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14.03.2008
"La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf"
Aujourd’hui, deux jours avant le vote de dimanche, je vais essayer de prendre un peu de hauteur car nous en avons plus que jamais besoin. Comment les Français peuvent-ils s’intéresser à la politique, quand on voit le spectacle affligeant qu’offrent tous ces hommes politiques de premier plan pour essayer de gagner une ville, ou de la faire gagner à leurs amis ? Tout le monde jure la main sur le cœur que l’enjeu de ces élections municipales est d’abord local, mais chacun à droite et à gauche en fait un enjeu national. Si Xavier Darcos est battu à Périgueux cela aura été pour l’UMP un enjeu local, mais s’il est élu l’enjeu aura été national. Ce sera la même chose à Marseille et à Toulouse pour ne citer que ces deux villes.
Ce spectacle me fait penser que, finalement, les Français élisent souvent quelqu’un qui leur ressemble. Nicolas Sarkozy en est quelque part l’archétype. Comme les Français, il voit son pays plus grand et plus puissant qu’il ne l’est en réalité, lui-même d’ailleurs ayant ce sentiment et je ne parle pas que de la taille. Comme de nombreux Français, il est vantard et veut profiter au maximum de tous les avantages de sa fonction, mais rechigne à faire les efforts nécessaires pour améliorer la situation de son pays. Les efforts ce sont les autres qui doivent les faire, pas nous. Pourquoi ? Parce que la France c’est autre chose, c’est le pays de la Révolution, elle a une histoire millénaire etc.
Hier soir en regardant les chaînes de télévision étrangères, parce qu’en France on aborde peu ces sujets en cette période électorale, je me faisais un plaisir d’assister au spectacle de l’arrivée des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays européens, lors du Sommet de Bruxelles pour parler, notamment, de la fumeuse union méditerranéenne chère à Nicolas Sarkozy. Et bien, c’est ce dernier qui apparaissait partout, allant de l’un à l’autre, tapant sur l’épaule de chacun et discutant comme s’il comprenait tout ce que l’autre lui racontait. Bref du Sarkozy (ou du Français) dans toute son expression quand il se déplace à l’étranger. Il est partout chez lui, et il fait semblant d’être à l’aise dans toutes les situations. Il y ajoute un zeste de culot qui masque en partie ses faiblesses, et lui permet d’avoir l’impression de sauver la face quand il est mis en difficulté, ce qui lui arrive souvent.
Quel contraste avec Berti Ahern ou Jose Luis Zapatero, pour ne citer qu’eux ! Et pourtant, malgré les cris de victoire de France Info ce matin, Nicolas Sarkozy n’a pas de quoi pavoiser à propos de son projet d’union méditerranéenne. Ce projet en effet a été mis en miettes par Angela Merkel, comme l’a souligné hier soir un journaliste britannique, ce qui a permis d’obtenir un accord du bout des lèvres de la part des responsables polonais, roumains, autrichiens ou slovènes, parmi les plus réticents à cette idée. Quant aux Britanniques, ils ont dit que ce qui comptait pour eux c’était le fait que cela ne coûte pas d’argent. On ne peut pas faire mieux comme enterrement de première classe. Toujours la perfide Albion !
Cela n’a pourtant pas empêché Nicolas Sarkozy d’affirmer sans rire : « Pour moi c’est une grande émotion de voir que cette idée voit le jour puisque la totalité des pays européens l’a accueillie avec enthousiasme… ». C’est cela la France de Nicolas Sarkozy, du moins le croit-il, même si c’est en partie vrai. Il faut quand même une sacrée dose de mauvaise foi pour parler d’enthousiasme à propos de ce projet, alors qu’on s’est contenté de remettre au goût du jour le processus de Barcelone, sur les partenariats euro-méditerranéens, qui date de 1995. De plus, quand on voit les pays arabes boycotter le Salon du Livre à Paris parce qu’on y met à l’honneur Israël, on imagine quelle pourrait être la coopération entre les pays du Moyen-Orient si cette union devait réellement voir le jour.
Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans le fait que la France ait pris une initiative et il n’y a que cela qui puisse compter. En même temps, comme l’ont souligné plusieurs observateurs du Sommet, cela fait quelque peu oublier aux Européens nos déficits qui s’aggravent, et par les temps qui courent c’est toujours cela de pris. Encore une fois on pourrait dire de Nicolas Sarkozy : « c’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », pour parler comme Jean de La Fontaine. Voilà l’opinion que les Européens ont aujourd’hui de la France et de son président. Oh certes ailleurs il y a aussi des problèmes, mais chez nous ces problèmes sont exacerbés parce que le souci est d’abord de les occulter.
Pour conclure je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre : « Les objectifs (économiques) qui doivent être poursuivis ne peuvent évidemment être atteints rapidement. Il faut le dire sans ambiguïté aux Français : l’effort sera difficile, il sera long ». Et oui, c’est dur à entendre pour nous, mais il faudra bien un jour ou l’autre en passer par là, sous peine de voir notre situation devenir intenable sur le plan des finances publiques. Certes une politique basée sur l’effort et la durée n’est pas porteuse en termes de voix ("on ne gagne pas une élection présidentielle en promettant du sang et des larmes" a dit Nicolas Sarkozy), mais c’est le devoir des dirigeants de mettre chacun de nous face à ses responsabilités avec des objectifs clairs et assumés sans faiblesse. C’est là toute la différence entre un homme d’Etat comme l’était Raymond Barre, qui a quitté le pouvoir en laissant « des caisses pleines », et un Nicolas Sarkozy pour qui l’exercice du pouvoir est une succession de coups médiatiques, qui ne font qu’affaiblir durablement la situation de notre pays.
Michel Escatafal
08:40 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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