« 2008-04 | Page d'accueil
| 2008-05 »
01.05.2008
A propos du 1er mai...
Le 1er mai est un jour riche en symboles pour ce que certains appelaient autrefois la classe ouvrière. Les travailleurs, pour parler comme Arlette Laguiller, vont défiler pour quelques uns d’entre eux derrière la bannière de leur syndicat. Cela dit ces défilés, qui rassembleront tout au plus quelques centaines ou quelques milliers de personnes dans plusieurs grandes villes, n’impressionneront ni le patronat, ni le gouvernement. Il y a longtemps que les syndicats ne pèsent plus ni sur la vie politique, ni sur la vie économique et sociale du pays. La CGT elle-même, malgré les rodomontades de son secrétaire général, est devenue presque autant un partenaire du MEDEF et du pouvoir qu’une organisation contestataire, et ce d’autant plus qu’elle a depuis bientôt dix ans à sa tête un homme qui, comme ses prédécesseurs, veut durer à son poste de secrétaire général. La place doit être bonne, et peu importe que les militants soient contents ou pas !
Au fond Bernard Thibault est le parfait allié objectif de Nicolas Sarkozy qui, en retour, ne manque jamais de lui témoigner son affection. Bernard Thibault avale certes des couleuvres et même des anacondas, mais il garde son poste et peut afficher le fait de parler d’égal à égal (ou presque) avec un président de la République…appliquant point par point le programme du MEDEF. Pauvres travailleurs que nous sommes ! Avec des syndicalistes de cet acabit, nous pouvons travailler ou en être retraité en paix. Le pire est que la compétition entre syndicalistes se limite aux faveurs que le pouvoir accorde à chacun et, bien entendu, le pouvoir est très gentil surtout avec les syndicalistes représentant les organisations les plus nombreuses.
Et pourtant, plus que jamais les syndicats auraient besoin d’être unis et offensifs face à un patronat qui reste ce qu’il est, et à un pouvoir où les hommes de droite, bien à droite, sont très nombreux (la droite dite décomplexée). Ils en auraient d’autant plus besoin, que les résultats sont là pour montrer que le poids des organisations syndicales françaises est dérisoire en termes de négociations, qu’il s’agisse de retraite, de droit du travail ou de salaires. Les syndicats allemands sont autrement plus efficaces en termes de rémunérations, mais ils n’ont pas Bernard Thibault ou François Chérèque pour les défendre. Quand ils ont décidé de se battre, il n’y en a pas un pour trahir les autres afin de se voir attribuer le qualificatif de « syndicaliste responsable ». Voir ce qu’a fait Bernard Thibault, pour ne citer que lui, dans la négociation sur les « régimes spéciaux ».
De plus, les travailleurs français ont d’autant moins de chance de se faire entendre qu’ils ne peuvent même plus compter sur l’extrême-gauche révolutionnaire. Le Parti Communiste a vécu, Lutte Ouvrière aussi, et l’organisation qui était censée avoir repris le flambeau de la révolution, la Ligue Communiste Révolutionnaire, s’est trouvée pour porte-parole et figure emblématique un homme qui n’a de cesse d’investir les médias, y compris les plus people. Olivier Besancenot, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en train de devenir le gendre idéal, et c’est pour cela qu’on va le retrouver dans l’émission de Michel Drucker dimanche prochain. Tout le monde connaissant les idées ultra gauchistes de Michel Drucker, il y a nombre de camarades qui vont s’étrangler ou faire des cauchemars. Pauvres travailleurs !
En tout cas, si le personnel politique français de la droite à la gauche et même à l’extrême gauche se « druckérise », les députés travaillistes en Angleterre se rebellent au point de mettre Gordon Brown, le Premier ministre issu de leurs rangs, en grande difficulté. C’est une réforme fiscale pourtant débattue il y a plusieurs mois dans l’indifférence générale qui a mis le feu aux poudres. Cette modification fiscale affectait il est vrai les bas salaires, et par les temps qui courent ce n’est pas très bienvenu y compris en Grande-Bretagne. La fronde des députés travaillistes a été telle, que Gordon Brown a été obligé d’accorder une compensation partielle aux 5 millions de ménages touchés par la réforme. Les Britanniques n’ont pas Bernard Thibault, ni Besancenot, mais ils ont des députés qui n’ont pas peur de brandir la menace de mettre en minorité le gouvernement qu’ils soutiennent.
Les députés travaillistes ne sont pas les seuls à être mécontents en Grande-Bretagne. A force d’injecter des doses toujours plus importantes de libéralisme, le peuple n’en peut plus. On diminue les pensions de retraite pour obliger les séniors à travailler plus longtemps…à moindre coût. On n’accorde pas d’augmentations de salaires ou si peu face à une augmentation constante du coût de la vie et ce, au moment où la City panse ses plaies après une crise financière qui a enrichi encore un peu plus les plus riches, au détriment des plus pauvres. Du coup les enseignants, les policiers, les gardiens de prison manifestent bruyamment leur mécontentement, y compris par la grève, sans oublier l'action des employés de la plus grosse raffinerie écossaise qui a provoqué la fermeture du pipeline appartenant à BP, celui-ci assurant 30% des besoins en pétrole de la Grande-Bretagne.
Bref la Grande Bretagne, pays modèle pour Nicolas Sarkozy, va mal tant sur le plan social qu’économique et Gordon Brown pourrait en supporter les conséquences électorales dès jeudi lors des élections locales. Même l’emblématique maire de Londres, Ken Livingstone est menacé à Londres ce qui était impensable il y a seulement quelques mois. Cela étant en Grande-Bretagne, comme dans beaucoup d’autres pays, ce n’est pas une alternance qui va réellement changer les choses, la victoire probable du Parti Conservateur aux prochaines élections nationales ne pouvant qu’aggraver la situation. En outre, les Britanniques n’ont même pas la possibilité d’avoir recours à une troisième force pour changer la vie, comme j’espère que nous l’avons en France.
Michel escatafal
10:10 Publié dans général | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société


