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12.04.2008
Les électeurs ont la mémoire courte
Parmi les énigmes du suffrage universel ou de l’imagerie populaire quand celui-ci n’existait pas, il y a le fait que l’on ne se souvient que rarement, pour ne pas dire jamais, des moments difficiles que l’on a vécus sous la domination ou le pouvoir d’un monarque. Dans le même ordre d’idées, cela se vérifie systématiquement quand un personnage connu vient à mourir. A ce moment-là, ce ne sont que compliments qui s’abattent sur lui, y compris venant de ses plus irréductibles adversaires ou ennemis. C’est encore plus le cas quand c’est un homme politique, parce que la légende côtoie l’histoire de très près et même le plus souvent la surpasse. Bref, les gens ont une mémoire très sélective.
En lisant des textes de l’époque du Second Empire, on est très surpris de voir à quel point la légende napoléonienne a contribué à l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République en 1848, et ensuite à l’instauration du Second Empire. A ce propos Hyppolite Magen, historien des deux empires français écrivait ceci : " J’ai resserré ce que l’histoire raconte longuement du premier et du second Empire. Puissent mes deux véridiques récits contribuer à l’anéantissement de cette légende napoléonienne que le mensonge créa et que, pour notre malheur, l’ignorante crédulité du peuple a laissé subsister trop longtemps" ! Pour un républicain, les mots vis-à-vis du peuple sont quand même très durs.
Cela étant on pouvait le comprendre vu le contexte de l’époque, car il ne faut pas oublier que ces phrases ont été écrites peu de temps après le désastre de Sedan (1 et 2 septembre 1870), qui allait permettre à la Prusse de s’approprier l’Alsace et la Moselle quelques mois plus tard. Encore une fois l’Empire laissait une France amputée de deux territoires importants, même si quelques années plus tôt (en 1860) la France avait récupéré la Savoie et Nice. En revanche le bilan du Premier Empire était beaucoup plus catastrophique, tant sur le plan humain que sur le plan territorial. La République avait en effet donné à la France vingt-six nouveaux départements, avec une population de plus de huit millions sept cent mille habitants, que le premier Empire lui fit perdre après avoir causé la mort de cinq millions d’hommes.
Par la suite, malgré ce bilan extrêmement négatif, notre pays continuera à nourrir la légende napoléonienne sous toutes ses formes, au point de faire de Napoléon 1er le Français le plus connu et peut-être même le plus vénéré dans l’inconscient populaire. On ne voit que sa grandeur, que son génie militaire, mais plus personne ou presque ne se rappelle le dictateur qu’il fut. Il en est presque de même de Napoléon III, surnommé "le Petit" par Victor Hugo lui-même fasciné par l’image de Napoléon 1er, même si son bilan global fut un peu moins négatif parce que le second Empire reste une époque qui a permis à la France de profiter en partie des progrès de la révolution industrielle.
Ce long préambule historique nous amène tout naturellement à évoquer un passé plus récent. Qui n’est pas gaulliste aujourd’hui ? A peu près personne, ce qui est beaucoup plus mérité que pour les deux Napoléon, car le général de Gaulle a été celui qui a permis à la France de rester debout à une époque où ses dirigeants voulaient qu’elle se couchât. On peut même considérer qu’il a sauvé deux fois notre pays, car la situation en 1958 était très difficile en pleine période de décolonisation, avec notamment la crise algérienne que le général était sans doute le seul à pouvoir résoudre.
Là aussi comme pour chaque grand personnage la légende a fait son œuvre, au point d’avoir éclipsé tous les gouvernants de notre pays qui ont participé à son redressement après 1945. En parlant de légende, on évoque plutôt de nos jours le mot communication. Cette dernière en effet est devenue depuis une trentaine d’années "la reine des batailles", notamment grâce à la télévision. Tout le monde se souvient du fameux, "Monsieur Mitterrand vous n’avez pas le monopole du cœur" de Valéry Giscard d’Estaing lors de son premier face à face présidentiel en 1974. Curieusement malgré un très bon bilan, VGE fut battu par François Mitterrand lors de l’élection présidentielle suivante en 1981, grâce surtout à une excellente campagne de communication du leader socialiste.
Ce bon bilan du septennat de Valéry Giscard d’Estaing était dû principalement à l’action de Raymond Barre, dont la plupart des observateurs soulignaient les compétences et les qualités d’homme d’Etat. Cela dit, malgré des résultats sur les plans économique et social, entre 1976 et 1981, nettement supérieurs à ceux qu’avaient obtenus en leur temps ses opposants à l’élection présidentielle de 1988 (Jacques Chirac et François Mitterrand), Raymond Barre n’arriva qu’en troisième position cette année là et fut éliminé du second tour.
Il est vrai que la démagogie et les promesses en l’air n’étaient pas le fort de l’ancien Premier ministre. Sans promettre du sang et des larmes, il s’efforçait toujours de dire la vérité aux Français, contrairement à beaucoup d’autres qui n’ont pas ce courage, Nicolas Sarkozy en tête. Plus démagogue que lui, il n’y a pas, mais il a été élu président de la République, et même si je souhaite le contraire, il sera encore redoutable lors de la prochaine échéance présidentielle.
Cela étant, la France n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. L’Italie pourrait en apporter la preuve dès dimanche lors des élections générales, car si l’on en croit les sondages elle pourrait se retrouver pour la troisième fois avec Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement. Et pourtant le bilan du Cavaliere, comme on l’appelle dans la péninsule, a été rien moins que désastreux entre 2001 et 2006. Outre le fait que pendant cette période le revenu par habitant n’avait jamais autant reculé depuis la fin de la 2è guerre mondiale, les déficits ont explosé à des niveaux tout à fait vertigineux, très éloignés des critères de Maastricht. Et pourtant que de promesses avaient été faites ! Cela nous rappelle point par point le scénario que nous vivons en France depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Et bien malgré tout cela, et même s’il n’a plus rien à proposer sauf à s’attaquer une nouvelle fois aux magistrats et aux institutions, Silvio Berlusconi a de fortes chances d’obtenir de nouveau la majorité au Parlement, y compris au Sénat. Pourtant face à lui il y a un homme, Walter Veltroni, qui a su faire preuve à la fois de pragmatisme, surtout venant d’un ancien communiste, mais aussi de beaucoup de cran en créant un parti réformiste de centre gauche, le Parti Démocrate, prêt à gouverner seul le pays.
Ainsi, en cas de victoire, Walter Veltroni pourra disposer d’une vraie majorité à la place de l’improbable coalition avec laquelle a été obligé de composer Romano Prodi, ce qui ne l’a pas empêché de ramener les déficits publics à des niveaux beaucoup plus raisonnables. Mais il lui a manqué du temps pour réformer en profondeur l’Italie, et surtout pour éviter que le fossé des inégalités se creuse entre le Nord riche et prospère et le Sud plutôt pauvre, inégalités dont jouent Silvio Berlusconi et ses amis.
En conclusion, il faut espérer que le peuple italien fasse preuve dimanche et lundi de bon sens, et ne ramène pas au pouvoir Silvio Berlusconi, Gianfranco Fini et autres Humberto Bossi. Ce serait le signe que nos amis transalpins ont cessé de croire aux chimères que leur distille depuis des années le milliardaire populiste. Ce serait aussi la preuve qu’ils ont réalisé qu’il n’y a pas de fatalité du déclin pour l’Italie, à la condition d’accepter de faire les efforts nécessaires pour engager le pays sur la voie de la croissance et de la solidarité, comme nous disons au Mouvement Démocrate. Et puis, Silvio Berlusconi écarté du pouvoir, ce serait aussi un message d’espoir pour nous Français !
Michel Escatafal
07:37 Publié dans histoire politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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