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04.05.2008

La politique du pire...

Si l’on en croit les journaux français et européens, la droite dure et  décomplexée est en train de faire une razzia électorale en Europe. Et il est vrai que depuis un an, cette droite gagne pratiquement toutes les élections, à la notable exception de l’Espagne. L’Italie vient de renvoyer Silvio Berlusconi au pouvoir moins de deux ans après la victoire du centre gauche de Romani Prodi, et  même s’il s’agit d’élections locales, la Grande-Bretagne vient d’adresser au Parti Travailliste un avertissement dont il aura beaucoup de mal à se remettre, et qui laisse présager une alternance en 2009 ou 2010.

 Mais pourquoi la gauche social-démocrate est-elle dans l’incapacité de remporter des élections majeures  un peu partout en Europe, et peut-être même ailleurs? En disant cela je pense aussi aux Etats-Unis, car à force de se déchirer et faire des concessions par rapport à leur projet initial, les deux candidats démocrates sont en train de faire le lit du successeur de Georges Bush, même si son parti est complètement déconsidéré. Le sénateur Mac Cain, n’en doutons pas, a en réserve quelques phrases toutes faites rappelant le 11 septembre 2001 ou le risque terroriste pour les Etats-Unis. Il n’y a pas beaucoup d’idéologie là-dedans, mais  électoralement c’est payant.

Pour sa part la gauche européenne, première victime de toutes ces défaites électorales, ne fait guère d’efforts pour inverser la tendance à l’instar de ce qui se passe en France. Et de fait, à chaque élection nationale dans notre pays, on est surpris par le vide idéologique qui entoure les propositions du Parti Socialiste. Ce dernier  demeure en effet perpétuellement tiraillé entre son désir de paraître moderne, tout en essayant de conserver une identité presque révolutionnaire, au moins pour certains de ses membres.  Et ce grand écart impossible à réaliser finit toujours par effrayer les électeurs indécis, ceux qui font la décision.

Reconnaissons qu’il  faut  être extrêmement motivé pour donner son vote à des gens qui, sous prétexte de pragmatisme, se rallient  corps et âme au libéralisme ambiant quand ils sont au pouvoir, ce qui ne les empêche pas dans leurs discours de prôner une alliance avec des partis révolutionnaires parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas se passer de leurs voix. Tout cela donne des discours à la mode Ségolène Royal, Fabius, Strauss-Kahn , Tony Blair ou Gordon Brown. Et tout cela donne à l’arrivée de grandes défaites électorales  comme en Italie ou en Grande-Bretagne.

La précarité du travail érigé en dogme ou presque, le dumping social, le démantèlement des services publics, tout cela est totalement incompatible avec les discours dits de gauche des représentants  sociaux-démocrates. Chacun sait bien que le gouvernement de Lionel Jospin a plus privatisé que la plupart des gouvernements de droite. Chacun sait bien qu’à part François Bayrou, personne ne s’est  réellement mobilisé pour empêcher la privatisation de GDF ou des autoroutes. Il est vrai qu’à ce moment-là le Parti Socialiste était occupé à désigner son candidat aux présidentielles. On a vu le résultat !

Le résultat en effet est que la gauche socialiste ou disons les forces sociales laissent le champ libre à la droite populiste, dont le seul programme est de satisfaire les desiderata du patronat, ce qu’elle ne dit pas, et de lutter contre l’immigration, ce qu’elle annonce fièrement et bruyamment. C’est ce qui s’est passé en Italie il y a quelques jours, et en France l’année passée. Pour peu que cette droite ait à sa tête des Sarkozy ou des Berlusconi, capables de dire tout et le contraire, le succès est assuré.

Oh certes à peine la victoire remportée, et dès l’annonce des premières mesures, la déception resurgit très vite surtout si l’on entre dans une période de turbulence économique. Cela étant le mal est fait,  et les électeurs en ont pour quatre ou cinq ans à méditer sur les conséquences de leur vote. Cela dit à la fin de la législature et malgré les échecs, il arrive assez souvent que la majorité soit reconduite… parce qu’il n’y a personne en face pour  marquer sa différence, et notamment  vouloir un Etat capable de mener  sa propre politique sans être l’otage de quiconque,  ou un Etat se préoccupant  d’abord de ceux qui sont les premières victimes de la jungle néolibérale dans laquelle nous vivons.

La droite française, italienne, anglaise ou autre, est évidemment bien incapable d’appliquer un tel programme. La gauche ne l’est pas davantage parce qu’elle se trouve, plus que jamais, dans l’incapacité de s’offrir une réflexion sincère et véritable sur l’évolution de la société au cours des dernières décennies. Cette gauche là s’est ralliée, qu’elle le veuille ou non, au processus de libéralisation des marchés sans contrepartie. Elle en est même arrivée  à essayer de concurrencer la droite sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Le problème pour elle est que les gens préfèrent l’original à la copie.

Raison de plus, et là je m’adresse aux dirigeants et adhérents du MoDem, de ne pas se tromper de combat si l’on veut pouvoir un jour appliquer le programme présidentiel de François Bayrou. Ce programme était le seul susceptible d’éviter la politique du pire proposée par Nicolas Sarkozy. Il reste plus que jamais d’actualité, et je pense aussi qu’il est le seul susceptible de nous sauver du naufrage qui frappe notre pays. Enfin, il doit représenter l’espoir pour les classes populaires abandonnées par la gauche et récupérées par les forces de droite et d’extrême-droite.

Alors chers amis du MoDem, cessez de vous déchirer pour savoir qui soutient le mieux François Bayrou, cessez aussi d’avoir pour référence un passé aujourd’hui dépassé. Au contraire essayons d’avoir l’œil rivé sur l’avenir pour que les électeurs nous fassent enfin confiance. Après tout, le modèle de société que nous proposons est le seul adapté aux défis du temps présent parce qu’il est au service de l’homme et de la planète.

Michel Escatafal