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés. On s’en serait douté !
L’emploi libéré c’est aussi pour un employé, un technicien, un ingénieur l’obligation d’être souple, d’accepter de faire des heures supplémentaires si, et seulement si, l’entreprise l’estime nécessaire, d’être sans cesse dans l’obligation de se remettre en question pour…voir souvent cette même entreprise délocaliser ou restructurer ses activités. Bien évidemment en disant cela je mets à part les petites PME, dont les dirigeants sont souvent les premières victimes de cette transformation de la société. Eux se battent pour maintenir l’emploi dans leur village ou leur petite ville mais eux, personne ne les écoute parce qu’ils n’ont ni puissance, ni richesse.
Il n’y a pas si longtemps, un peu plus d’une vingtaine d’années, la majorité des Français ne se faisait aucun souci pour son avenir professionnel, ni même pour l’avenir de ses enfants. Aujourd’hui, tout le monde (ou presque) s’inquiète car tout ce qui était garanti ou acquis plus ou moins formellement est en train de se réduire à néant, au nom de la modernité et du réalisme économique. Les caisses de l’Etat sont vides disent en cœur nos gouvernants, mais qui les a vidées ? Et pourtant depuis quelques années, l’Etat n’a jamais été aussi peu présent là où le besoin s’en fait sentir, et en plus cette tendance va s’accentuer avec les réformes.
Ah réformer ! Quelle hypocrisie pour faire avaler aux Français la lente décomposition de leur modèle social avec les effets pervers que cela engendre pour les chômeurs, les retraités, les salariés, les malades etc. Espérons que les Français comprendront, le moment venu, vers quels abîmes les conduit cette politique ô combien inégalitaire. Espérons aussi qu’ils réaliseront que le Mouvement Démocrate est sans aucun doute la seule formation politique capable avec son projet d’allier croissance et solidarité.
Michel Escatafal
11:08 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, débats de société, bayrou, mouvement démocrate


