06.04.2008
A propos de restriction de dépenses publiques…
Parce qu’il a été élu président de la République en ayant beaucoup menti aux Français, Nicolas Sarkozy se croit tout permis y compris faire passer pour une réforme un tour de vis qui se veut général sur les dépenses de l’Etat. Mais de quelles dépenses s’agit-il ? Tout simplement de dépenses auxquelles, a priori, il est difficile de toucher qu’il s’agisse de la diminution du nombre de fonctionnaires dans certains secteurs clé, ou des minima sociaux et autres allocations aux chômeurs de longue durée. Ces deux ou trois mesures sont, dirions-nous, les plus emblématiques parmi les 166 (pas une de moins !) qui doivent faire économiser 7 milliards à l’Etat sur trois ans, si l’on en croit Nicolas Sarkozy.
La première question que l’on peut se poser est la suivante : cela sera-t-il suffisant pour permettre à la France de restaurer ses équilibres budgétaires ? La réponse est non, donc cela signifie qu’il faudra d’autres mesures pour arriver à tenir l’objectif d’un déficit zéro en 2012, comme la France s’y est engagée auprès de Bruxelles. S’il faut d’autres mesures, on peut supposer que l’on aura recours aux privatisations et ne nos leurrons pas, il faudra nécessairement que les Français, notamment les classes moyennes, mettent la main à la poche d’une manière ou d’une autre.
Le président de la République nous dit aussi que ce ne sont pas les économies qui font la réforme, mais la réforme qui permettra de faire des économies. Mais qu’entend-il par le mot réforme ? Je crois deviner : casser le service public ou ce qu’il en reste. A la limite il n’y a qu’à supprimer beaucoup plus de fonctionnaires encore, dans l’Education Nationale (au moins 20000 postes sont considérés comme inutiles selon le gouvernement), dans la Police, dans les hôpitaux et le compte finira par y être. Privatisons à tour de bras tout ce qui peut l’être, cessons de garder les services de proximité qui génèrent fatalement des dépenses importantes, et l’affaire sera faite. Ce qui est dommage c’est que tout cela n’ait pas été dit pendant la campagne présidentielle, ni d’ailleurs après.
En effet, ce que le président de la République ne dit jamais, c’est que si le nombre de fonctionnaires est plus élevé en France qu’ailleurs, c’est parce que dans notre pays il y a dans certains secteurs, par exemple les hôpitaux, un nombre très élevé de gens qui travaillent dans des établissements publics. En ce qui concerne l’Education Nationale, son secteur public est très important même si le secteur privé, au demeurant largement financé par l’Etat, est en constant développement. Et il le sera de plus en plus, au fur et à mesure que l’on supprimera des postes d’enseignants publics…pour faire des économies. Idem pour les hôpitaux ou cliniques, ce qui ne veut nullement dire qu’à prestations égales on fera beaucoup d’économies sur le budget de l’Etat.
J’ai bien dit à prestations égales, car nous doutons fort que les cliniques privées assurent les mêmes prestations que le public, ne serait-ce qu’à cause du coût engendré par ces prestations. Qui n’a pas été victime d’un petit accident nécessitant un passage « aux urgences », mais surtout qui n’a pas apprécié le fait d’être soigné et traité dans les quelques heures qui ont suivi l’accident? Personne bien sûr, et c’est pour cela que je demande aux Français qui disent qu’il y a trop de fonctionnaires dans notre pays de bien faire attention. Si Nicolas ou Carla Sarkozy, ou encore François Fillon et son épouse (j’ai oublié son prénom), sont victimes d’un accident de santé, ils ne souffriront nullement de ces restrictions budgétaires. En revanche si c’est un Français lambda qui a ce problème dans une petite ville de 10000 habitants qui n’a plus d’hôpital public et pas davantage de clinique, alors que se passera-t-il ?
Dans mon dernier billet j’évoquais un sondage dans lequel les Français disaient à 79% qu’ils étaient d’accord pour diminuer les dépenses publiques, et je posais la question de savoir lesquelles. En fait les Français veulent la diminution de dépenses telles que celles de la présidence de la République, du fonctionnement des deux assemblées, des frais de représentation dans les ministères etc., mais aucun j’en suis sûr ne trouve qu’il y a trop d’infirmières en France, ou qu’il y a trop d’enseignants dans les quartiers de nombreuses banlieues.
Enfin, si vraiment ces économies ne représentent que 7 milliards d’euros sur trois ans et si cette somme permet de régler tous les problèmes, comme a semblé le dire Nicolas Sarkozy, pourquoi ne pas revenir sur le paquet fiscal qui va coûter cette année 8 à 9 milliards d’euros et à partir de l’année prochaine 14 à 15 milliards. Parmi ces mesures, certaines sont plus coûteuses que d’autres et ne servent à rien, par exemple celle liée au bouclier fiscal à 50%, censé dissuader les plus riches de s’expatrier. En fait grâce à ce bouclier fiscal, nombre de ménages échappent de facto à l’impôt sur la fortune.
En tout cas, ce que nous devons retenir c’est que le président de la République et son gouvernement se sont tirés une énorme balle dans le pied avec ce paquet fiscal, car à supposer qu’il apporte un surplus de croissance, ce qui n’est pas du tout avéré, il est bien loin de compenser son coût qui s’avère démesuré, et qui correspond à la somme qu’il faudrait économiser pour être à l’équilibre dans quatre ans, selon Charles de Courson, député du Nouveau Centre. On le voit bien, réformer l’Etat n’est pas aussi simple que semble le faire croire Nicolas Sarkozy.
Avec lui tout paraît facile, sauf que les résultats ne sont pas là. Avec lui aussi, il n’y a pas de vraie priorité et tout le monde doit apporter sa contribution à la diminution des dépenses. Mais ce qu’il oublie, c’est qu’il ya certains domaines où l’effort de l’Etat doit être accru, par exemple pour la recherche scientifique. Toute réforme sérieuse de l’Etat doit l’inclure comme la priorité des priorités. Est-ce en supprimant des milliers d’enseignants qu’on relèvera le défi ? Dans le même ordre d’idées, au moment où plus que jamais notre pays doit être ouvert sur l’extérieur, est-ce bien rationnel de supprimer l’apprentissage de langues comme le russe ou l’italien ? Poser la question, c’est y répondre.
En attendant par une cruelle ironie, j’ai découvert dans je ne sais plus quel journal, qu’après le discours de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire réduction des dépenses publiques, l’assistance a eu droit à un buffet géant avec champagne, bouchées au crabe et petits gâteaux, ces denrées venant d’un des endroits les plus chers de Paris. Apparemment les restrictions ne concernent pas le président de la République et ses invités. Mais qui en doutait ?
Michel Escatafal
10:20 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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