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18.04.2008
Elle revient...
Depuis la création de l’Union économique et monétaire, nous avions été habitués à des taux d’inflation très bas au point que certains économistes, qui se disent sérieux, ne cessaient de railler la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne qu’ils estimaient trop restrictive. Et les mêmes de vanter les mérites d’Alan Greenspan, qui fut longtemps le patron de la Réserve Fédérale Américaine (août 87 à janvier 2006), parce que lui se souciait uniquement de la croissance. Bien entendu, les responsables politiques de certains pays, notamment en France, emboîtaient le pas à ces observateurs en faisant de la BCE le bouc émissaire idéal de leurs propres difficultés. Les faits hélas viennent confirmer la justesse des appréciations de la BCE, et la navigation à courte vue de la Réserve Fédérale, grand responsable de la crise financière que nous subissons de plein fouet.
L’inflation est donc de retour puisque selon les chiffres publiés par Eurostat, le taux annuel d’inflation dans la Zone Euro en mars a atteint le chiffre de 3,6%, soit quasiment le double de celui enregistré il y a un an (1,9%). Le chiffre de 2% déterminé et souhaité par la BCE est donc pulvérisé, et il est aisé de comprendre dans ce contexte pourquoi la BCE a maintenu ses taux inchangés la semaine dernière. Sur l’ensemble de l’Union Européenne les chiffres ne sont pas meilleurs puisqu’ils s’élèvent à 3,8% sur la période. L'inflation frappe notamment de plein fouet les pays baltes (16,6% pour la Lettonie), la Bulgarie (13,2%) ou la République Tchèque (7,1%), mais aussi certains pays de la Zone Euro tels que la Slovénie (6,6%), et à un degré moindre l’Espagne (4,6%), la Grèce, Chypre, le Luxembourg et la Belgique (4,4%).
Ces deux derniers pays ont d’ailleurs été fustigés par le directeur de la BCE, Jean-Claude Trichet, parce qu'ils pratiquent l’indexation automatique des salaires sur la hausse des prix, au risque de déclencher une spirale inflationniste. Même si ce langage apparaît incompréhensible à certains, le principal danger de la hausse des prix se situe à ce niveau. C’est quelque chose qui avait été oublié depuis la décennie 90, mais les plus anciens se rappellent des chiffres de l’inflation (à deux chiffres) dans les années 70 et 80. Ce n’est pas un mythe mais une réalité et, comme chaque fois, plus on attendra pour prendre des mesures et plus celles-ci seront sévères. On peut compter sur la BCE pour faire en sorte que les dérapages soient contrôlés, car ne l’oublions pas l’inflation appauvrit surtout les plus pauvres.
Mais il n’y a pas qu’en Europe que l’on constate cette résurgence de l’inflation. Aux Etats-Unis malgré la quasi récession que subit l’économie américaine, la hausse des prix dépasse 4% en rythme annuel depuis novembre, avec une inflation importée par la faiblesse du dollar. Celle-ci en effet surenchérit les importations, notamment en provenance de la Chine. Cette dernière qui maintient toujours des taux de croissance élevés (+10,6% au 1er trimestre 2008), a vu son indice des prix à la consommation progresser de 8% entre le 1er janvier et le 31 mars, en raison essentiellement de la flambée des prix alimentaires (+21% sur la période avec une flambée sur les marchés du blé et du riz), ce qui est un facteur d’inquiétude supplémentaire pour les autorités chinoises à la veille des Jeux Olympiques, compte tenu de la perte de pouvoir d’achat des classes les moins aisées de la population.
A propos de l’explosion des prix agricoles, nous ne pouvons pas passer sous silence les émeutes de la faim qui se multiplient dans les pays en voie de développement (Haïti, les Philippines…), faisant écho au cri d’alarme lancé ces jours-ci par la FAO, mais aussi par la Banque Mondiale qui estime nécessaire d’accroître la productivité de l’agriculture dans les pays pauvres, et d’apporter une aide beaucoup plus importante aux petits agriculteurs dans ces pays. Le problème est que les pays donateurs, donc les plus riches, sont loin de concrétiser les aides promises, à commencer par la France dont l’aide aux pays pauvres ne cesse de diminuer, malgré les incantations de Jacques Chirac et de son successeur à l’Elysée qui a d’autres priorités, sans que l’on sache exactement lesquelles.
Ces critiques à l’encontre des pays industrialisés s’ajoutent à celles que l’on entend de plus en plus sur le développement des biocarburants, très gourmands en céréales, ce qui n’a pas empêché la Commission Européenne de confirmer son objectif de porter à 10% la part des agrocarburants dans le secteur des transports européens d’ici 2020. A première vue, la Commission semble avoir choisi de privilégier la réduction des émissions de gaz à effet de serre plutôt que de privilégier la sécurité alimentaire. Cela paraît un peu réducteur, mais le monde marchant sur la tête depuis de nombreuses années, il n’est pas étonnant que nous soyons prisonniers des fausses bonnes solutions, pour marier à la fois la sauvegarde de l’environnement et le développement économique.
D’ailleurs la crise alimentaire a aussi relancé le débat sur les OGM qui, pour certains, est la seule vraie réponse au problème, ce qui est un comble. Décidément le monde tel que nous le vivons est une triste réalité, et les pays occidentaux ont une large part de responsabilité dans ce constat. Même le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, souligne les risques politiques dans les pays pauvres quand il dit : « Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant, auront des conséquences terribles. Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre ». Pour une fois nous serons d’accord avec DSK.
Michel Escatafal
12:10 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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