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16.04.2008

Quand l’abject le dispute à la honte…

1928625534.jpgAu moment où le président de la République soutient fermement les athlètes français dans leur démarche de porter le badge sur lequel est inscrit « pour un monde meilleur », au point de leur proposer un déjeuner à l’Elysée, la France est en train de se couvrir de honte dans sa chasse aux étrangers en situation irrégulière. Il est d’ailleurs extrêmement curieux, pour ne pas dire symptomatique, de voir à quel point la plupart des médias se désintéressent de la chose. Il est vrai que, pour eux, les Français ont d’autres préoccupations en ce moment, notamment l’augmentation des prix qui diminue leur pouvoir d’achat.

Pourtant ce traitement infligé à des gens dont le seul défaut est d’avoir fui leur pays, parce que celui-ci ne pouvait plus leur permettre de survivre, est tout simplement scandaleux et indigne de notre histoire. Outre le fait que nos gouvernants devraient se poser la question de savoir pourquoi ces pays sont incapables de garder leurs ressortissants, ils devraient surtout se rappeler que la France est le pays des droits de l’Homme.

C’est quand même l’Assemblée nationale constituante qui a résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, le 26 août 1789 avec  comme article 1er : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Mais l’article 12 est également  très clair, même si certains vont me dire que j’en fais une interprétation personnelle : « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Or que constate-t-on dans les misérables dispositifs mis en place par Nicolas Sarkozy, appliqués aujourd’hui par Brice Hortefeux, et votés par l’Assemblée Nationale ? Que la force publique n’est pas au service de tous, et qu’elle sert essentiellement à ceux à qui elle est confiée. Dit autrement, elle permet à ceux qui nous gouvernent depuis le 6 mai dernier, d’afficher des résultats qui  montrent qu’on tient les promesses que l’on avait faites, faute de tenir celles concernant le pouvoir d’achat, le droit au logement, l’enseignement ou la recherche. Comme s’il était glorieux d’atteindre des objectifs d’expulsion d’étrangers assimilés à du gibier !

Après avoir chassé sur les terres du Front National, on applique ce qui a si longtemps été préconisé par ce parti xénophobe et populiste. Pour cela on utilise les pires procédés mis à disposition par une majorité veule et avachie, à savoir tendre un piège à des étrangers en situation irrégulière pour mieux les interpeller et les expulser dans la foulée. C’est abject et j’ai honte pour mon pays, car cela faisait bien longtemps qu’on n’était pas allé aussi loin dans l’ignominie.

Mais le plus dramatique peut-être, c’est de voir que ce type de comportement ne suscite quasiment pas de réactions dans la population,  mis à part quelques militants d’associations ou de partis politiques d’opposition, même si l’on n’entend pas  beaucoup le Parti Socialiste sur le sujet. Quand on pense à tout ce qu’on peut dire en ce moment  sur les droits de l’homme  non respectés en Chine et au Tibet, ce qui au demeurant est  tout à fait vrai ! Cela étant, il est tellement plus facile de dénoncer ce qui se passe ailleurs, en refusant de voir la réalité  chez nous.  

Michel Escatafal

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