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27.03.2008

Cotiser plus pour avoir moins de retraite !

Cotiser plus pour avoir moins de retraite ! Tel est le slogan que veut nous imposer le gouvernement, même s’il se refuse à le dire. Aujourd’hui donc, commencent les négociations sur les nouvelles dispositions liées à la loi de 2003, dite loi Fillon. Parmi celles-ci il y a deux thèmes essentiels : l’allongement de la durée des cotisations et la revalorisation des pensions et des retraites les plus faibles. Cela étant pour le premier Ministre, au moins sur le premier point, le débat est tranché depuis longtemps puisqu’il considère qu’on ne touche pas à l’âge légal de départ en retraite (60 ans). Ce que ne dit pas François Fillon c’est la suite,  à savoir que si on part à 60 ans on risque fort de ne pas toucher une retraite à taux plein.

En fait, toute la problématique se situe dans cette dernière phrase. Le gouvernement et le patronat veulent un allongement de la durée de cotisation, mais se refusent à embaucher ou à garder des personnes dépassant les 55 ans. On devine aisément pourquoi : un salarié qui a plus de 55 ans, pour peu qu’il soit dans l’entreprise depuis une dizaine d’années, coûte beaucoup plus cher qu’un jeune qui sort tout juste de l’école ou de l’université. Certes le salarié de 55 ans (ou plus) a pour lui son expérience mais, tout compte fait, il est plus facile d’embaucher un jeune arrivant sur le marché du travail avec un niveau d’études intéressant, donc facile à former  et peu regardant sur le salaire, parce qu’il sait que nombre d'entreprises embauchent avec des niveaux de rémunération très bas. En clair, les « masters » ou les DESS font leur effet sur le CV, mais pas sur la fiche de paye.

Dans ces conditions l’ire des syndicats ou des salariés eux-mêmes est compréhensible, car ils savent bien que derrière toutes les bonnes paroles sur la nécessité des réformes, se cache une régression sociale majeure, et surtout une volonté délibérée de ne pas faire ce qui a été fait dans de nombreux pays, à savoir prendre les mesures nécessaires pour favoriser l’emploi des séniors. A ce propos, le gouvernement s’est-il posé la question de savoir si de nombreux salariés ne seraient pas désireux de poursuivre plus longtemps leur carrière dans l’administration ou les entreprises, ne serait-ce que pour aider au financement des études de leurs enfants, à la fois longues et coûteuses.  

Mais le plus scandaleux dans cet allongement programmé, réside dans le fait que ceux qui ont un travail pénible ou qui ont travaillé très tôt devront aussi cotiser 41 ans, dans un premier temps, pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Or de nos jours, même ceux qui exercent un métier manuel suivent généralement des études,  qui les font véritablement entrer dans le marché du travail à l’âge de 20 ans. On n’est plus dans les années 50 ou 60, où les gens commençaient à travailler dès l’âge de 14 ans dans un contexte de plein emploi. De plus, qu’en sera-t-il des femmes qui ont pris des congés sans traitement pour élever leurs enfants ? Avec le dispositif envisagé par le gouvernement, elles sont sûres de ne pas toucher une retraite à taux plein.

Le pire dans cette affaire c’est que chaque fois qu'une loi passe restreignant les avantages de ceux qui travaillent, on ne revient jamais en arrière ou très rarement. C’est d’ailleurs une question que le Mouvement démocrate devra se poser le moment venu (oui je continue à être optimiste !). Dans le programme présidentiel de François Bayrou, la question des retraites était abordée différemment  avec la mise en place d’une retraite par points, applicable à tous, qui aurait permis d’individualiser les choix de départ et de donner une totale lisibilité au système. A cela s’ajoutait une bonification pour les femmes ayant élevé des enfants, mais aussi pour les métiers pénibles et pour ceux qui voulaient travailler au-delà de l’âge légal. On était dans une logique très différente et malheureusement, pour ces mesures comme pour beaucoup d’autres, on n’a pas donné ou su donner la publicité que cela méritait. 

En tout cas, si nous sommes en charge du pouvoir (cela finira bien par arriver), il faudra nécessairement revenir au nom de l’équité et la transparence sur les dispositifs que l’on met en place. Il faut que les règles du jeu soient précises,  et ne changent pas au gré des revendications du MEDEF. Allonger la durée de cotisations ne doit pas signifier une baisse des montants octroyés au moment du départ en retraite. Au contraire, travailler plus longtemps (à 63, 65 ou 67 ans)  doit permettre d’avoir une retraite plus élevée quand le moment de cesser son activité sera venu. En revanche, ceux qui voudront cesser leur activité plus tôt doivent savoir qu’ils auront une retraite moins importante (sauf pour certains métiers à définir), mais le moment du départ ne doit pas être « forcé » comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. Toutes ces mesures permettront en outre  d’y voir plus clair dans le besoin de financement de ces retraites, ce qui est loin d’être le cas de nos jours.

Michel Escatafal

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