07.04.2008

"Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin"

Le Mouvement Démocrate est un jeune parti,  mais je ne voudrais pas qu’il se comporte comme une vieille formation politique. De plus en plus de militants qui ont participé aux élections municipales et cantonales ont des difficultés dans leur département,  parce que ce parti a un défaut majeur : ceux qui votent pour lui sont majoritairement des gens de droite, et ceux qui font entendre leur voix le plus fort sont des gens de gauche. En fait les seuls vrais centristes sont ceux qui l’ont toujours été, mais manifestement ils ne sont pas les plus nombreux et c’est infiniment regrettable.

Quand on regarde de près les résultats des dernières élections, on s’aperçoit aisément que c’est dans les départements qui votent à droite que nous avons le plus d’élus, mais là où ça bouillonne le plus au niveau des instances départementales c’est là où les gens  venant de la gauche sont nombreux. Donc ma conclusion est qu’il faut avant tout garder sa ligne, ni droite, ni gauche, et s’y tenir. Pour ma part je n’ai pas accepté, sauf circonstances très particulières, que l’on s’allie tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche pour avoir des élus. Nous en aurions eu autant, sans doute même plus, si nous étions restés nous-mêmes.

Faisons un peu d’histoire et demandons-nous quand le Centre a le mieux réussi sur le plan électoral ? Réponse quand il n’était pas inféodé à un parti. Rappelons-nous ce qui s’est passé en 1978 aux élections législatives qui étaient, soi-disant, perdues d’avance. Et bien l’UDF qui venait d’être créée et qui était aux affaires, avec Valéry Giscard d’Estaing comme président de la République et Raymond Barre comme Premier ministre, avait remporté 130 sièges soit presque autant que le RPR qui en avait obtenu 153. L’UDF qui gouvernait au centre, et qui gouvernait bien, avait réalisé un score remarquable qui devait certes beaucoup au slogan « Barre confiance », mais aussi au fait que les Français avaient une véritable alternative entre la gauche socialo-communiste et le RPR.

Cette victoire allait être suivie un an après par une autre encore plus retentissante en termes de résultats,  à l’occasion des premières élections européennes au suffrage universel. La liste UDF obtint 27,5% des voix tandis que la liste RPR n’en obtenait que 16,2%. Là aussi les bons résultats économiques avaient largement favorisé cette victoire, mais les électeurs savaient gré au président de la République  et au gouvernement de défendre une ligne européenne cohérente, contrairement à la gauche et au RPR tiraillés entre les pro-européens et les anti-européens. A noter d’ailleurs que le clivage existe toujours de nos jours, surtout à gauche, mais personne ne me fera dire que le président de la République est sur une ligne européenne comme nous souhaiterions qu’il y soit.

Ces deux grandes victoires resteront sans lendemain parce que l’UDF s’est inféodée au RPR jusqu’en 2002, date à laquelle François Bayrou a fait acte de résistance lors de la création de l'UMP. Cela lui a bien réussi puisqu’il a fait 18,6% à l’élection présidentielle, et s’il a réalisé ce score tout à fait excellent c’est parce qu’il a offert une autre voie aux électeurs que le sempiternel affrontement droite-gauche. Malheureusement l’essai n’a pas été transformé,  parce que chacun dans notre mouvement tire à hue et à dia. Et le bouquet final en fut les alliances contre nature dans lesquelles les uns et les autres se sont fourvoyés,  au lieu de rester sur la ligne définie par le Mouvement Démocrate depuis sa création, et même avant. Ne nous faisons pas d’illusions : pour les socialistes nous ne serons jamais qu’un appoint au même titre que nous l’avons été  pour le RPR et l’UMP.

Certes je sais bien que pour certains il vaut mieux la soumission et l’esclavage, paradoxe que La Fontaine a si bien relevé dans une de ses fables Le Loup et le Chien : « flatter ceux du logis, à son maître complaire ; moyennant quoi votre salaire sera force reliefs de toutes les façons : os de poulets, os de pigeons, sans parler de maintes caresses ». Certains effectivement se forgent une félicité qui les fait pleurer de tendresse, mais je ne pense pas que ce soit la solution pour qui veut exister en politique. En tout cas, pour ce qui me concerne je ne veux point de ces félicités, et je regrette que certains d’entre nous s’y soient laissés aller avec tellement d’avidité. Comme maître loup dans la fable,  je préfère courir encor.

Enfin, je voudrais terminer en posant une question : de quoi est malade notre société ? De son affairisme assumé par la droite comme la gauche. Les systèmes inhumains qu’ils soient socialistes ou capitalistes ne me conviennent pas,  car les gens n’y sont vus que comme des numéros au service du système,  car lui seul compte. Cela signifie que dans notre société l’homme passe au second plan, et cela est inacceptable.

C’est aussi ce message que les gens avaient entendu pendant la campagne présidentielle de François Bayrou,  et qu’ils n’entendent plus parce qu’ils ont l’impression qu’à peine partis, beaucoup retournent  à leurs attaches. Ils préfèrent le collier de droite ou de gauche même si leur col doit être pelé pour parler comme la Fontaine. Et bien moi je veux que l’être humain soit au centre des préoccupations de ceux qui nous gouvernent,  parce qu’il doit y avoir un autre choix qu’être misérable ou vivre enchaîné, pour rester dans le ton de notre génial poète.

Michel Escatafal

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Commentaires

bien d'accord.

Ecrit par : marien | 07.04.2008

Michel,

La justesse et la pertinence de votre analyse mérite une vision nationale. J'espère que vous publierez cela sur le www.e-soutiens.bayrou.fr pour montrer le chemin à tous.

Amicalement.

Christophe GUION.

Ecrit par : GUION | 08.04.2008

bonjour, j'apprécie beaucoup votre utilisation de la fable. Puisse-t-elle montrer à chacun notre différence irréductible! Cordialement.

Ecrit par : Florence | 09.04.2008

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