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20.03.2008
Irak, Afghanistan, jusqu'à quand?
Sur ce site j’avais écrit il y a peu, que Georges W. Bush aura été le président qui a accumulé le plus d’échecs pendant les deux mandats qu’il a accomplis à la Maison Blanche. J’en profitais pour souligner au passage, qu’il était extrêmement étonnant qu’un président comme Georges Bush ait pu être réélu après un premier mandat calamiteux. Cela dit Nicolas Sarkozy a bien été élu l’an passé à la présidence de la République, en se faisant passer pour un homme neuf, alors qu’il avait été pendant quatre ans le numéro deux des précédents gouvernements. Pour autant il reste à espérer pour notre pays que Nicolas Sarkozy n’accumulera pas, avec la même constance que Georges Bush, les échecs et les mauvaises décisions.
Je dis bien il reste à espérer, parce que les premiers mois de Nicolas Sarkozy à l’Elysée ont été dans la lignée des résultats de son ami américain, au point de subir un naufrage électoral aux élections municipales et cantonales dimanche dernier. En tout cas, il est heureux que la France ne soit pas une puissance militaire du niveau de celle des Etats-Unis ou de feu l’Union Soviétique parce que, dans cette hypothèse, il y aurait beaucoup à craindre de la part de notre président de la République. N’oublions quand même pas que, contre l’avis des militaires de haut rang et sans que le Parlement ait son mot à dire, il n’a de cesse d’envoyer des renforts français en Afghanistan et ce, au moment où plusieurs pays ayant des troupes là-bas veulent se désengager de ce conflit sans fin.
En fait, à part Nicolas Sarkozy et Georges Bush, tout le monde se pose la question du retrait des troupes guerroyant en Afghanistan et en Irak depuis respectivement 2001 et 2003. En effet, hier cela faisait cinq ans jour pour jour que les premiers missiles américains tombaient sur Bagdad, et le moins que l’on puisse dire est que le bilan de ce conflit est tout à fait désastreux. Au moins 80000 civils tués depuis le début du conflit, plus quelques dizaines de milliers de militaires dont 4000 Américains. A cela s’ajoute plus de 1500 milliards de dollars dépensés en pure perte, soit l’équivalent de la richesse nationale produite annuellement par un pays comme l’Italie.
Bref, une gabegie financière et plus encore humaine qui déshonore les Etats-Unis et ceux qui les soutiennent, même si nombreux sont ceux qui en Europe, en Australie et en Amérique s’insurgent contre cette guerre qui fait régner le chaos dans un pays plongé dans un désastre humanitaire sans précédent, au point de faire regretter aux Irakiens l’époque de Saddam Hussein. Quel beau résultat en effet, et quel triste constat pour un président des Etats-Unis qui achève son mandat dans la honte et l’opprobre du monde entier.
Et en disant cela je pèse mes mots, la meilleure preuve en étant le recul depuis quelques temps de l’usage de la langue anglaise. Il y a quelques années, la moindre interview de la part des correspondants étrangers dans les pays d’Extrême Orient ou encore dans les pays arabes, voire même sud-américains, se faisaient toujours en anglais. Aujourd’hui, cela se fait dans la langue du pays. Manifestement, Georges W. Bush aura largement contribué à l’affaiblissement durable de la nation dont il est le président, celle-ci ressemblant de plus en plus au « tigre de papier » dont parlait Mao Zedong dans les années 60 et 70.
L’Irak figure bien entendu au premier rang ou presque des préoccupations électorales des Américains. Je dis bien presque, parce que la crise qui frappe des pans entiers de l’économie des Etats-Unis prend de plus en plus d’importance dans l’esprit des Américains, qui sont chaque jour plus nombreux à subir les effets de cette crise. Et pendant ce temps leur pays dépense en Irak des milliards de dollars, qu’il est obligé d’emprunter au monde entier. Comme le dit un des auteurs d’une étude publiée sous l’autorité du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz : « Aujourd’hui, le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut même plus sauver ses propres banques ».
A ce propos, les Américains commencent à réaliser que la guerre en Irak n’a pas que des conséquences néfastes sur le plan militaire ou sur les déficits de leur pays. Ils s’aperçoivent notamment que l’augmentation sans fin du prix du pétrole est aussi la résultante de ce conflit, et cela pèse lourdement sur le budget des ménages. C’est la raison pour laquelle, dans le débat électoral qui va occuper les Etats-Unis jusqu’en novembre, la question irakienne va occuper les esprits presque autant que la question économique.
Mais que proposent les trois candidats qui animent, et vont animer, la campagne présidentielle américaine ? En fait, ils ont des propositions assez différentes qui, a priori, nous confortent dans l’idée qu’un démocrate devrait succéder à Georges Bush, compte tenu de l’impopularité de cette guerre. En effet le candidat républicain Mac Cain, vétéran du Vietnam, a déjà affirmé à plusieurs reprises qu’avec lui comme président les Etats-Unis ne se retireront pas d’Irak, allant jusqu’à rendre permanente l’occupation du pays, « cent ans s’il le faut ». Voilà qui a le mérite de la clarté et…qui fait plaisir aux plus excités des défenseurs de la « lutte contre le terrorisme ». On imagine qu’il fera de même en Afghanistan. Sur ce point il aura à coup sûr le soutien de notre président de la République, qui a dit le mois dernier quasiment la même chose en parlant «d’une guerre contre le terrorisme, contre le fanatisme, que nous ne pouvons pas et ne devons pas perdre ».
Les deux candidats démocrates sont eux pour le retrait, mais le calendrier n’est pas le même. Hillary Clinton prône un retrait qui commencerait 60 jours après sa prise de fonction, et qui se poursuivrait de manière progressive. Pendant combien de mois ou d’années ? Ce n’est pas précisé dans le programme. En revanche Barack Obama a été beaucoup plus précis : ce serait un retrait de toutes les troupes de combat dans les 16 mois. Cela voudrait dire qu’il n’y aura plus de combattants américains en Irak en juin 2010, ce qui inquiète quand même les observateurs, ces derniers n’imaginant pas que le pays puisse du jour au lendemain retrouver son calme et son assise, vu l’état de décomposition de la société irakienne après tant d’années de guerre.
On le voit, les scénarios qui sont envisagés par les trois candidats comportent de multiples incertitudes, et ce n’est pas une campagne électorale qui va les lever. Même l’hypothèse la plus simpliste, celle de Mac Cain, reste très aléatoire car il est impensable que les Etats-Unis puissent prolonger indéfiniment une aussi coûteuse occupation. Alors il faut souhaiter que le pire n’arrive pas, et que le désengagement américain se fasse en bon ordre quelle que soit la solution envisagée. Ces paroles sont celles de la sagesse, et vont à l’encontre des affirmations de Georges Bush qui croit encore, ou fait semblant de croire à la victoire des Etats-Unis, alors que de l’avis de tous les observateurs militaires l’armée américaine est à bout de souffle, comme elle l’est aussi en Afghanistan. Et puis dans les deux cas, de quelle victoire pourrait-il s’agir ?
Espérons là-aussi, sans trop y croire, que notre président de la République n’ira pas trop loin dans ses idées guerrières. A ce propos Nicolas Sarkozy, qui veut faire des réformes d’ordre institutionnel, serait bien inspiré d’abandonner le principe « du domaine réservé » d’un autre âge. Après tout, la politique étrangère ne saurait être interdite aux représentants du peuple. Alors pourquoi ne pas faire ce que François Bayrou avait proposé pendant la dernière campagne présidentielle, à savoir que chaque année un discours sur l’état du monde soit prononcé par le président de la République, et que cela donne lieu à un débat, et le cas échéant, au vote d’une résolution exprimant les orientations du Parlement. Voilà une réforme peu coûteuse qui serait une réelle avancée démocratique.
Michel Escatafal
09:46 Publié dans politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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