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01.03.2008

La Russie ne passera pas dans l'après-Poutine

1558109755.jpgIl y a un an comme aujourd’hui, nous abordions en France la dernière ligne droite de l’élection présidentielle. Ceux qui comme moi faisaient campagne pour François Bayrou avaient le coeur plein d’espoir parce qu’ils voyaient le leader centriste, comme on disait à l’époque,  monter dans les sondages. Et de fait nous y avons cru jusqu’au bout, parce que nous nous disions qu’on ne pouvait pas accorder le label du changement à un homme comme Nicolas Sarkozy, au pouvoir avec ses amis depuis 2002. Nous connaissons tous le résultat, et si changement il y a eu dans notre pays, c’est celui dont les Français ne voulaient pas à savoir une dégradation de leur niveau de vie, des cadeaux fiscaux aux plus riches, des options en politique étrangère qui nous ramenaient 50 ans en arrière, et une manière de gouverner où se mêlent le toc, la frime et l’irresponsabilité. Bref, il s’est passé exactement ce que nous écrivions il y a un an, et cela ne nous réjouit pas pour autant.

Demain, il y a une autre élection présidentielle qui compte dans un pays, la Russie,  à la fois proche du nôtre par l’histoire, mais aussi très éloigné dans sa culture démocratique. Certes en France notre président « bling, bling » manifeste parfois le goût qu’il aurait pour le pouvoir personnel, mais il sait bien que dans notre pays la ligne rouge ne peut pas être franchie impunément,  sous peine de voir le peuple dans la rue. Cela Nicolas Sarkozy ne l’ignore pas, et il le sait d’autant mieux qu’en France on brûle vite ce que l’on a adoré. En revanche en Russie, cela ne gêne pas grand-monde de voir un président ayant tous les pouvoirs le garder pour longtemps. Il est vrai que la tradition russe est très différente de la tradition française. N’oublions pas que les Romanov ont régné sur le pays de 1613 à 1917 et s’il y a eu aussi une révolution en 1917, celle-ci n’a pas apporté plus de démocratie qu’auparavant, au contraire même.

Donc, le 2 mars 2008, la Russie aura un nouveau président élu pour quatre ans. La seule nouveauté est que cette fois le Czar va changer de trône. En effet, le président en exercice Vladimir Poutine ne peut pas se représenter une troisième fois, parce que la constitution de la Russie l’interdit. Ne voulant pas changer la Constitution à son profit, il a tout simplement décidé de désigner son successeur à la tête de l’Etat, à savoir Dimitri Medvedev l’actuel vice-Premier ministre. Cela signifie que les Russes non seulement connaissent leur futur président, crédité d’environ 70% dans tous les sondages, mais ils connaissent aussi leur prochain Premier Ministre, qui sera Vladimir Poutine. Lequel, si tout se passe comme prévu, redeviendra président en 2012, se représentera en 2016 et sera donc élu jusqu’en 2020. Cela doit faire rêver Nicolas Sarkozy !

Quand on interroge les Russes pour savoir auquel des candidats ils vont accorder leurs suffrages, presque tous répondent : « Poutine, bien sûr ! ».  Pour eux, Medvedev c’est le second nom de Poutine (ils apparaissent ensemble sur les affiches électorales), et le vrai responsable du pouvoir en Russie restera Vladimir Poutine.  Celui-ci d’ailleurs ne fait pas mystère de ses intentions, puisqu’il a déjà confirmé à maintes reprises son intention d’assumer «  l’autorité exécutive suprême » une fois devenu Premier ministre. Vladimir  Poutine aura beaucoup plus de pouvoirs que François Fillon, ou plutôt Dimitri Medvedev aura quasiment les mêmes pouvoirs que François Fillon. Toutefois, pour rester dans la comparaison avec la France, la différence entre Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine réside dans le fait que  s’il apparaît très hypothétique (heureusement) pour Nicolas Sarkozy d’être réélu en 2012, en revanche la réélection de Vladimir Poutine à cette même date est quasi certaine, sauf si…

Qu’est-ce que cela signifie ce sauf si… ? Tout simplement qu’il faudra nécessairement que le Czar, Poutine, se livre dans tous les cas de figure à quelques acrobaties constitutionnelles pour exercer pleinement le pouvoir. Tout d’abord, dans l’état actuel des choses, le Premier ministre ne s’occupe réellement que des dossiers mineurs, mais ne peut en aucun cas exercer la réalité du pouvoir. Donc pour que le Premier ministre puisse exercer ce pouvoir selon les termes de la constitution,  il faudrait modifier la constitution, mais dans quatre ans il faudra faire le chemin inverse ce qui ne ferait pas très sérieux, notamment aux yeux de l’étranger. Mais qui s’en soucie en Russie ?

Cela étant, la constitution existe et Medvedev aura théoriquement les moyens légaux pour contrer Poutine dans ses aspirations.  Après tout en 1999, qui connaissait Poutine quand il fut nommé Premier ministre par Boris Eltsine ? Quasiment personne et cela ne l’a pas empêché, en moins d’un an, de devenir le maître absolu et incontesté du Kremlin sachant jouer à la fois sur les sentiments nationalistes des Russes, sur la proximité avec la hiérarchie orthodoxe, et les aspirations des nouveaux hiérarques. De plus, comme le disent de nombreux exégètes de la vie politique russe, le peuple aime les dirigeants forts et lointains. Or Poutine est fort, c’est indiscutable,et il est aussi très lointain pour ne pas dire mystérieux aux yeux du peuple russe. Le Czar cache soigneusement sa vie privée et personne, ou presque, ne connaît son épouse. Bref, c’est vraiment sur ce plan l’anti Sarkozy !

Alors, la question se pose de nouveau : le nouveau président qui devra toute sa carrière à Poutine, aura-t-il l’envie avant d'avoir la force de devenir calife à la place du calife ? Et si oui, pourra-t-il mettre à l’écart  un homme qui tient pour le moment tout l’appareil du pouvoir, qui a le soutien des puissances d’argent et des médias dirigés par des hommes à lui ? A priori, cela paraît impensable et le pronostic général est que, constitution ou pas, Vladimir Poutine continuera d’exercer la réalité du pouvoir et de l’incarner à l’extérieur, pour de longues années encore. Nous en connaissons  au moins un qui aimerait être dans la même situation !

Michel Escatafal

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