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08.03.2008

Le président de la République et le Premier ministre

710258959.jpgLes élections municipales arrivent au terme de leur campagne de 1er tour,  et tout le monde pressent une défaite du parti majoritaire, l’UMP. En fait la seule inconnue réside dans l’ampleur de cette défaite, même si nombre d’observateurs prédisent quelle sera sévère. Dans ce cas, elle sera à la mesure des promesses, non tenues,  qui auront été faites par le candidat à l’élection présidentielle Sarkozy. D’ailleurs comment aurait-il pu en être autrement ? Peut-on sérieusement diminuer les impôts et réduire les déficits avec une croissance inférieure à 2% ? Poser la question, c’est y répondre.

Par ailleurs, les Français vont montrer aussi au président de la République que son style de gouvernement ne leur convient pas, ce dont l’intéressé semble avoir pris acte, mais jusqu’à quand ?  Dans sa dernière interview au Figaro, il a fait preuve de plus de retenue que d’habitude évitant les annonces spectaculaires et les images chocs, d’où ce sentiment « de platitude » évoqué par les sondeurs. Et oui, le problème pour Nicolas Sarkozy est qu’il ne peut pas impunément changer de style, à force d’avoir forcé le trait pendant des années, sous peine de donner l’impression de n’être plus lui-même.

En outre, il ne peut pas s’appuyer sur son Premier ministre soit pour corriger son image, soit tout simplement pour gouverner différemment, car François Fillon semble tout à fait heureux de se cantonner dans son rôle de collaborateur discret, même s’il refuse le terme de collaborateur. Et pourtant, il n’est rien d’autre qu’un collaborateur, une sorte d’adjoint qui sert de relais entre la direction et son équipe. D’ailleurs les Français, qui ne sont pas toujours à une contradiction près, le placent haut dans les sondages précisément parce qu’il ne fait rien, ce qui est (presque) sans précédent dans l’histoire de la Vè République.

Essayons donc de faire un peu d’histoire depuis 1958, en précisant tout d’abord que la Constitution de 1958 était mi-présidentielle, mi-parlementaire. D’ailleurs comme je l’ai souvent souligné ici, pendant les premières années de la Vè République  jusqu’au référendum de 1962, instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel,  le général de Gaulle s’est comporté comme un chef d’Etat parlementaire. Michel Debré a lui-même reconnu que durant les trois années où il fut Premier ministre, le président de la République lui laissa conduire librement les affaires intérieures du pays, conformément à la lettre de la Constitution de 1958.

La réforme de 1962 va permettre au président de la République de modifier substantiellement le fonctionnement du régime, et de concentrer à l’Elysée les divers moyens du pouvoir. Cette concentration sera d’autant plus facilitée, que les élections législatives de novembre 1962 allaient donner au général de Gaulle une majorité parlementaire nette et homogène. En fait, on était déjà dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, sauf que le président de la République s’appelait Charles de Gaulle et que le Premier ministre était Georges Pompidou.

Si je rappelle le nom des ces deux hommes, c’est précisément parce que ce sont quand même les hommes qui font en partie la fonction. Georges Pompidou fut en effet loin d’être ce Premier ministre falot, type Fillon, en qui certains voyaient au moment de sa nomination un simple faire-valoir du général de Gaulle. Les faits ont largement démontré le contraire au point qu’en 1968, de Gaulle décida le remplacement de Georges Pompidou, qui finissait par lui porter ombrage, par Maurice Couve de Murville.

Une fois élu à son tour président de la République en 1969, et fort du soutien de la majorité parlementaire pléthorique issue des urnes en 1968, Georges Pompidou allait confirmer le présidentialisme qui s’était développé avec le général de Gaulle.  Et lui aussi allait céder à la tentation de se séparer de son  Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, devenu trop populaire à ses yeux et surtout trop réformiste par rapport aux idées de Georges Pompidou. Avec Pierre Messmer  qui ne souhaitait pas mener une politique autonome, le président Pompidou allait gérer plus directement l’action gouvernementale.

Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 après la mort de Georges Pompidou, allait dans un premier temps se comporter lui-aussi comme un véritable chef de gouvernement. De fait cela aboutit très vite à un conflit avec son Premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, ce qui permit à ce dernier de démissionner avec fracas en août 1976. Il est vrai que cette démission tombait bien pour les deux hommes, la situation économique de notre pays, confronté au premier choc pétrolier,  étant devenue désastreuse. Cela permis à l’un, Jacques Chirac, de préserver l’avenir et à l’autre, Valéry Giscard d’Estaing, d’appeler au poste de Premier ministre Raymond Barre qui sera, sans aucune contestation possible, le meilleur Premier ministre de toute l’histoire de la Vè République.

François Mitterrand élu en 1981, renouera avec la tendance amorcée par Georges Pompidou et la renforcera. A cette époque le Premier ministre, Pierre Mauroy,  aura surtout un rôle de relais auprès des organisations syndicales pour mettre en œuvre les réformes décidées par la présidence de la République. Cela étant, même si son poids politique était fort, faute sans doute des compétences nécessaires, il ne saura pas arrêter les dérives en termes de finances publiques que cette politique produisait.

Bien entendu, nous ne parlerons pas des périodes de cohabitation où la nomination du Premier ministre est imposée  par le suffrage universel, et où tout à fait normalement la République redevient en grande partie parlementaire. Ce fut le cas entre 1986 et 1988, puis 1993-1995, et enfin entre 1997 et 2002. Entre temps, il n’y aura eu réellement qu’un seul Premier ministre qui aura marqué son époque, Michel Rocard. Ce dernier lui aussi très populaire, sera renvoyé sans ménagement en mai 1991 sans jamais avoir été désavoué par la majorité parlementaire, ce qui permettra à François Mitterrand de nommer pour la première fois une femme au poste de Premier ministre, Edith Cresson. Cette dernière ne laissera pas pour autant un souvenir impérissable.

Jacques Chirac, une fois  président de la République, essaiera lui aussi d’élargir au maximum sa sphère d’intervention.  Je dis bien essaiera, parce qu’entre une dissolution manquée et une présidence entre 2002 et 2007 où son adversaire le plus farouche, Nicolas Sarkozy, était au gouvernement,  ses pouvoirs ont quand même été largement limités. Et nous en arrivons à la période actuelle, avec ce couple improbable à la tête de l’exécutif formé par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Les  deux hommes qui sont très dissemblables  avaient  en fait un  seul point commun, leur farouche opposition à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy parce qu’il voulait prendre sa place et François Fillon parce qu’il ne faisait plus partie du gouvernement. Rien que de l’idéologie !

Aujourd’hui, le président de la République est très impopulaire et, curieusement, le Premier ministre serait très populaire. C’est du moins ce que disent les instituts de sondage. Il faut quand même se méfier car les Français ne sont pas dupes. Ils savent bien que ce n’est pas François Fillon qui gouverne, et ils se doutent aussi que l’actuel Premier ministre n’a pas les moyens de l’ambition que certains lui prêtent, à savoir penser à la présidentielle. Nicolas Sarkozy a beaucoup de défauts, mais tout le monde lui reconnaît, comme pour Jacques Chirac, une grande capacité à mener victorieusement un combat électoral à enjeu national. On imagine mal François Fillon dans ce rôle.

Cela veut dire qu’à coup sûr, pour François Bayrou,  l’homme à battre à la prochaine échéance présidentielle sera encore Nicolas Sarkozy et ce, quel que soient les résultats des élections à venir. Cependant, il serait quand même bon que le peuple français commence à marquer sa défiance vis-à-vis du pouvoir actuel dès demain, à l’occasion des élections municipales et cantonales. Si les Français veulent réellement le changement, ils doivent voter pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate. Nos candidats ont l’élan et la volonté pour gouverner autrement. Ils sont le plus souvent sans mandat, mais ils ont des idées fortes qu’ils sont prêts à mettre en œuvre pour peu qu’on leur fasse confiance. Comment peut-on être à la fois maire, conseiller général, député, président de communauté d’agglomération etc. ?  Absurde !

Michel Escatafal

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