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23.04.2008
Démocrates français et italiens, même combat !
S’il y a bien un pays pour lequel j’ai beaucoup d’affection, c’est l’Italie. Il est vrai que la France et l’Italie sont liées par des liens affectifs depuis plus de 20 siècles, c’est-à-dire depuis la conquête de la Gaule par Jules César en 52 avant notre ère. Je rappellerais à ce propos, que la Gaule a été avec la Dacie (l’actuelle Roumanie) la province qui s’est le mieux intégrée dans l'Empire romain. Ensuite l’actuelle Italie fera partie intégrante de l’Empire de Charlemagne, sauf dans sa partie la plus méridionale qui appartenait aux byzantins. On n’a pas besoin d’évoquer non plus les liens unissant les deux pays au moment de la Renaissance. Plus tard, l’empereur des Français Napoléon 1er sera aussi roi d’Italie. Enfin, en 1859, Napoléon III (Magenta, Solferino) permettra à l’Italie de se libérer du joug autrichien et de réaliser son unité. Bref, nous formons quasiment le même peuple et nous nous ressemblons beaucoup.
Nous nous ressemblons tellement que nous avons aussi les mêmes défauts, notamment sur le plan politique. Les Italiens comme les Français en 2007, viennent d’en faire la démonstration en ramenant au pouvoir un homme, Silvio Berlusconi, qui semblait complètement discrédité il y a peu. Pourtant son bilan entre 2001 et 2006, comme je l’ai écrit ici même il y a quelques jours, était rien moins que désastreux tant sur le plan institutionnel qu’économique. Cela dit les Italiens ont quand même voté pour lui, et lui ont donné ce qu’ils avaient refusé au professeur Prodi, à savoir une majorité large qui lui garantit théoriquement le pouvoir pour les années à venir. Je dis bien théoriquement et on y reviendra.
Ce retour du Cavaliere à la tête du gouvernement nous fait évidemment penser à l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en France. J’ai toujours dit que les deux hommes se ressemblaient comme des jumeaux, la fortune en moins pour Nicolas Sarkozy. Même accents populistes, mêmes mensonges, mêmes non-dits, mêmes attitudes antieuropéennes pour masquer leurs échecs, et… mêmes bilans calamiteux après leur passage au pouvoir. Pour faire court, les électeurs français et italiens ont été davantage séduits par un discours à la fois démagogique et ambigu, permettant de fédérer les clientèles les plus diverses, plutôt que par un langage de vérité amenant à conduire une politique courageuse, seule susceptible de redresser durablement leur pays.
Autre particularité, Nicolas Sarkozy comme Silvio Berlusconi avaient comme principal rival un leader démocrate, François Bayrou en France et Walter Veltroni en Italie. Ces deux hommes, autre point commun, sont partis très bas pour arriver à un résultat tout à fait honorable lors des élections nationales. Mais la comparaison s’arrête là, car Walter Veltroni a réussi en quelques mois à créer une grande formation de centre gauche capable d’obtenir 33,2% des voix pour le renouvellement de la Chambre des députés, ce qu’évidemment François Bayrou ne pouvait pas faire en France malgré la décomposition du Parti Socialiste.
En fait, le Parti démocrate italien a réduit à néant ou presque, ce qui reste du Parti Communiste et des Verts qui ensemble ont à peine obtenus 3,1% des voix soit trois fois moins qu’en 2006. Walter Veltroni a fait ce que le Parti Socialiste en France n’a jamais su, ou pu, ou voulu réaliser, à savoir un grand parti de centre gauche, prisonnier qu'il était depuis sa création de son alliance avec le Parti Communiste. De ce point de vue, Walter Veltroni a obtenu un succès considérable qui lui assure d’ores et déjà un avenir électoral prometteur. Il a aussi introduit un élément de stabilité dans la vie politique italienne avec un grand parti d’opposition, face à une droite qui ressemble un peu à la nôtre, mis à part que l’UMP semble avoir un peu plus de cohésion parce que le système électoral français l’exige.
Cela étant, Walter Veltroni semble marcher sur les pas de François Bayrou dans la mesure où ce dernier a fondé toute sa stratégie sur le dépassement du clivage droite-gauche. Si Walter Veltroni a rassemblé sur son nom et son parti un électeur sur trois, c’est parce que son nouveau parti rassemble à la fois le centre démocrate- chrétien et les démocrates de gauche. Quelque part, c’est la démonstration que l’on peut faire travailler ensemble des démocrates de tous bords à l’intérieur d’une même formation politique, ce que l’UDF avait réussi à faire à la fin des années 70 chez nous.
De plus, au moment où le nouveau Parti Démocrate italien fait déjà montre d’une cohésion de bon aloi, Silvio Berlusconi se voit contraint de recadrer sa majorité, une semaine après la victoire aux élections. En effet la Ligue du Nord, parti autonomiste, xénophobe et europhobe, fort de ses 8% des suffrages, présente des exigences qui paraissent déjà démesurées à ses alliés, y compris à Silvio Berlusconi lui-même. Elle exige la vice-présidence du Conseil ce qui n’est pas rien, au moins en terme d’affichage. Ensuite elle affirme qu’elle sera très vigilante sur la sécurité et le fédéralisme fiscal. Elle le sera d’autant plus que dans les provinces du Nord de la péninsule, ses résultats électoraux dépassent 30%.
Ce soutien populaire permet à son leader, Umberto Bossi, de parler haut et fort pour exiger des postes, et d’inciter ses amis à en rajouter dans la provocation avec des phrases comme celles-ci destinées aux Tziganes : « Les rats sont plus faciles à chasser que les Roms parce qu’ils sont plus petits ». Cela fait froid dans le dos, et quelque chose nous dit que ce gouvernement de coalition n’a pas une pérennité assurée jusqu’en 2013. En tout cas, c’est un souhait que je formule très fort, comme je souhaite que les députés français réalisent que notre pays va droit dans le mur sur le plan économique et social, mais aussi sur celui des libertés, s’ils laissent faire Nicolas Sarkozy et son gouvernement jusqu’en 2012. C’est peut-être un vœu pieux, mais sait-on jamais ?
Michel Escatafal
12:06 Publié dans politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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