09.04.2008

Grandeur et décadence, jusqu'où?

387746326.jpgIl y a peu la France était encore considérée comme une grande puissance, même si ce terme paraissait quelque peu pompeux compte tenu des nouvelles donnes internationales. En tout cas sa voix portait, comme nous avons pu le constater au moment de la guerre en Irak en 2003, au point même que certains se sont demandé  si Jacques Chirac n’avait pas été dépassé par l’ampleur de sa résistance à Georges Bush. Cela étant, la France n’avait fait que poursuivre sur la voie inaugurée par le général de Gaulle, avec une action diplomatique basée sur  l’affirmation par notre pays d’une volonté d’indépendance nationale.

Cela a permis à notre pays, pendant toutes ces années (1958-2007), d’être à l’origine de quelques institutions essentielles de l’Europe. La France comptait moins dans le monde qu’au début du 20è siècle, mais elle comptait encore suffisamment pour entraîner avec elle nombre de pays qui refusaient les diktats de Washington. Aujourd’hui qu’en est-il ? Et bien la voix de la France semble éteinte et chaque fois qu’on l’entend l’image est brouillée. Elle l’est d’autant plus que le changement dans nos relations extérieures a été à la fois profond et très rapide.

En quelques mois la France est devenue un pays dont le destin semble soudain lié à celui des Etats-Unis, pour le meilleur et surtout pour le pire et ce, au moment où les Etats-Unis achèvent la première partie d’une campagne électorale qui va durer jusqu’en novembre, avec les incertitudes que l’on connaît. Mais la France, quoiqu’en pense Nicolas Sarkozy et quoi qu’il puisse faire, ne sera jamais l’interlocuteur privilégié des Américains au même titre que la Grande-Bretagne, allié docile et traditionnel depuis plus d’un siècle. Tout au plus, Nicolas Sarkozy sera considéré par Washington comme un interlocuteur taillable et corvéable à merci, prêt à accomplir les sales besognes pour avoir les faveurs du grand frère protecteur.

Nous l’avons vu récemment à propos des renforts à envoyer en Afghanistan, liée à  la réintégration de la France dans les instances de l’OTAN. A ce propos, j’en profite pour dire mon désaccord avec François Bayrou sur le fait qu’il ait refusé de censurer le gouvernement. C’est bien de savoir voter oui quand cela va dans le bon sens, c’est bien de n’être pas un opposant systématique, mais c’est mieux de dire non quand tout indique que le gouvernement actuel est en train de « vassaliser » la France, ce qu’elle a rarement été dans sa longue histoire. J'espère que nous aurons une explication de la part du leader de notre mouvement, même si l'on peut penser qu'il a de bonnes raisons pour motiver ce choix pour le moins contestable.

Pour ce qui les concerne, les députés UMP (à l’instar des ministres) n’ont vraiment aucun libre-arbitre ou manquent tout simplement de courage. Combien de députés UMP ont  voté la censure et mélangé leurs voix avec celles de l’opposition, malgré leur désaccord avec cette nouvelle politique extérieure?  Un seul, le député souverainiste Dupont-Aignan qui est resté fidèle à lui-même, au contraire de certains autres qui se veulent contestataires, comme un certain Lucca que l’on voit partout en ce moment,  y compris dans les manifestations liées aux Jeux Olympiques et aux évènements du Tibet, mais qui est bien incapable de manifester son indépendance vis-à-vis de son parti, préférant se réfugier derrière le fait que c’est le PS  qui a déposé la motion de censure. Mais qui donc aurait pu déposer une motion de censure en dehors du PS ? Ce Lucca prend ses électeurs et les Français pour des imbéciles.

A propos des Jeux Olympiques et des problèmes inhérents au parcours de la flamme, et pour revenir à notre sujet initial, la démonstration est faite que la France a tout faux dans sa nouvelle approche diplomatique.  J’ai même lu dans le journal l’Equipe une déclaration d’un homme d’affaires franco-chinois qui affirmait que « paradoxalement, l’Allemagne qui a une position bien plus dure sur les droits de l’homme, est davantage respectée pour cette fermeté, mais aussi parce qu’elle ne change pas de position ». D’ailleurs quelle va être l’attitude de Nicolas Sarkozy si, comme je l’ai entendu ce matin, Georges Bush ne participe pas à la cérémonie d’ouverture des J. O. le 8 août ? Si le sujet n’était pas aussi sérieux, j’aurais tendance à dire que tout cela en devient comique.

Alors je vais redire une nouvelle fois que la France a élu à la présidence de la République un illusionniste et un bateleur d’estrade. Il ne fait rien de ce qu’il a dit et il fait quasiment tout ce qu’il n’avait pas dit, même s’il essaie de faire croire le contraire. Où tout cela nous mènera t-il ? Nul ne peut le dire, même si nous savons bien que l’état de la France se dégrade à une vitesse vertigineuse. Entre les dépenses publiques qui dérapent, la diplomatie qui oscille au gré des vents atlantistes, les droits de l’homme qui sont de moins en moins respectés notamment vis-à-vis des étrangers, c’est toute notre démocratie et plus généralement notre système de valeurs qui est mis à mal. Et ce n’est pas fini,  car maintenant  le gouvernement  s’en prend  à la politique sociale, jugée en partie responsable des déficits et de la dette aux yeux de Nicolas Sarkozy. S’il le pense, pourquoi ne l’a-t-il pas dit plus tôt ?

Michel Escatafal

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