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29.03.2008

Une politique inconstante et irrationnelle...

639405426.jpgIl est bien connu que Nicolas Sarkozy refuse toute filiation avec Jacques Chirac, un de ses anciens mentors. Pire même, il essaie par tous les moyens de s’en démarquer, le plus souvent d’ailleurs maladroitement.  Et pourtant que de similitudes entre les deux hommes. Oh certes ils ne se ressemblent pas sur tout, notamment sur la taille, mais pour ce qui est des combinaisons politiciennes ils sont quasiment jumeaux. Enfin l’un comme l’autre ont été élus président de la République sur le mensonge, Jacques Chirac sur la fracture sociale qu’il n’a fait que contribuer à élargir, et Nicolas Sarkozy sur le thème du pouvoir d’achat qui ne fait que baisser pour les plus démunis, et qui augmente insolemment pour les plus riches. A la réflexion, il est aisé de s’apercevoir que c’est la même chose.

Les deux hommes ont aussi en commun, même si c’est rarement souligné, d’avoir perdu beaucoup d’élections. Chirac a dû s’y reprendre à trois fois pour arriver à l’Elysée, sans parler de la fameuse dissolution de 1997 qui s’était terminé par une arrivée miraculeuse de la gauche au pouvoir. On lui fera grâce du référendum sur la Constitution européenne où la plupart des partisans du OUI, entre autres Nicolas Sarkozy, ont été particulièrement nuls pendant cette campagne. De même nous ne lui imputerons pas les échecs, classiques et habituels, aux élections intermédiaires (municipales, cantonales, régionales et européennes).

Nicolas Sarkozy lui-même a subi plusieurs revers, dont le plus retentissant se situe lors des élections européennes de juin 1999, où la liste RPR-DL qu’il menait  a obtenu 12,8% des voix, devancée par la liste RPFIE de Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13%), et par liste du PS (22%). Personne n’a oublié non plus son échec personnel lors du référendum en Corse le 6 juillet 2003. En revanche on aura du mal à le créditer de ses succès électoraux à Neuilly, banlieue où la droite ne peut en aucune façon être battue, même en se déchirant comme elle l’a fait aux dernières élections municipales. En fait son seul vrai succès électoral, il l’a remporté le 6 mai dernier.

Cela dit, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se rapprochent sur un autre point : l’un et l’autre ne tirent que des conséquences politiciennes de leurs échecs électoraux. Nicolas Sarkozy en fait l’entière démonstration avec le changement amorcé…dans la direction de son parti, l’UMP. Il n’est bien évidemment pas question pour lui de s’interroger sur la pertinence d’une action politique qui a déjà fait la preuve de son inefficacité. La preuve, les électeurs l’ont lourdement sanctionnée. Le plus urgent pour le président de la République, c’est de reprendre en main un parti qu’il s’était appliqué à désactiver sitôt élu.

Son obsession, en effet, comme l’a toujours fait Chirac est d’avoir la main mise totale sur son parti, ce qui explique les arrivées de Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet, au sein de la direction de l’UMP. Il est vrai que Nicolas Sarkozy est bien placé pour savoir qu’un rival peut prendre à tout moment la tête d’un parti, pour peu qu’il en ait l’ambition et la volonté. C’est d’ailleurs comme cela que, malgré l’habileté politicienne de Jacques Chirac, celui-ci s’est fait doubler par…Nicolas Sarkozy en 2004, en prenant la tête de l’UMP. Cela étant,  beaucoup pensent comme moi que François Fillon, malgré sa popularité, n’a pas l’envergure pour réaliser ce type de pronunciamiento.

En revanche, en matière de politique étrangère, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ne se ressemblent pas vraiment.  Certes pour moi, ni l’autre ni l’autre ne sont d’authentiques européens. Il suffit de se rappeler  l’ « Appel de Cochin », où Jacques Chirac ne sachant comment s’y prendre pour contrarier l’action du gouvernement Barre en 1979, avait condamné « le parti de l’étranger et la politique de supranationalité », lors des premières élections du parlement européen au suffrage universel. Mais dans ses attaques incessantes contre la BCE, et dans la manière désinvolte qu’il a de se détourner de la législation européenne, Nicolas Sarkozy ne fait pas preuve de plus d’esprit européen que Jacques Chirac à cette époque.

Il est même aujourd’hui en décalage total sur ce plan, comme il l’est dans les relations extérieures. Jacques Chirac, une fois élu président de la République s’est efforcée de poursuivre l’action diplomatique de François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, avec à la fois une coopération européenne très forte et une volonté d’indépendance nationale affirmée, dans la ligne de celle du général de Gaulle. Jacques Chirac l’a prouvé à maintes reprises, tant dans sa relation privilégiée avec l’Allemagne, qu’avec ses prises de position sur la guerre en Irak en 2003.

Aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy qu’en est-il ? Et bien, on l’appelle  « Sarko l’Américain » ou quand il rend visite à la Reine d’Angleterre « Sarko le Britannique ».  Cette semaine, il en a fait des tonnes sur la relation franco-britannique au point de ne plus parler avec Gordon Brown de la vieille  « entente cordiale » pour la remplacer par « l’entente formidable ». Au-delà des mots, cela veut dire que les Britanniques comptent sur Nicolas Sarkozy pour faire en sorte que ce nouveau concept amène la France et la Grande-Bretagne à une « relation forte avec notre partenaire américain » pour parler comme Gordon Brown. En clair, compte tenu des liens privilégiés entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, Nicolas Sarkozy va être « le caniche » de Georges Bush et de Gordon Brown à la fois. Et dire que son parti se veut d’essence gaulliste !

Et l’Europe alors ? C’est justement ce qui inquiète notre partenaire allemand.  Jusqu’à présent les Allemands savaient que la France était leur allié privilégié et vice-versa. Depuis le 6 mai 2007, les relations entre Paris et Berlin ont été marquées  par une instabilité chronique. Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, « la politique du président Sarkozy apparaît inconstante et égocentrique », et ce n’est pas l’idée d’une union méditerranéenne sortie d’on ne sait où, vite diluée au demeurant par Angela Merkel, qui va redorer le blason de Nicolas Sarkozy en Allemagne. Bref, les Allemands craignent que cette « nouvelle fraternité franco-britannique » ne se fasse sur leur dos et au détriment de l’Europe.

Encore une fois, nous pouvons constater à quel point les Français se sont trompés en élisant un président démagogue et populiste à la tête de leur pays. La France est en train de perdre ce qui lui restait d’aura et de prestige dans le monde. Elle inquiète ses partenaires traditionnellement les plus proches en Europe et en Afrique, pour se rapprocher d’un axe anglo-américain qui la tient parfois pour quantité négligeable. Nicolas Sarkozy a pu s’en rendre compte encore une fois lors de sa visite en Grande-Bretagne, quand Gordon Brown lui a répliqué sèchement qu’il ne boycotterait pas la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin.

Et pourtant il avait annoncé lors de son discours au Parlement britannique (avant d’en informer officiellement les Français !) qu’il enverrait 1000 hommes de plus en Afghanistan, montrant par là sa volonté de reprendre toute sa place au sein de l’OTAN, ce qui ne pouvait que faire plaisir à ses hôtes qui n’en demandaient pas davantage. Il est vrai qu’en plus de leur désir de lutter contre les talibans, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont en commun des déficits de leurs finances publiques et de leur balance commerciale tout à fait considérables. C’est peut-être cela qui rapproche Georges Bush, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, mais il n’y a pas de quoi en être fier.

Michel Escatafal

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