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27.04.2008
On ne peut pas les comparer...
Mis à part la presse anglaise qui fait nettement la différence, la plupart des médias européens ont à mon avis la fâcheuse habitude de comparer Valéry Giscard d’Estaing à Nicolas Sarkozy. C’est outrancier car ils sont quand même très différents. Certes, quand il est devenu président de la République, VGE a largement utilisé les médias à son avantage, créant même plusieurs chaînes de télévision concurrentes à la place de l’ORTF (TF1 et Antenne2 notamment), mais il leur a laissé plus d’autonomie qu’elles n’en avaient jamais eu jusque là. On se rappelle à ce propos la formule de Georges Pompidou, « l’ORTF c’est la voix de la France !». Aujourd’hui les quelques journalistes qui restent de cette époque doivent se dire que cette autonomie a en grande partie disparu, comme en témoigne la dernière intervention télévisée de Nicolas Sarkozy cette semaine.
Certes aussi Valéry Giscard d’Estaing, à l’époque très jeune président de la République, affichait constamment son besoin de plaire, et semblait avoir atteint avec cette accession à la magistrature suprême à une forme d’extase. Il avait également, dans ce contexte, le désir de vouloir faire toutes « les réformations » possibles, comme on disait à l’époque de Louis XIV, pour laisser une trace indélébile dans l’histoire. De fait, rien qu’avec la loi sur l’IVG de Simone Veil, tout le monde lui accorde le label de réformateur. De plus, après deux années très difficiles avec Jacques Chirac comme Premier ministre, notamment sur le plan économique, il aura le génie et le mérite de confier les rênes du gouvernement à Raymond Barre qui fut celui qui transforma le plus et le mieux la société française au cours des 50 dernières années.
Nicolas Sarkozy, lui aussi élu jeune à la présidence de la République, a commencé son quinquennat sur les mêmes bases que VGE. Les médias étaient quasiment tous avec lui et derrière lui et, après 12 ans de présidence Chirac, le peuple avait l’irrépressible envie de voir bouger la société française. Alors, après une campagne menée tambour battant où le candidat Sarkozy promettait tout pour tous, l’attente était considérable. Elle l’était d’autant plus que des promesses avaient été faites sur des sujets très sensibles, par exemple le pouvoir d’achat. Le nouveau président avait aussi promis la rupture partout, au point que beaucoup s’imaginaient que le fonctionnement de l’Etat et de notre société allaient en être changé profondément.
Le problème c’est que Nicolas Sarkozy avait mal évalué la situation, celle-ci étant de surcroît très mouvante dès l’été 2007. Comme à l’époque de l’arrivée au pouvoir de VGE, les difficultés économiques à l’échelle planétaire se faisaient sentir avec de plus en plus d’insistance. Le prix du pétrole augmentait dans des proportions inquiétantes, la crise des crédits hypothécaires américains commençait à exercer ses ravages, et le dollar s’affaiblissait face aux principales monnaies. Malgré tous ces avertissements, le président de la République faisant fi de la contrainte extérieure décidait de mettre en place immédiatement le paquet fiscal. Funeste erreur qui n’est pas sans nous rappeler celle que le couple Giscard-Chirac avait faite en 1974 en faisant une relance par le déficit. Les plus anciens se souviennent des résultats désastreux de cette politique.
Mais la comparaison s’arrête là entre les deux hommes, ce qui explique que le rejet de VGE ait été moins brutal que celui de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Tout d’abord même si VGE s’est autorisé quelques mises en scène démagogiques, comme s’inviter à diner chez des Français lambda, il n’a jamais exposé sa vie privée comme l’a fait l’actuel président. De plus Anne-Aymone Giscard d’Estaing, son épouse, est une grande dame et jugée comme telle par tout le monde. Ensuite VGE savait s’entourer et savait déléguer si le besoin s’en faisait sentir, comme il l’a démontré dans son mode de fonctionnement avec Raymond Barre. Hélas pour lui, Nicolas Sarkozy n’a pas de Raymond Barre dans son entourage et même s’il en avait un, nul doute qu’il ne le nommerait pas Premier ministre. Enfin, Valéry Giscard d’Estaing avait su, avec Raymond Barre, se construire une majorité sur mesure malgré l’opposition de Chirac et du RPR à partir de 1976.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy semble beaucoup plus que Giscard entre 1976 et 1981, à l’abri d’une fronde parlementaire, ne serait-ce que parce qu’il était le président de l’UMP, mais ce n’est qu’une apparence. En effet, s’il a réussi à s’emparer aussi facilement du parti gouvernemental au détriment de Chirac, c’est parce que ce parti n’est pas d’une fidélité exemplaire. C’est aussi parce que ce parti est très à droite, pour beaucoup de députés à la lisière du Front National. C’est grâce à eux qu’il a réduit presque à néant l’influence électorale de l’extrême-droite, et récupéré des voix des déçus de la gauche qui avait fini par voter Le Pen. Cependant cet électorat n’est pas une « assurance tout risque » pour le président de la République, comme il a pu le constater aux élections municipales. Il l’est d’autant moins que ces gens sont loin d’être des nantis.
Or jusqu’à présent, et contrairement à Valéry Giscard D’Estaing pendant son septennat, Nicolas Sarkozy n’a gouverné (et réformé comme il le dit sans arrêt) qu’au profit exclusif des couches les plus favorisées de la population, au point que ce sont toujours les plus démunis qui font les frais de chaque réforme. Qu’arrivera-t-il le jour où il devra faire des choix de justice sociale parce que la situation l’exigera ? Et bien, ce qui est arrivé à Jacques Chirac quand il a voulu imposer certaines réformes jugées nécessaires : les parlementaires et élus UMP le quitteront pour se jeter dans les bras de quelqu’un d’autre, pourquoi pas un Juppé ou un de Villepin surtout s’ils retrouvent la popularité qui sied si bien à ceux qui ont quitté le pouvoir depuis un certain temps. En politique, tant qu’on est vivant, on ne meurt jamais, et ce que je dis là n’est pas une lapalissade.
Voilà pourquoi, en tant qu’adhérent et militant du Mouvement démocrate, je garde l’espoir pour l’avenir. Si dans notre mouvement nous savons clarifier les choses, si nous restons nous-mêmes sur une ligne à la fois réaliste et réformatrice, si nous dépassons les inévitables querelles de personnes, si François Bayrou fait confiance à ceux qui sont prêts à se battre pour lui, et non à ceux qui espèrent obtenir les faveurs d’un mandat électif, alors notre discours deviendra très rapidement audible. Après tout le programme présidentiel de notre leader est plus que jamais d’actualité, avec comme priorité le rétablissement des équilibres budgétaires et la diminution de la dette, mais aussi l’aide aux PME créatrices d’emplois, des mesures pour l’école afin de vaincre l’échec scolaire, assurer une protection efficace contre les grands risques et les aléas de la vie, et prendre en compte les impératifs écologiques. Tout le contraire de ce que propose Nicolas Sarkozy.
Michel Escatafal
10:40 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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