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25.04.2008

Il a parlé, mais pour dire quoi?

1114332789.jpgAprès un tintamarre sans précédent au cours des derniers jours afin que les téléspectateurs regardent l’émission consacrée à Nicolas Sarkozy, ce dernier a parlé. Il a même parlé plus que prévu puisqu’il a dépassé l’horaire initial. Mais qu’a-t-il dit ? Rien que nous ne sachions déjà. Il a fait un nouveau catalogue de promesses, il a fait un semblant d’autocritique, et il a redit qu’avant lui ses prédécesseurs n’avaient rien fait ou presque. Il a continué à utiliser le JE, pour bien montrer qu'il était le patron, après avoir fait preuve de faiblesse au moment des couacs gouvernementaux. Enfin il a, comme à son habitude, posé à la fois les questions et les réponses chaque fois qu’il était un peu en difficulté. Voilà le résumé de l’émission tel que l’a ressenti un Français lambda.

A ce propos, je ne suis pas sûr que tous les téléspectateurs soient allés au bout de cette interminable interview, dont on nous disait encore une fois qu’elle renouvelait le genre parce qu’ils étaient cinq à interroger le président de la République. En fait elle ne renouvelait pas grand-chose, sauf à dire que jamais on était allé aussi loin dans le culte de la personnalité, y compris à l’époque de l’ORTF. Jamais en effet, un président n’avait mobilisé à la fois les deux plus grandes chaînes de télévision pour… autocélébrer l’anniversaire de son arrivée au pouvoir. Cela aurait pu se comprendre si la situation internationale l’exigeait, mais là…

Je ne vais bien sûr pas faire l’inventaire, ni le résumé, de ce qu’a dit Nicolas Sarkozy car les radios, télés et journaux s’en chargent allègrement. Simplement, je veux souligner que ce n’est pas avec ce qu’il a dit et répété hier soir que les Français retrouveront le moral, même si ceux qui l’interrogeaient ont tout fait pour l’aider à se mettre en valeur. A ce propos, j’ai trouvé très étonnant d’entendre ce matin des commentateurs dire que «le président avait bien bossé son sujet », comme si ce n’était pas la moindre des choses. Il n’a fait que ce que font tous ceux qui doivent « plancher » devant un auditoire, avec le risque supplémentaire d’avoir une question embarrassante de la part d’un interlocuteur content de mettre en difficulté le conférencier, ce qui ne risquait pas d’arriver au président de la République.

Mais au fait quels sont les principaux sujets sur lesquels les Français attendaient de voir Nicolas Sarkozy fixer un cap, à la fois clair et lisible, pour la suite du quinquennat ? Tout d’abord les réformes dont on nous rebat sans arrêt les oreilles, et  à propos desquelles les chiffres varient considérablement d’un observateur à l’autre, voire même à l’intérieur de la majorité. Pour l’UMP, 39 réformes ont été mises en œuvre  depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Pour les membres du gouvernement et pour Nicolas Sarkozy lui-même, ce n’est pas 39 mais 55. Mais pour d’autres, en comptant celles en cours de réalisation, c’est le chiffre de 98 qui est le bon. Bref, on navigue à vue…sans boussole.

Une chose est sûre en tout cas : les Français sont « malcontents », pour parler comme à l’époque du règne de Louis XIV. Pourquoi ? Si l’on en croit le président de la République, c’est tout simplement parce que des erreurs de communication ont été commises. Les Français n’étant pas assez grands ou assez intelligents pour comprendre l’ampleur des réformes, il a fallu leur expliquer et on n'a pas su le faire. Cela concerne aussi les députés UMP, dont certains estiment « que des choses importantes ont été faites, mais que la ligne de force n’arrive pas à se dégager ». Pour d’autres proches du président le constat est encore plus accablant, parce que les gens savent qu’il y a des réformes, mais ils ont l’impression que la situation non seulement ne s’améliore pas, mais qu’elle devient chaque jour plus difficile. Ceux-là n’ont vraiment rien compris !

En fait, et là c’est moi qui parle, les Français à qui l’on avait dit que tout était possible s’aperçoivent qu’on leur a menti, et que l’on revient sur tout ou presque de ce qui devait être fait. Un exemple significatif : pendant toute sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a cessé de vilipender les 35h, et il a d’ailleurs recommencé hier soir. Mais pourquoi ne les abroge-t-il pas puisqu’elles sont la source de tous les maux de l’économie française ? Idem pour le code du travail qui devait être réformé pour aboutir à un contrat unique. Sur tous ces sujets les Français sentent bien  qu’au-delà des slogans ou des incantations, le président de la République ne peut masquer son impuissance et la vacuité de son discours.

On a l’impression que tout est fait dans l’improvisation, sans vraie priorité, ni ligne idéologique claire qu’il s’agisse de la santé avec la réforme des hôpitaux, l’éducation, le logement, la constitution, la défense, l’agriculture et la pêche etc. Dès qu’un problème surgit quelque part, le président court avec à ses trousses toutes les chaînes de télévision, et il promet de régler le problème sans trop savoir réellement de quoi il s’agit. On l’a vu pour l’usine Arcelor-Mittal de Gandrange, mais aussi pour les revendications des pêcheurs bretons sur les prix du carburant avec, chaque fois, une déception exacerbée par des annonces irresponsables parce qu’impossibles à tenir.

Personne ne s’étonnera après cela de voir des gens sérieux verser dans la crainte de voir notre pays aller vers une catastrophe majeure, notamment sur les plans économique, budgétaire et social. En tout cas, tous les ingrédients sont réunis pour qu’il en soit ainsi. Qui va payer les pots cassés ? Tous ceux qui ont de plus en plus de mal à vivre ou à survivre,  frappés de plein fouet  par la hausse des prix sur les produits alimentaires de base, mais aussi sur les carburants, le gaz etc. De plus, si on met en place un dispositif censé  aider les gens à mieux faire face aux difficultés de la vie, c’est aussitôt pour mieux supprimer un avantage  obtenu quelques années auparavant. Les exemples ne manquent pas en ce moment. Dans ces conditions, ce ne sont pas les belles paroles distillées dans une émission télévisée qui vont calmer les inquiétudes. Nicolas Sarkozy ferait bien d’y prendre garde.

Michel Escatafal

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