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10.04.2008

Lettre à Nathalie Kociusko-Morizet

1137655979.jpgNathalie,         

Permettez que je vous appelle ainsi par votre prénom, même si nous ne nous connaissons pas. En tout cas je sais que vous appartenez à une famille qui a donné à la France plusieurs hommes politiques, dont certains appartiennent à l’histoire grâce à un passé de résistant qui honore notre pays. Et je comprends que tout naturellement vous ayez été atteinte du virus de la politique, même si votre remarquable cursus universitaire aurait pu, et dû,  vous amener à embrasser une carrière autre que la politique.

Personnellement j’ai toujours regretté que des universitaires brillants fassent don de leur personne  à la vie politique, parce que les services qu’ils peuvent y rendre sont infiniment inférieurs à ceux qu’ils pourraient offrir  à la société civile. Vous, par exemple, je suis persuadé que vous auriez fait merveille dans la recherche ou comme ingénieur du génie. Vous aviez le profil pour réaliser de grandes et belles choses,  ce qui vous aurait évité de vous perdre dans la vie de parlementaire, et aujourd’hui de ministre,  que vous avez choisie.

Au fait, pourquoi avez vous décidé d’imiter vos parents et grands-parents en entrant en politique ? Le goût du pouvoir ? Vous saviez bien que vous n’aviez qu’une chance infime de l’exercer réellement. En politique, ceux qui réussissent à avoir le pouvoir et donc à décider sont très peu nombreux, et vous êtes payée pour le savoir. D’ailleurs même votre patron, le président de la République ne l’a pas réellement ce pouvoir, sinon il n’aurait pas mis en place le paquet fiscal qui fait tant de mal à nos finances publiques. De même le Grenelle de l’environnement aurait débouché sur des décisions sans commune mesure, pour l’avenir de la planète,  avec celles que vous essayez d’imposer.

Cela m’amène évidemment à évoquer l’affaire qui vous concerne,  et qui confirme pleinement ce que je disais auparavant. Vous n’avez pas la plus petite once d’autorité  dans ce gouvernement qui, pour reprendre vos propos, est « une armée de lâches », alors que vous auriez pu dans des activités de  recherche ou industrielles être responsable de haut niveau dans une grande entreprise. Là vous auriez pu exercer vos talents qui, j’en suis sûr, sont grands. Le problème c’est que manifestement vous n’en aviez ni le goût, ni l’envie.

C’est une chose de lancer un appel dans un grand journal comme le Monde, mais cela en est une autre de diriger une entreprise ou un établissement car, dans ce cas, il faut réellement prendre ses responsabilités. Pour ma part j’ai aimé votre cri de colère contre le cumulard Jean-François Copé, qui a tellement d’activités annexes qu’il ne peut pas s’occuper sérieusement de son travail au Parlement, ou contre ce dilettante de Jean-Louis Borloo qui n’a aucun goût pour l’étude des dossiers liés à l’environnement. Comme vous le dites si bien, il se contente d’assurer le minimum et son minimum est plus que minime, j’en suis certain.

Mais si j’ai apprécié votre courroux face à ces politiciens professionnels,  j’ai en revanche beaucoup regretté la suite et plus encore la chute finale. Tout d’abord, je n’ai jamais apprécié que les femmes ou hommes politiques n’assument pas les propos qu’ils ont tenus, en affirmant qu’ils ne reflètent pas leur  pensée ou qu’ils ont été détournés de leur contexte. Dans le cas qui nous intéresse, il est évident qu’ayant pris à cœur votre mission, vous ne pouviez que manifester votre colère contre Jean-François Copé ou Jean-Louis Borloo. Cela signifie que le journaliste du Monde a fait son travail.

Ensuite, compte tenu de l’investissement qui a été le votre sur ce projet de loi sur les OGM, je trouve inacceptable que vous puissiez continuer à siéger au gouvernement avec votre ministre de tutelle, sous l’autorité d’un Premier ministre qui n’a pas hésité à vous rabrouer publiquement, et même à vous humilier en vous infligeant la punition suprême, apparemment, à savoir ne pas l’accompagner au Japon.  Et bien au contraire, vous devriez être fière de ne pas y aller comme vous devriez l’être de l’action que vous avez menée et des propos que vous avez tenus. Et vous devriez démissionner avec fracas, quitte à ce que votre carrière politique en souffre quelque peu.

Au fait pourquoi n’avez-vous pas démissionné ? Dans votre cas je ne pense pas que vous ayez besoin des émoluments de votre secrétariat d’Etat pour vivre. Ensuite, une femme aussi intelligente  que vous ne peut pas, et ne pouvait pas imaginer que Nicolas Sarkozy allait faire de la politique autrement, comme nous disons au Mouvement Démocrate. Alors je ne vois que l’attrait du pouvoir, mais du pouvoir vous avez la preuve que vous n’en avez pas. Malgré tout, compte tenu de ce que vous avez osé faire dans un premier temps, je ne vous en veux pas trop, d’autant que cela a dû être une épreuve très difficile de présenter des excuses à Jean-François Copé, plus éprouvante encore que de ne pas aller au Japon.

Veuillez croire, Nathalie, à l’expression de ma considération distinguée.

Michel Escatafal

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Commentaires

Je vous félicite pour votre lettre ouverte à Nathalie Kociusko Morizet mais je ne partage pas votre conclusion. J'ai une grande admiration pour cette jeune femme brillante, dynamique, ouverte, qui est appelée à un grand avenir, peut être à l'Elysée... dans quelques années. Ses interventions récentes témoignent d'une conviction sans failles et surtout d'un grand courage dans sa nouvelle position au sein de l'UMP.
En ce qui concerne ses excuses que vous regrettez, je crois, en fine stratège qu'elle a parfaitement compris qu'en faisant des excuses plus formelles que réelles, elle serait bien plus utile pour l'écologie au sein du gouvernement et pour pouvoir agir efficacement au sein de l'UMP pour changer par son discours et ses actions les mentalités rétrogrades des apparatchiks du parti dont elle est désormais la secretaire generale adjointe. En fait, elle gagne sur les deux tableaux : Elle montre aux français sa force de conviction sur un sujet consensuel, inspirant ainsi le respect pour son courage, et par ses excuses, dont personne n'est dupe dans la classe politique ni dans les médias. Elle démontre aussi qu'elle a été piégée et obligée de "rentrer dans le rang", laissant ainsi le mauvais rôle à ses contradicteurs.

Ecrit par : MacLean | 11.04.2008

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