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28.02.2008
Le pétrole et l'euro battent des records
Le monde de l’économie vole depuis quelque temps de records en records, ce qui n'est pas sans conséquence sur les grandes zones économiques de la planète. Parmi ceux-ci, il y a le cours de l’euro qui vient de dépasser 1,50 dollar, et le prix du pétrole qui vient de dépasser le seuil, dit psychologique, de 100 dollars le baril. Tous les observateurs du monde économique ont souvent souligné les raisons de cette fièvre sur l’or noir, à savoir une demande de plus en plus forte en provenance des pays émergents qui enregistrent, pour les plus importants d’entre eux, une croissance allant de 8 à 10%, voire même plus. A cela s’ajoutent les troubles géopolitiques que nous connaissons, notamment avec l’Iran, sans oublier les décisions de l’OPEP peu favorables à une augmentation de la production et, comme toujours, la spéculation qui fait monter artificiellement les cours. Bref, tout est bon pour faire monter le prix du pétrole y compris la dépréciation continue du dollar qui contribue à la spéculation.
En effet, beaucoup pensent que la faiblesse historique de la devise américaine est un des facteurs importants de la hausse quasi continue des cours du pétrole depuis plusieurs mois maintenant. Rappelons que le 1er janvier 2007, l’euro valait 1,30 dollar et qu’à ce moment-là le pétrole était encore à un peu moins de 60 dollars le baril. Depuis le dollar n’a cessé de perdre de sa valeur par rapport à la monnaie unique (- 17%), mais aussi par rapport aux autres monnaies importantes dans le monde, et le pétrole n'a cessé de grimper (il vaut trois fois plus cher aujourd’hui qu’en janvier 2003). En fait le marché pétrolier, depuis quelques temps est confronté à un cercle vicieux. En effet, plus la devise américaine baisse, et plus la spéculation nourrit la hausse de l’or noir. Et c’est d’ailleurs le cas aussi des autres matières premières. A ce niveau de faiblesse du dollar, l’achat d’un baril reste, nous dit-on, très attractif pour les investisseurs.
Le problème est que cela ne pourra pas durer éternellement, sous peine d’avoir de graves conséquences pour les pays consommateurs, même si la dépendance des pays riches vis-à-vis du pétrole s’est réduite par rapport à l’époque 1973-1979. Dans les pays les plus développés le tertiaire prend une place sans cesse plus importante, y compris d’ailleurs dans les pays émergents. De plus, par rapport à cette époque, le pétrole et le charbon ne sont plus qu’une composante parmi d’autres des ressources énergétiques, la diversification dans le nucléaire et les énergies renouvelables atténuant largement la facture énergétique.
On a beau critiquer dans les pays occidentaux la mise en chantier de centrales électriques d’origine nucléaire, il n’en reste pas moins que la part du nucléaire dans la production totale nette d’électricité qui est, par exemple, de 78 % en France soit 17% de l’énergie totale consommée, diminue largement la facture énergétique. En donnant ces chiffres, et par parenthèse, cela me fait penser au débat avant le 6 mai dernier entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui, manifestement ne connaissaient ni l’une, ni encore moins l’autre ces pourcentages, ce qui était pour le moins stupéfiant.
Pour revenir à la moindre dépendance des pays consommateurs, cela ne veut pas dire pour autant que l’impact d’un pétrole à 100 dollars le baril n’a pas d’incidences dommageables pour nos économies. Tout d’abord, la consommation de carburant est en quasi-totalité d’origine pétrolière. Or, la part des dépenses des ménages liée aux produits pétroliers (fioul, essence) atteint 7 à 8% en moyenne dans les pays occidentaux, donc une augmentation des prix des carburants pèse d’un poids non négligeable sur le pouvoir d’achat. Aux Etats-Unis, où la prise de conscience sur les problèmes énergétiques est nettement moins développée que chez nous, l’incidence négative sur la croissance du PIB se situerait entre 1 et 1,5% avec un baril qui se maintiendrait autour de 100 dollars. Elle serait moindre chez nous, dans la Zone Euro, en raison d’une part de prélèvements fiscaux plus importants (65%) qu’aux Etats-Unis (15%), ce qui atténue la hausse sur le prix à la pompe, et d’autre part grâce à l’appréciation de l’euro.
L’euro justement, parlons-en. Il vient de franchir pour la première fois de sa jeune histoire le cap de 1,50 dollar, en raison essentiellement de fondamentaux bien meilleurs dans la Zone que ceux des Etats-Unis. Les économistes anglo-saxons reconnaissent volontiers qu’il y a un contraste entre les Etats-Unis où le risque de récession est sinon certain, du moins possible, et la Zone Euro où les choses se présentent plutôt mieux que prévu, notamment en Allemagne. De plus, il est évident que l’économie de la Zone euro est de plus en plus découplée de l’économie américaine, donc beaucoup moins susceptible de la suivre dans sa chute. La Zone euro est devenue en très peu de temps un ensemble économique de tout premier plan, en fait la deuxième économie mondiale, et sa monnaie est très normalement la deuxième du monde, même si son poids en termes de réserves ne correspond pas à son poids économique.
Alors jusqu’à quand et jusqu’où plongera le dollar ? Beaucoup de cambistes ne pensent pas que les fondamentaux économiques où les taux directeurs des banques centrales soient les raisons uniques de la déconfiture actuelle du billet vert. Le mal est sans doute plus profond avec l’effondrement des prix de l’immobilier, et la baisse de confiance des consommateurs américains surendettés, et donc incapables pour beaucoup de maintenir leur niveau de vie antérieur. Il y a aussi l’inflation qui refait surface, plus qu’en Europe, avec une hausse des prix de 1% en janvier, ce qui nous ramène des années en arrière. Et si ce risque inflationniste rend plus difficile pour ne pas dire improbable de futurs assouplissements monétaires de la part de la FED, compte tenu d’un différentiel de taux plus favorable la hausse de l’euro a encore de beaux jours devant elle.
En attendant cette envolée de la monnaie unique sème de nouveau la discorde dans les pays de la Zone euro. Le président de l’organisation patronale paneuropéenne Business Europe, Antoine Seillière, s’alarme du niveau de l’euro parce que défavorable à l’exportation, mais il a quand même reconnu que les échanges communautaires représentaient 70% des exportations européennes, ce qui permet de relativiser. Certains pays s’accommodent de cette vigueur de notre monnaie et même soulignent ses bienfaits, en limitant notamment l’envolée de la facture énergétique, libellée en dollar. D’autres en revanche comme la France, avec ses 39 milliards d’euros de déficit commercial, ne cessent de souligner les dangers d’un euro fort pour l’industrie européenne.
Gageons que nous entendrons de nouveau très rapidement les récriminations françaises contre la BCE, alors que l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche continueront de défendre l’indépendance de la BCE. En fait, comme nous l’avons dit ici même, l’euro est un merveilleux bouc émissaire pour tous ceux qui refusent d’endosser la responsabilité des mauvais résultats économiques de leur pays. Il est quand même symptomatique d’entendre les Français et les Italiens se plaindre de la politique de la BCE, alors que dans la Zone Euro ils sont les mauvais élèves de la classe en matière de déficits, avec le Portugal. En tout cas, il y a au moins un point sur lequel tous les économistes sont d’accord : si le dollar est aussi faible, c’est parce que l’économie américaine vit à crédit vis-à-vis du reste du monde depuis trop longtemps.
Michel Escatafal
21:50 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
27.02.2008
L'évasion fiscale et le capitalisme libéral...
Depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République, notre presse écrite ou audiovisuelle vit complètement à son rythme, et laisse de coté nombre d’informations qui pourraient intéresser les Français. Certes, loin de moi l’idée de vouloir occulter les faits ou méfaits de notre président de la République, mais quand même la planète ne tourne pas uniquement autour de sa personne. Il y a d’autres évènements en France et dans le monde qui méritent attention. Par exemple le scandale d’évasion fiscale vers le Liechtenstein.
Depuis quelques jours, la presse étrangère qui n’a pas Nicolas Sarkozy à se mettre sous la dent, sauf pour le ridiculiser, ne cesse d’évoquer cette affaire limitée dans un premier temps à l’Allemagne, mais qui touche désormais plus d’une dizaine de pays, dont les Etats-Unis. L’Allemagne d’ailleurs, par l’intermédiaire du porte-parole du ministre des Finances Peer Steinbrück, a affirmé qu’elle était prête à partager ses informations avec les Etats avec lesquels elle avait des accords de coopération juridique. Et de fait, certaines informations ont déjà été transmises, entre autres à la France, comme l’a confirmé le ministère du Budget.
Cette enquête a été largement facilitée par l’achat par les services secrets allemands à un informateur, ancien employé d’une grande banque, pour un montant de 4 à 5 millions d’euros, de données bancaires venues du Liechtenstein. Ces informations auraient permis de réaliser une vaste enquête sur des fraudeurs du fisc, parmi lesquels des personnalités très connues. La Grande-Bretagne aurait aussi acquis, en payant, des informations de cet ordre auprès de ce même informateur. Par parenthèse, ce Monsieur semble avoir trouvé un bon filon ! Bien sûr, tout ceci est le plus souvent écrit au conditionnel, sauf pour le versement des 4 à 5 millions d’euros confirmé par le gouvernement allemand.
Cette affaire aura déjà eu pour mérite de démontrer, si besoin en était et n’en déplaise aux pourfendeurs de l’idée européenne, que dans certains domaines la coopération entre Etats de l’Union Européenne fonctionne très bien. Le commissaire européen à la Fiscalité, le Hongrois Laszlo Kovacs, l’a fort bien rappelé la semaine dernière en affirmant : « Au sein de l’Union Européenne, nous avons besoin de solidarité. C’est ainsi que nous pouvons exercer la pression nécessaire sur d’autres places financières ». En somme un bon avertissement aux pays accueillants et peu regardants sur les mouvements d’affaires. Cela dit, cette coopération ne s’arrête pas aux frontières de l’Union puisque parmi le groupe des pays qui ont reçu des informations sur les comptes au Liechtenstein, figurent aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis.
Autre information intéressante, l’idée d’utiliser des renseignements achetés à un informateur pour démasquer les fraudeurs du fisc n’a, apparemment, posé aucun problème à tous ces pays sauf au Danemark qui, par l’intermédiaire de son ministre des Impôts, assimile ces méthodes « à une forme avancée de recel ». Nous laisserons à ce ministre la responsabilité de ses propos, mais la fraude fiscale doit être combattue toujours et partout, car cet argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat manquera pour soulager la misère de ceux qui, contrairement aux fraudeurs qui disposent du « maximum vital », n’arrivent même pas à survivre. Et je suis sûr qu’il y en a au Danemark comme ailleurs.
En rêvant un peu, on pourrait se dire qu’en luttant efficacement contre l’évasion fiscale, on pourrait entrevoir la possibilité d’une économie mondiale plus transparente, et récupérer des sommes colossales pour les réinjecter dans la lutte contre la pauvreté et dans l’investissement écologique. En disant cela, je ne fais d’ailleurs que répéter sous une autre forme ce que disait ces derniers jours le secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, Jean-Pierre Jouyet. Ce dernier en réitérant le soutien de la France à l’Allemagne dans sa lutte contre les paradis fiscaux affirmait, en effet, « qu’il paraît souhaitable de continuer de cette manière à moraliser les comportements financiers ». Il reste à espérer évidemment que les actes soient au niveau des paroles.
Sans vouloir se faire trop d’illusions, il semble quand même que cette affaire ait agi comme un révélateur sur la nécessité pour les pays les plus développés de limiter au maximum l’évasion fiscale. Ainsi, le gouvernement allemand prépare une action musclée qu’il souhaite élargie au niveau européen. Peer Steinbrück a prévenu : « nous voulons déclarer la guerre aux paradis fiscaux en Europe. Il ne s’agit pas seulement du Liechtenstein. Nous parlons aussi de la Suisse, du Luxembourg ou de l’Autriche ». La Suisse, notamment, est dans le collimateur des autorités allemandes, la taxation fiscale des holdings en Suisse étant considérée comme une concurrence déloyale par l’Allemagne et l’Union Européenne.
Voilà où nous en sommes pour le moment dans une affaire qui ne fait que commencer, mais qui est emblématique de la crise du capitalisme libéral. "Toujours plus", semble être la devise de ceux qui ont déjà tout et "toujours moins", hélas est la réalité de ceux qui n’ont rien. Ceux qui ont tout, qui gagnent des millions d’euros chaque année sont quelques milliers, mais ceux qui n’ont rien sont infiniment plus nombreux. Le PIB, la richesse nationale, s’accroît régulièrement dans les pays développés, même si ce n’est pas dans la proportion souhaitée, et pourtant le nombre de pauvres augmente chaque année dans ces pays, y compris le nôtre. Il y a là une anomalie et c’est pour cela que s’impose, comme le dit régulièrement François Bayrou, la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes de contrôle et de solidarité efficaces.
Pour appuyer ces dires, je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre et ce sera ma conclusion : « Si vous entendez par libéralisme économique une société qui repose sur l’économie de marché, sur l’esprit d’entreprise, et qui accepte la concurrence source de profits et du progrès, alors je suis libéral. Je suis opposé au socialisme collectiviste, centralisateur et planificateur. Si vous entendez par libéralisme économique la doctrine du laisser-faire, laissez passer, de l’abandon aux forces du marché, du retard social et des inégalités insupportables, alors je ne suis pas libéral ». Il n’y a rien à ajouter.
Michel Escatafal
09:25 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
26.02.2008
Exit la concertation franco-allemande : c’est aussi cela la rupture !
Alors que le gouvernement essaie maladroitement de rebondir en se mettant dans les pas d’une revue de consommateurs, soulignant dans son dernier numéro les importantes hausses de prix sur les produits alimentaires, alors que le président de la République vient d’essuyer un nouveau revers avec le refus du Président de la Cour de Cassation de revenir sur une décision du Conseil Constitutionnel (il n’aurait plus manqué que cela!), il y a une nouvelle qui devrait nous alarmer et qui est quasiment passée sous silence : le report de trois mois de la prochaine rencontre franco-allemande qui devait avoir lieu le 3 mars en Bavière, officiellement pour calendrier surchargé de Nicolas Sarkozy.
Cette information confirme clairement, après tant d’autres, que notre président de la République est en train de détricoter tout ce qui avait fait la force de l’idée européenne, notamment à travers la relation privilégiée qu’entretenaient depuis un demi-siècle la France et l’Allemagne. Pour ma part, j’ai toujours dit et pensé que Nicolas Sarkozy n’était pas un européen convaincu. Il en apporte pleinement confirmation avec l’annulation de ce rendez-vous traditionnel. La réconciliation franco-allemande à laquelle tous ses prédécesseurs attachaient tellement de prix, est sans doute pour lui une vieille lune qui n’a plus de valeur qu’aux yeux des anciens combattants. Donc exit la concertation franco-allemande : c’est cela aussi la rupture !
Puisque nous parlons de rupture, il est vrai aussi qu’une réunion comme celle qui devait se tenir à Straubing ne peut pas satisfaire l’ego de notre vibrionnant président de la République. On s’enferme avec les collaborateurs pendant quelques heures, et à la fin on rédige un communiqué commun où il est dit que la relation franco-allemande est le garant de l’avancement de l’idée européenne. Evidemment, tout cela ne fait pas « bling, bling », et la chancelière qui ne fait pas elle non plus dans ce type de comportement ne doit pas être jugée suffisamment amusante par son interlocuteur élyséen. Elle l’est d’autant moins qu’elle n’accepte pas les initiatives personnelles de Nicolas Sarkozy, telle la fumeuse union méditerranéenne dont rêve notre président, ou ses prises de position à l’emporte-pièce sur tous les sujets et, plus particulièrement, sur ceux qui concernent le fonctionnement des instances européennes.
De plus, en cas d’alternance l’an prochain au poste de chancelier, il ne faut pas attendre de la part de notre voisin et ami rhénan une attitude davantage bienveillante vis-à-vis de la France. En effet, si le futur chancelier devait s’appeler Peer Steinbrück, la relation ne serait pas meilleure qu’avec Angela Merkel, l’actuel ministre des Finances allemand ne supportant pas les critiques incessantes de Nicolas Sarkozy contre la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne. Il est vrai qu’à la différence de Nicolas Sarkozy, les actuels responsables politiques allemands sont avant tout soucieux du maintien des équilibres budgétaires. Peer Steinbrück n’est pas du tout « bling,bling », mais le budget allemand n’est plus en déficit.
Cela dit, l’union méditerranéenne ou l’attitude à l’égard de la BCE ne sont pas les seuls sujets de désaccord entre la France et l’Allemagne. Celle-ci par exemple a refusé de participer à la force militaire européenne au Tchad voulue et souhaitée par la France. Normalement, sur un sujet comme celui-là, les deux pays auraient dû parvenir à un accord à minima, mais pour cela il eut déjà fallu en discuter. Or, comme chacun sait, la discussion n’est pas le point fort de Nicolas Sarkozy, y compris avec ses partenaires européens. En attendant, l’effort financier et humain pour la mise en place et l’entretien de l’EUFOR sera en grande partie à notre charge. On n’est plus à quelques dizaines millions d’euros près !
Voilà où nous en sommes après quelques mois de présidence de Nicolas Sarkozy. Une situation qui se délite à l’intérieur de notre pays, des finances publiques exsangues, et un isolement de plus en plus marqué en Europe et dans le monde. A part le looser Georges Bush, qui soutient de nos jours la politique étrangère de la France ? Même Vladimir Poutine semble indisposé par les mauvaises manières de Nicolas Sarkozy, même si son idée d’union méditerranéenne ne doit pas le rendre triste. Pendant que le président français s’affaire autour de cette idée quelque peu étrange, au moins l’Union Européenne s’investira un peu moins, économiquement et surtout politiquement, dans l’Est européen aux portes de la Russie.
A ce propos, et là je m’adresse à ceux qui pensent que notre président de la République est un excellent VRP, je voudrais faire remarquer que la France laisse de plus en plus le champ libre à ses voisins européens dans les nouveaux pays de l’Union Européenne et pas seulement l’Allemagne. La France toute occupée à ses affaires franco-françaises et aux fantaisies de son président ne joue plus son rôle en Europe, comme elle a plus ou moins toujours réussi à le faire depuis une cinquantaine d’années, et cela se ressentira sur le plan économique. Mais aux yeux du président de la République, tout cela ne revêt pas une grande importance. Ce qui compte pour lui, maintenant, c’est faire en sorte que les sondages d’opinion à son égard amorcent enfin une remontée. Gageons qu’il soit prêt à tout pour y parvenir. Nous craignons le pire !
En attendant, il y a dans moins de deux semaines des élections locales, et c’est sans doute un bon moyen de faire réfléchir le chef de l’Etat, même si ce mot, réfléchir, n’a pas l’air d’avoir une grande signification pour lui. Il n’empêche, si la majorité présidentielle subit une cuisante défaite, Nicolas Sarkozy sera bien obligé d’en tirer quelques conséquences. Et tant qu’à faire qu’infliger une déroute à la majorité présidentielle, faisons en sorte qu’elle ne profite pas exclusivement au Parti Socialiste, sous peine de retourner à la case départ. Alors il faut voter, et faire voter, pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate, seule force politique capable d’incarner l’avenir de notre pays.
Michel Escatafal
08:19 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société
24.02.2008
Trop, c’est trop… La France mérite mieux que pareil président de la République
Au moment où notre pays se débat dans ses déficits et est confronté comme les autres à une baisse de la croissance, nous avons un président de la République qui ne cesse de faire parler de lui, très négativement, en France et à l’étranger. En effet, Nicolas Sarkozy élu depuis moins d’un an donne aux yeux de l’opinion et des observateurs politiques l’impression de ne plus rien maîtriser. Plus grave, non seulement il fait montre de son incompétence notoire, mais en plus il ne cesse de se ridiculiser et par conséquent de discréditer la fonction qui est la sienne. Pire enfin, à travers ses extravagances, Nicolas Sarkozy donne la plus piètre image qui soit de notre pays et cela, j’en suis persuadé, les Français ne le lui pardonneront pas.
A ce propos, même s’il ne faut attacher qu’une valeur relative aux sondages, la dernière enquête diffusée par le JDD (journal peu suspect d’antisarkozysme) confirme le malaise que ressentent nos compatriotes, face à une situation qui se détériore chaque jour un peu plus, et à un président qui commence à les exaspérer. Ils le ressentent tellement que le Premier Ministre dont le rôle est quasiment réduit à néant, voit sa popularité grimper à toute vitesse, sans doute parce qu’il ne fait rien. Tout est bon aujourd’hui pour décrier l’action de Nicolas Sarkozy, mais il faut bien dire qu’il y met du sien. Deux épisodes dont la presse a beaucoup parlé, et même s’est beaucoup gaussée, viennent mettre en lumière les maladresses pour ne pas dire les inepties du président de la République.
Dans le premier cas, poursuivant dans sa rhétorique sécuritaire à propos de la loi permettant la détention illimitée de criminels supposés dangereux, Nicolas Sarkozy a trouvé le moyen de demander au président de la Cour de cassation comment contourner une décision du Conseil Constitutionnel qui, comme l’indique l’article 62 de la Constitution, n’est susceptible d’aucun recours. Cela signifie que le garant de la Constitution qu’est le président de la République veut détourner la loi parce que celle-ci le dérange. Rien que cela ! Comme l’a rappelé l’Union syndicale des Magistrats : « C’est une décision ahurissante, unique dans l’histoire de la 5è République ».
Que Nicolas Sarkozy ne s’y trompe pas, même si les Français aiment bien entendre un discours ferme quant à l’application des peines aux criminels, ils aiment aussi que ses gouvernants respectent la loi et la Constitution. D’ailleurs, peu de voix se sont élevées pour apporter un soutien au président de la République dans cette affaire. Pire même, nombre de personnes rencontrées çà et là avouent être choquées, parce que le respect de l’état de droit reste bien ancré dans l’esprit des gens. Nicolas Sarkozy oublie trop fréquemment qu’il est le premier des Français. Vous me permettrez d’ajouter : hélas, trois fois hélas, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, tellement cet homme est imprévisible, pour ne pas dire inconscient.
Une nouvelle preuve en a été administrée au Salon de l’Agriculture qui s’est ouvert hier avec l’épisode rapporté par le Parisien et repris en boucle sur Internet, dans lequel le président de la République confronté à la mauvaise manière d’un opposant, lui répond « casse toi, pauvre con ». Décidément, on est tombé bien bas, très bas, et le président de la République a de la chance qu’un Victor Hugo ou qu’un Clémenceau, par exemple, ne soient pas encore en vie de nos jours. Napoléon III, qui a été tellement brocardé par le grand écrivain passerait presque pour un génie à coté de Nicolas Sarkozy. Sachant qu’il a appelé le président de la 2è République devenu empereur Napoléon le Petit, comment appellerait-il le dernier en date des présidents de la 5è République ?
A ce propos, pour assez bien connaître l’histoire du Second Empire, je pense que jamais on aurait imaginé Napoléon III « ferrailler » avec un quidam à la manière de Nicolas Sarkozy. Et pourtant, le dernier monarque que la France ait eu ne manquait pas de répartie. Mais on n’a pas besoin de remonter aussi loin, car il est inimaginable qu’un seul des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, se laisse aller à ce type de vulgarité. D’ailleurs, le fait d’aborder de cette manière le chef de l’Etat est sans précédent, et si quelqu’un ose dire au président de la République « touche-moi pas, tu me salis », c’est bien parce que cet individu ressent une proximité avec lui. Et s’il ressent cette proximité, c’est parce que Nicolas Sarkozy n’a cessé de la cultiver depuis des années, allant jusqu’à parler de « racailles » ou de « nettoyage au Karcher » à propos de certains habitants des banlieues.
Aujourd’hui, il n’a que ce qu’il mérite. Quand on invective certaines populations l’insulte à la bouche, il est normal qu’on en arrive à ces extrémités. Nicolas Sarkozy ne cesse de dire qu’il faut « faire peuple » pour se faire comprendre des gens, mais cela ne signifie pas les traiter de « pauvre con » ou de « racailles ». Et dire que les Français se sont moqués de Berlusconi à propos de ses dérapages ou de ses bourdes, mais jamais « le cavaliere » n’est allé aussi loin et n’est apparu dans une telle vulgarité. Pauvre France, vers quels abîmes va te plonger cet homme à qui tu as donné les pleins pouvoirs pour 5 ans ! Ce n’est pas un président de la République que tu as élu, mais un chef de bande ! Si c’est cela la rupture, alors il eut mieux valu qu’on gardât Chirac. C’est dire…
Je vais arrêter là mon propos car, au fur et à mesure que j’écris, je deviens de plus en plus triste. Je refuse cette fatalité dans laquelle s’est inscrite mon pays avec ce président que l’on qualifie de « bling, bling » et que ma grand-mère, née à l’époque du président Loubet, aurait qualifié de « toc,toc ». Quand même, j’ai du mal à réaliser et à comprendre que les Français aient pu préférer un illusionniste comme Nicolas Sarkozy, à un homme d’Etat sérieux et compétent comme François Bayrou. Que de temps perdu !
Michel Escatafal
21:00 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Bayrou, Mouvement Démocrate, débats de société
23.02.2008
Vivement le 4 novembre 2008 !
Alors qu’en France on s’apprête à voter pour des élections locales importantes les 9 et 16 mars prochains, aux Etats-Unis la bataille des primaires continue dans chaque camp, même si ses résultats commencent à être connus, voire même définitifs pour le camp républicain. Ils sont en effet un peu plus incertains pour ce qui concerne les démocrates, mais beaucoup d’observateurs pensent que l’avantage pris par Barack Obama est suffisant pour lui valoir l’investiture de son parti. Ce serait évidemment un premier succès important dans la mesure où il y a moins de trois mois, personne n’aurait parié un dollar sur Barack Obama.
Avec sa formidable machine de guerre, avec son nom aussi, Hillary Clinton apparaissait comme l’antidote parfaite contre le candidat républicain, quel qu’il fût. L’ex First-Lady semblait inarrêtable et son triomphe annoncé. Aujourd’hui, fin février, face à une Amérique en dépression, jamais le candidat de l’Illinois n’a semblé incarner avec une telle force le renouveau et l’espoir, dont il a fait ses thèmes de campagne. Pour beaucoup il n’est déjà plus un homme politique, il n’est plus ce jeune candidat dont personne ne sait trop ce qui se cache derrière l’enthousiasme qu’il provoque à chacune de ses apparitions, il est déjà devenu le président des Etats-Unis.
Il l’est d’autant plus que personne n’ose imaginer que cette Amérique orgueilleuse, fière de sa jeune histoire, puisse de nouveau se livrer quatre ans supplémentaires à un conservateur comme John Mc Cain, même si sur certains points ses idées apparaissent en retrait de celles de Georges Bush, par exemple sur la torture. Il n’empêche ce vieux politicien, ce vétéran du Vietnam ne peut pas usurper l’image du changement comme a su si bien le faire Nicolas Sarkozy en France. Donc a priori il n’a aucune chance, et il va même au devant d’une terrible défaite, un peu comme celle qu’a subie la gauche en France en 1993, après une décennie de pouvoir socialiste.
Et pourtant ce n’est pas gagné d’avance car, paradoxalement, Barack Obama n’est pas en train de faire le plus difficile comme tout le monde le prétendait il y a quelques semaines encore. Tout d’abord je le répète, le candidat républicain est déjà désigné, ce qui veut dire que son camp ne se déchirera plus, à supposer qu’il l’ait déjà fait. En revanche, même si l’avantage d’Obama commence à être conséquent, les dès ne sont pas complètement joués chez les Démocrates, et il est vraisemblable que Madame Clinton ne se rendra pas sans combattre jusqu’au bout. Après tout qui aurait misé un franc sur Jacques Chirac, début 1995, face à un Edouard Balladur qui surfait sur des sondages très élevés. On connaît le résultat.
Certains comparent même la situation d’Obama avec celle de Ségolène Royal lors des primaires socialistes pour l’élection à l’Elysée à l’automne 2006. Elle avait surpassé Laurent Fabius qui faisait dans le populisme de gauche, et qui avait appelé à voter NON au référendum sur la Constitution européenne, et surtout ce vieux matou de Dominique Strauss-Kahn qui, comme Fabius n’a jamais été de gauche, mais passait pour le seul capable de battre Nicolas Sarkozy. Cela dit, je ne ferais pas l’injure à Obama de le comparer à Ségolène Royal, ne serait-ce que sur le plan du charisme, le sénateur de l’Illinois étant capable en quelques phrases de faire vaciller les fans les plus résolus de ses adversaires, ce qui était loin d’être le cas de la malheureuse candidate du P.S.
Pour autant, la situation est quand même un peu comparable avec celle de la France à la fin de l’année 2006. Si Barack Obama est désigné comme candidat démocrate, il va se retrouver face à un candidat républicain qui va lui aussi se battre farouchement. Il va disposer pour cela de moyens considérables et chacun sait qu’aux Etats-Unis, plus qu’ailleurs sans doute, cela compte même si sur ce plan Obama n’est pas à plaindre. Mais plus encore, comme en France, entre le désir affiché de changement et réaliser ce changement en votant pour un candidat venu de nulle part, il y a un pas que nombre d’Américains ne voudront pas franchir.
D’abord comme toujours aux Etats-Unis, la différence entre les programmes économiques est minime, même si on peut imaginer que les Démocrates s’efforceront dans un premier temps de sortir de la spirale infernale des doubles déficits. En revanche ce que j’appellerais les voix flottantes, c’est-à-dire celles des électeurs intéressés par le discours d’un candidat, mais pas insensibles à celui d’un autre, ces voix là se portent plus facilement sur les candidats conservateurs. On le voit en France, le seul discours réellement audible de Nicolas Sarkozy aux yeux de beaucoup de Français, est celui sur la sécurité et la répression, alors que cela fait quatre ans qu’il tient le même discours sans résultat tangible.
Ensuite, les Etats-Unis sont ils prêts à élire un président de couleur, où plutôt comme le disent certains, ont-ils un réel désir de tourner la page, face à eux-mêmes et face au monde, pour aller jusque là, 40 ans après la mort de Martin Luther King ? A mon humble avis, là est toute la question. Pour ma part, j’espère de tout cœur que les Américains ne s’arrêteront pas à ces considérations, et amèneront dans leur pays ce changement de politique, notamment au niveau international, dont le monde a tellement besoin. Les dégâts de la politique étrangère de Georges Bush et des néo conservateurs ont été suffisants, non seulement aux Etats-Unis mais aussi dans le reste du monde, pour que l’on opère le plus rapidement possible un revirement salutaire.
Enfin, il va y avoir pour Obama à gérer jusqu’en novembre une nouvelle campagne où, soyons-en sûrs, les coups bas vont pleuvoir, et où il va falloir qu’il explicite davantage ses propositions, ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent. Il ne peut pas se contenter de faire ce qu’a fait Nicolas Sarkozy l’an passé, c’est-à-dire être élu uniquement sur deux ou trois idées simplistes et quelques slogans, bref sur un écran de fumée. Sur ce plan la désignation de son colistier sera très importante, et certains de rêver à un ticket Obama-Gore dont il faut reconnaître qu’il aurait belle allure. Attendons un peu.
Cependant, et c’est ce qui rend optimiste ses supporteurs, Barack Obama dispose d’un atout qui certainement fera la différence, à savoir son opposition à la guerre en Irak et, plus généralement, à la politique extérieure de l’administration Bush. Il résume cela très bien en disant : « Quand vous m’aurez choisi comme nominé, mon rival ne pourra pas dire que j’ai soutenu la guerre en Irak, ou que j’ai donné à Georges Bush le bénéfice du doute sur l’Iran, ou que j’ai hésité sur quelque chose d’aussi fondamental que l’utilisation de la torture par l’Amérique, parce que ce n’est jamais OK de torturer ». S’il n’a pas encore été précis sur ses orientations sur le plan intérieur, force est de reconnaître que sur le plan planétaire, les idées sont là et bien là.
Pour toutes ces raisons je pense et, vous l’aviez deviné, j’espère que Barack Obama sera le prochain président des Etats-Unis. Outre que le personnage apparaît plus sympathique que son adversaire conservateur, notamment aux yeux du monde, outre le vent de fraîcheur qu’il apporterait à une Amérique en mal de repères, ce serait aussi un merveilleux exemple que ce pays donnerait à l’humanité en termes de préjugés. Quel merveilleux symbole que voir un afro-américain diriger la seule super puissance dans le monde ! Vivement le 4 novembre 2008 !
Michel Escatafal
10:40 Publié dans géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22.02.2008
Faible croissance et forte inflation ne font pas bon ménage
Encore une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement, avec les dernières prévisions de la Commission Européenne. Cette dernière a abaissé hier sa prévision de croissance en 2008 pour la France à 1,7%. Pour mémoire, il faut rappeler que le gouvernement français a bâti son budget sur une base de 2,25%, chiffre auquel personne ne croyait y compris la ministre des Finances, Madame Lagarde. Cette dernière, comme Nicolas Sarkozy, pourra toujours dire qu’après tout les Français font plutôt mieux que les autres, puisque la prévision pour l’Allemagne atteint à peine 1,6% et 0,7% pour l’Italie. Ce n’est pas une consolation pour autant.
Sur l’ensemble de la Zone euro, la croissance devrait se situer cette année à 1,8%. En 2007, la croissance du PIB sur la zone avait été de 2,7%. Le ralentissement est donc très net, et il reste à espérer que ces estimations seront les bonnes, car c’est la troisième révision à la baisse en quelques mois. En effet, si aux Pays-Bas on prévoit une hausse du PIB de presque 3%, en revanche les nouvelles venues d’Espagne n’incitent guère à l’optimisme avec le brusque coup d’arrêt immobilier que l’on ressent dans la péninsule, au point que certains comparent la situation espagnole à celle des Etats-Unis. D’ailleurs sur le modèle des Etats-Unis, le gouvernement vient d’offrir 400 euros de remise fiscale à 13 millions de contribuables ce qui, comme toujours, laisse les économistes perplexes sur l’efficacité d’une telle mesure.
Une chose est certaine, l’Europe commence à ressentir les effets des turbulences mondiales en termes de croissance et d’inflation, pour parler comme le commissaire européen aux Affaires économiques. Et oui, non seulement la croissance faiblit, mais l’inflation progresse. La commission prévoit cette année une hausse des prix d’au moins 2,6%, chiffre largement supérieur à la limite que se fixe la Banque Centrale Européenne qui est de 2%. Il y a une trentaine d’années, on avait inventé le mot de stagflation pour qualifier le double phénomène de croissance faible ou nulle et d’inflation forte.
Cependant les économistes de la Zone euro se refusent à employer ce mot, car même si la croissance est en recul par rapport à l’an passé elle existe quand même, et on peut combattre l’inflation, si besoin est, en resserrant le coût du crédit. Ce n’est pas encore une hypothèse envisagée par la Banque Centrale Européenne, qui ne veut pas porter un coup supplémentaire à une croissance déjà en berne, mais il est vraisemblable que son taux directeur restera au moins à son niveau actuel (4%) dans les mois à venir.
Nicolas Sarkozy va devoir en prendre acte et se faire une raison. Ce n’est pas lui qui dirige la BCE (heureusement !), organe indépendant du pouvoir politique, et d’ailleurs on l’entend moins sur le sujet. Il est vrai que confronté à des déficits très importants et à un endettement qui ne cesse de croître, notre président de la République ne peut qu’adopter profil bas, au moment où l’ensemble des pays de la Zone fait de gros efforts pour atteindre en 2010 l’équilibre budgétaire, ce qui n’est pas notre cas. Gageons quand même que la BCE servira de bouc émissaire idéal aux yeux de nos gouvernants.
Cela étant, avec les augmentations concédées en Allemagne notamment à la Deutsche Bahn (les chemins de fer) en janvier (+11%) et, très récemment à la sidérurgie (+5,2%), les risques inflationnistes sont importants surtout si les salariés des autres pays de la Zone exigent les mêmes revalorisations. On le voit bien, le problème du pouvoir d’achat n’est pas seulement un problème français. Il existe un peu partout y compris en Allemagne où les sacrifices ont été lourds ces dernières années, notamment pour faire redémarrer les exportations. Aujourd’hui c’est fait, et l’Allemagne accumule les excédents à ce niveau, donc les gens veulent leur part du gâteau.
Ils risquent de la vouloir aussi ailleurs, au moment où les résultats des entreprises commencent à tomber. Certes comme c’est l’habitude, car tel est leur bon vouloir, les entreprises privilégieront en premier les actionnaires au détriment des salariés et même s’il donne à penser le contraire, le pouvoir de Nicolas Sarkozy sur ce plan est limité. Raison de plus pour lui en vouloir d’avoir donné des illusions aux Français en leur disant qu’il serait « le champion du pouvoir d’achat ». Comment aurait-il pu s’y prendre pour obliger les patrons à accorder des augmentations aux salariés supérieures à celles de la hausse des prix ? Et comment pourrait-il faire pour donner un supplément de pouvoir d’achat aux employés de l’Etat, alors que les caisses sont vides comme chaque membre du gouvernement s’applique à l’affirmer, oubliant au passage qu’ils en sont responsables ?
Les tensions sociales resteront donc fortes en France et dans la plupart des pays de la Zone euro compte tenu de la hausse des prix sur les produits de grande consommation. A ce sujet le pétrole à plus de 100 dollars le baril n’est pas une bonne nouvelle, pas plus que la hausse des denrées alimentaires, car c’est cette inflation qui est réellement perçue par les consommateurs, alors que les salaires ne suivent pas le mouvement, à la notable exception de ceux des plus hauts cadres. Cette grogne ira s’amplifiant si les salariés ne s’y retrouvent pas et c’est le cas, comme en témoignent les revues financières indiquant une forte augmentation du nombre de ménages incapables de joindre les deux bouts, après avoir payé leur loyer ou leur crédit logement.
Tout ceci n’est pas bon pour la croissance. Nicolas Sarkozy s’imaginait-il que la France était un ilot isolé du reste du monde où l’on pouvait ignorer la hausse des prix des matières premières ? Est-il à ce point incompétent pour ne pas se rendre compte que l’horizon naturel des échanges de la technologie est mondial ? Certainement pas, du moins on veut l’espérer. Dans ces conditions il faut que très vite il dise la vérité aux Français, à savoir que notre pays doit faire les efforts nécessaires pour s’adapter à cette mondialisation si l’on veut y trouver des avantages, et non pas seulement des inconvénients.
Certains pays ont déjà fait du chemin sur ce plan, ce qui n’est pas notre cas. Ces pays l’ont fait au moment où la croissance était forte, ce que nous n’avons pas su faire ? Raison de plus pour cesser de faire dans la démagogie et les faux-semblants. Espérons qu’après les élections municipales, nos gouvernants retrouveront la voie de la raison et s’engageront sur la voie des vraies réformes, et que ces réformes seront faites avec cohérence et non au seul profit d’une poignée de privilégiés. C’est à ce prix que nous pourrons de nouveau regarder l’avenir en face et donner sa chance à chacun. Croissance et solidarité, tel était le projet de François Bayrou à la dernière élection présidentielle, et il est toujours valable. J’en profite donc pour recommander une nouvelle fois de voter et de faire voter aux prochaines élections locales pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate.
Michel Escatafal
09:30 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Bayrou, Mouvement démocrate, débats de société
20.02.2008
Tous pareils ! Non, heureusement.
« Ils sont tous pareils, ils veulent tous la place, ils promettent, et après ils ne s’occupent plus de nous ». Voilà quelques uns des florilèges que nous entendons sur les marchés en période électorale, et c’est ce qui nous rend le plus triste dans cet exercice, ô combien passionnant et valorisant, qu’est « le tractage ». Passionnant parce que nous avons le contact avec les électeurs, et valorisant parce que c’est un bon moyen de leur montrer que l’on s’intéresse à eux, et pas seulement à leurs voix. Au passage, j’en profite pour dire que je suis heureux d’appartenir à l’équipe de campagne de la tête de liste démocrate à Nîmes, Philippe Berta, dont tous ceux qui le connaissent ne peuvent que vanter les immenses qualités.
Je dis démocrate parce qu’elle est soutenue par le Mouvement Démocrate, comme l’a démontré le déplacement de François Bayrou dans le chef- lieu du département du Gard, mais aussi parce qu’elle compte dans ses rangs des personnalités de tous bords. Bref, dans cette liste il n’y a ni droite, ni gauche, ni centre, mais tout simplement des gens qui veulent travailler pour les Nîmois et avec les Nîmois. Rien que cela d’ailleurs est tout un programme, et je redis ma fierté d’œuvrer pour cette équipe, même si je ne figure pas sur la liste parce que n’habitant pas sur la commune.
Pour revenir à mon propos initial, je pense quand même que les électeurs ont tort de mettre tous les candidats au même niveau, parce que si certains ne sont pas sincères dans leur démarche, il y en d’autres qui le sont et qui veulent réellement changer la vie de leurs concitoyens. D’ailleurs une fois élus ou au pouvoir, leur première tâche est de s’attaquer aux vrais problèmes du pays, de la région, du département, du canton ou de la commune. J’en veux pour preuve le bilan de certaines personnalités pendant leur passage à la tête de l’Etat ou du Gouvernement.
Qui oserait dire que les 11 ans de pouvoir du général de Gaulle n’ont pas transformé le pays ? Qui oserait affirmer que les 5 ans de Raymond Barre, comme chef du gouvernement, n’ont pas permis à la France de retrouver son rang de leader européen sur le plan économique ? Personne, mais si ces deux hommes ont obtenu de tels résultats, c’est parce que chacun d’eux « se faisait une certaine idée de la France » pour parler comme le général de Gaulle. Clairement, ils avaient le souci du bien public, ils voulaient transformer la société pour qu’elle soit plus égalitaire, ou en tout cas moins inégalitaire.
En revanche, et ils sont beaucoup plus nombreux, il y a les démagogues et ce sont ceux-là auxquels pensent nos électeurs déçus et complètement désabusés. Prenons l’exemple de la dernière élection présidentielle, et voyons le programme des trois candidats arrivés en tête. Les deux qualifiés pour le second tour, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, n’avaient pas vraiment de programme et encore moins de projet. Ils voulaient tout simplement être élus, et pour cette raison ils étaient prêts à faire toutes les promesses y compris les plus insensées, pour ne pas dire les plus loufoques. En revanche le troisième candidat, François Bayrou, avait bâti tout son projet sur la réduction de la dette et l’école. C’est moins enthousiasmant en apparence, et pourtant c’est tellement plus honnête.
Nous connaissons hélas le résultat : les démagogues ont gagné le droit de s’affronter au second tour, et celui qui voulait réellement améliorer les choses, sans démagogie, a été éliminé. Et c’est cela que nous devons expliquer aux Français que nous rencontrons sur les marchés, ou ailleurs. Nos compatriotes doivent savoir que certaines équipes municipales (c’est la période) regroupent des gens qui veulent réellement apporter un renouveau dans la gestion de leur ville. Ils veulent notamment apporter des solutions durables en respectant la nature, par exemple dans l’urbanisme. Ils veulent aussi, sur le même sujet, que soit respectée la loi sur les 20% de logements sociaux. Ils s’y engagent, mais pas seulement : ils en font un objectif, ne serait-ce que pour montrer qu’ils respectent les lois votées par le Parlement.
Comment peut-on faire confiance à des hommes qui votent les lois au Palais Bourbon ou au Palais du Luxembourg, et qui ne les appliquent pas dans leurs villes, dont ils sont très souvent le maire. Voilà un exemple de double langage qu’il faut souligner, surtout quand on pense aux problèmes que pose aujourd’hui le logement social. Nous pourrions continuer encore longtemps sur le sujet, mais contrairement à ce que nous pourrions croire, il faut être extrêmement persuasif pour faire passer aux électeurs le message que les femmes et les hommes qui sollicitent leurs suffrages ne sont pas tous pareils.
Je terminerai mon propos par un exemple personnel qui donne une idée du désappointement de nos concitoyens et, par ricochet, du peu de confiance qu’ils font à ceux qui se proposent de transformer leur ville ou leur village. Dans ma commune qui regroupe environ 1400 électeurs, quelques uns me connaissaient pour m’avoir vu coller des affiches pour le compte de François Bayrou, ou parce qu’avec mon épouse nous étions scrutateurs au premier tour de l’élection présidentielle. Du coup, certains m’ont sollicité pour me présenter aux élections municipales parce que, disaient-ils, « leur maire ne faisait rien depuis 12 ans ».
J’ai donc demandé à ces électeurs mécontents de leur maire, et qui souhaitaient soi-disant ma candidature, de figurer sur la liste que j’étais prêt à composer et à mener. Et, comme je m’y attendais, tous ont trouvé un prétexte pour ne pas m’accompagner dans cette démarche. Le plus triste est que ce refus était essentiellement motivé par le fait que je n’habitais la commune que depuis quelques mois et que, si je me présentais à cette élection, c’était uniquement par ambition personnelle. Ils ne pouvaient pas imaginer que quelqu’un puisse s’investir complètement dans un projet communal, sans autre ambition que servir la collectivité.
Michel Escatafal
14:30 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Bayrou, Mouvement Démocrate, débats de société
18.02.2008
Un appel salutaire pour rappeler les valeurs de la République
Ainsi donc on n’a plus le droit de critiquer l’action du président de la République. Il a suffi que quelques personnalités politiques comme Ségolène Royal, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage, François Bayrou, Dominique de Villepin, Bertrand Delanoë, Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère ou Pierre Lefranc, dénoncent "une dérive vers un pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective", pour que les petits soldats du sarkozysme se déchaînent contre les auteurs de cet appel publié la semaine dernière dans le journal Marianne.
Qui sont ces petits soldats ? Ceux qui osent encore se réclamer du gaullisme, alors qu’ils sont en train de dénaturer complètement la constitution qu’a faite approuver le général de Gaulle, par référendum, le 28 septembre 1958. Ils appellent une attitude profondément antidémocratique le seul fait d’oser apporter une critique au fonctionnement normal des institutions. Monsieur Fillon, qui n’est pas à une stupidité près, parle "d’acharnement que mettent certains responsables politiques à tenter de déstabiliser le président de la République" et d’ajouter, qu’il faut accepter "les règles de la démocratie". Rien que cela.
On croit rêver en entendant les fortes paroles de ce Premier ministre qui n’en a que le nom, parce qu’après avoir quitté le gouvernement en mai 2005, personne plus que lui n’a essayé par tous les moyens de saboter l’action de Dominique de Villepin, le Premier ministre de l’époque. Loin de moi l’idée de vouloir défendre à tout prix Monsieur de Villepin, mais reconnaissons qu’entre Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo, Brice Hortefeux et Xavier Bertrand, ses collègues du gouvernement et des gens comme François Fillon à l’extérieur, l’ancien Premier ministre a enduré une terrible épreuve pendant les deux ans qu’il a occupé le poste de chef du gouvernement. Il suffit pour cela de lire le livre d’Azzouz Begag Un mouton dans la baignoire pour en avoir une idée précise.
Et ce sont ces gens-là qui vont faire la leçon à des personnalités qui, après tout, ne font que leur devoir d’opposant et veillent sur nos institutions. Ils se posent tout simplement la question de savoir pourquoi, par exemple, le président de la République décide seul de confier à des Commissions d’experts des missions qui, normalement, sont dévolues au Parlement. A ce propos, il est quand même stupéfiant de voir 340 députés accepter sans sourciller de se voir enlever leurs prérogatives, sans que quiconque n’ose lever le petit doigt. Cela dit, quand on pense au rôle joué par ces mêmes députés au moment de l’affaire du CPE, et surtout après, plus rien ne nous étonne de la part des parlementaires UMP et assimilés.
Néanmoins, le président de la République devrait peut-être se demander comment et pourquoi un tel rassemblement de personnalités a pu se retrouver aussi naturellement, pour affirmer leur attachement "aux principes républicains", et aux fondamentaux "d’une laïcité ferme et tolérante". Il devrait aussi se rappeler que ce n’est pas parce qu’on a perdu une élection ou que l’on n’est plus au pouvoir, que l’on est condamné au silence et que l’on n’a pas le droit de s’exprimer. Et puis comme le disent si bien nombre de citoyens, les conseillers de Nicolas Sarkozy ou certains ministres comme Bernard Kouchner, pour ne citer que lui, ne sont pas non plus des élus. D’ailleurs pour ce qui concerne le porte-parole de la présidence, David Martinon, son parti ne l’a même pas autorisé à se présenter à la Mairie de Neuilly !
Donc les choses bougent et il est heureux qu’au-delà des clivages, un large rassemblement se dessine pour tenter d’arrêter ces dérives institutionnelles qui, à terme si l’on n’y prend pas garde, pourraient s’avérer dangereuses pour notre démocratie. Elles le seraient d’autant plus que la réaction outrancière de François Fillon et de certains députés UMP, nous fait penser à la manière dont on traitait les opposants sous le Second Empire, surtout quand on voit écrites des phrases comme celle du député Jégo, parlant à propos des signataires de l’appel, des "forces les plus secrètes du conservatisme" ou encore de "ceux qui veulent développer une forme de terrorisme intellectuel dans notre pays". Toutefois, le président de la République ferait bien de ne pas trop se fier à ce type de défenseurs aux convictions changeantes.
En effet, ce sont les mêmes qui soutenaient Dominique de Villepin, au plus fort de sa cote de popularité, avant l’épisode du CPE, avant de l’abandonner en rase campagne au moment de l’affaire Clearstream. De fait, si la cote de Nicolas Sarkozy continue à baisser, et celle de Fillon monter (on se demande bien pourquoi), ils n’hésiteront pas à le lâcher comme ils l’ont fait sans vergogne pour Messieurs Chirac et de Villepin. C’est la loi du genre pour beaucoup de politiciens qui, avant celui de leurs électeurs, pensent d’abord à leur propre intérêt. Le Mouvement démocrate a payé pour le savoir, et avant lui le RPF du général de Gaulle. C’est hélas vieux comme le monde de trahir son camp !
Cela dit, et ce sera ma conclusion, je suis quand même profondément choqué par ce déni de démocratie consistant à dire que, parce qu’il a été élu président de la République, Nicolas Sarkozy a tous les droits et le critiquer relève du sacrilège. N’est-ce pas la meilleure preuve que nous avançons vers une monarchie de droit divin qui ne dit pas son nom. A l’époque de l’Ancien Régime, critiquer le roi signifiait que l’on était un "mauvais Français" et sous l’Empire, critiquer l’empereur voulait dire que l’on appartenait au "parti de l’étranger". Voilà où nous en sommes après seulement huit mois de présidence Sarkozy.
Raison de plus pour approuver l’action de ces personnalités de droite, du centre, de gauche ou d'ailleurs, parce qu’il faut savoir sauver la démocratie quand celle-ci est en danger et ce, même si ceux qui gouvernent ont été élus démocratiquement. Dit autrement, ce n’est pas parce qu’on a été élu qu’on gouverne nécessairement avec sagesse. Il y a quand même beaucoup de précédents dans l’histoire pour prouver le contraire. Manipuler l’opinion publique, mentir effrontément reste la technique préférée de ceux qui ont une conception restrictive de la démocratie. Ce n’est quand même pas "une opération de destruction" ni "instrumentaliser la République", que rappeler ses valeurs.
Michel Escatafal
07:15 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16.02.2008
Il est très difficile d’aller au terme d’un mandat de président de la République
En lisant çà et là ce qui se dit en se moment sur le président de la République, beaucoup s’interrogent pour savoir s’il ira au bout de son quinquennat. Pour ma part, j’ai du mal à croire qu’il puisse quitter ses fonctions avant le terme de son mandat, mais sait-on jamais au train où vont les choses. En tout cas, si l’on regarde de près l’histoire des présidents de la République, on s’aperçoit qu’il y en a beaucoup plus qui n’ont pas fini leur mandat que le contraire.
En effet sur les 22 présidents qui ont précédé Nicolas Sarkozy à l’Elysée, 13 ont quitté leur fonction avant le terme fixé. Certains ont démissionné par devoir, d'autres parce que désavoués ou en désaccord avec la Chambre ou le peuple, quelques uns sont morts de maladie ou ont été assassinés. Donc s’il démissionnait, Nicolas Sarkozy se trouverait en bonne compagnie sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat.
Le premier d’entre eux est Adolphe Thiers (image ci-contre), porté au pouvoir par les élections du 8 février 1871 et qui, après avoir failli être renversé, reçut du Parlement la magistrature suprême le 31 août 1871 et ce, pour une durée de trois ans. En réalité, il exerça ses fonctions moins de deux ans, jusqu’au 24 mai 1873. Il venait tout juste de conclure une nouvelle convention avec les Allemands, réglant la totalité de l’énorme indemnité de guerre, ce qui assurait la libération du territoire et le départ des troupes d’occupation, mais il échoua tout de suite après dans sa tentative de faire reconnaître législativement la République, ce qui entraîna sa démission.
Le maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta, lui succéda. De tendance légitimiste, il s’est vu confier le pouvoir pour dix ans par l’Assemblée, celle-ci de tendance plutôt monarchiste voulant rendre possible une éventuelle restauration. Mac Mahon fit savoir qu’il se contenterait de 7 ans, ce qui deviendra la règle jusqu’en 2002. En réalité, il ne fera pas sept ans car face à une majorité républicaine importante issue des élections du 5 janvier 1879, il ne disposait plus d’aucun pouvoir et en tira les conséquences en démissionnant le 30 janvier 1879.
Il sera remplacé le jour même par Jules Grévy qui sera dans un premier temps considéré comme un intérimaire. En fait il sera président de la République pendant presque 9 ans, du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887. Il démissionnera contraint et forcé au début de son second septennat, suite à un ultimatum du Parlement en raison des agissements douteux de son gendre Daniel Wilson.
Pour lui succéder il fallait donc un homme qui ne put prêter à aucun soupçon et Clémenceau proposa Sadi Carnot, petit-fils de l’organisateur de la victoire sous la première République. Il rétablit le prestige de la fonction de président de la République, mais au cours d’une des nombreuses visites qu’il fit dans les principales villes de province française, il tomba sous le coup de poignard d’un anarchiste italien le 24 juin 1894, geste considéré comme une vengeance à l’encontre du président qui avait refusé de gracier, peu avant, des anarchistes condamnés à mort.
Le septennat suivant ne dura que 7 mois. L’Assemblée ne souhaitant pas élire une personnalité trop marquante, se tourna vers Casimir Perier, homme assez falot mais à la situation de fortune brillante héritée de sa famille. Son élection ne l’enchanta pas et l’on rapporta à l’époque que le lendemain du vote il fondit en larmes en déclarant : «je suis prisonnier». Il ne le restera pas longtemps, car à la suite d’un débat sur les grandes compagnies de chemin de fer, se sentant totalement désavoué, il donna sa démission le 16 janvier 1895.
Son remplaçant Félix Faure aurait en revanche honoré son mandat jusqu’au bout, voire même plus, compte tenu de la haute idée qu’il se faisait de sa fonction, et qu’il manifesta notamment dans les relations internationales. Ce fils d’artisan qui avait bien réussi dans les affaires avait pris goût aux fastes et aux ors de la République, et il est vraisemblable qu’il aurait fait un mandat supplémentaire si la mort n’était intervenue à l'Elysée même (le 16 février 1889), alors qu’il était en galante compagnie. Cette aventure évidemment n’était pas de nature à relever le prestige de la présidence de la République.
Après quelques septennats qui allèrent enfin à leur terme entre 1899 et 1920, la malédiction sembla de nouveau s’abattre sur l’Elysée avec la présidence de Paul Deschanel à la fois dépressif et écrasé par la fonction. Ainsi, après quelques péripéties rocambolesques qui démontraient à l’évidence une altération de ses facultés mentales, on lui fit signer sa démission le 21 septembre 1920.
Alexandre Millerand non plus n’ira pas au bout de son mandat, mais pour de toutes autres raisons. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il avait opté pour un mandat dans lequel il ne s’interdisait pas d’intervenir dans les affaires du pays. Ayant pris parti pour le Bloc National de droite battu par le Cartel des Gauches aux élections de mai 1924, il fut pressé de démissionner le 11 juin suivant.
Après le septennat de Gaston Doumergue qui ne sollicita pas le renouvellement de son mandat, le nouveau président de la République s’appelle Paul Doumer, vieux politicien de 75 ans, ancien ministre des Finances et président du Sénat. Bien qu’âgé, cet homme sage et austère qui avait perdu quatre de ses cinq fils pendant la guerre était un gros travailleur. Il tomba sous les balles d’un Russe blanc déséquilibré et mystique, au cours de la vente annuelle des écrivains anciens combattants, le 6 mai 1932.
Les cas d’Albert Lebrun et René Coty sont différents. Albert Lebrun, élu le 10 mai 1932, sera réélu le 5 avril 1939, mais il cessera ses fonctions le 10 juillet 1940 à la prise de pouvoir du maréchal Pétain, à qui il avait fait appel pour prendre la direction du gouvernement de la France. Ce Lorrain fort en thème et polytechnicien n’avait ni prestige, ni autorité, ni courage comme en témoigne son refus de rallier l’Afrique du Nord, préférant répondre aux injonctions de Laval et rester en France.
René Coty aura été le président qui aura mis le plus de temps à se faire élire (sept jours). Elu par défaut (23 décembre 1953), cet homme discret sera le dernier président de la 4è République. Après l’adoption du référendum sur la Constitution de la 5è République et les élections législatives de novembre 1958, il laissera le pouvoir au général de Gaulle le 8 janvier 1959.
Nous n’insisterons pas sur les raisons du départ du général de Gaulle au début de son second mandat. Malgré une large victoire aux élections législatives de juin 1968, dans la foulée des évènements du mois de mai, le charme était rompu avec le peuple français et le général de Gaulle le sentait bien. Le référendum sur la régionalisation et la réforme du sénat, repoussé par 52% de Français, entraînera son départ le 28 avril 1969.
Son remplaçant déclaré, Georges Pompidou qui fut Premier ministre de 1961 à 1968, n’acheva pas non plus son mandat terrassé par la maladie. Il mourut à la tâche le 2 avril 1974. Il sera donc le dernier (à ce jour) d’une longue série à quitter le pouvoir avant l’heure et à ne pas terminer son mandat. Depuis, Valéry Giscard d’Estaing entre 1974 et 1981, François Mitterrand entre 1981 en 1995 et Jacques Chirac de 1995 à 2007 ont tous achevé leurs mandats.
Cela étant, Jacques Chirac restera dans l’histoire comme le premier président de la République avec un mandat de cinq ans. De plus, sauf départ précipité du président, les élections législatives se font désormais dans les semaines qui suivent l’élection présidentielle ce qui, a priori, devrait éviter la cohabitation. Mais qui peut prédire l’avenir pour les cinq années à venir ?
Une chose est certaine, si Nicolas Sarkozy continue sur la voie qu’il est en train de tracer, il aura du mal à tenir jusqu’en 2012. A ce sujet, nous serions tentés de lui dire d’écouter la voie de la raison et de se poser, voire même de se reposer. Il pourrait prendre quelques congés, par exemple à Brégançon ou à la Lanterne que la République met gracieusement à sa disposition (cela vaut bien le yacht de Bolloré), pour réfléchir tranquillement et sérieusement sur l’avenir de notre pays, étudier minutieusement les réformes à mettre en place, bref aborder sereinement les problèmes des Français.
Cela lui éviterait d’annoncer des mesures de façon spectaculaire et dans la précipitation (même ses ministres ne sont pas au courant !), et de lancer à la cantonade chaque jour une idée nouvelle qui, au mieux, apparaît loufoque, et au pire démagogique pour ne pas dire comme Simone Veil abominable et insoutenable, à propos de la décision d’ériger chaque écolier de 10 ans en gardien de la mémoire des enfants juifs victimes de la Shoa.
C’est à ce prix que Nicolas Sarkozy peut espérer reconquérir la confiance des Français, qui ne comprennent plus rien à cette frénésie bouillonnante qui sert de gouvernance. C’est peut-être aussi le seul moyen pour lui de n’être pas le 14è sur la liste de ceux qui n’ont pas achevé leur mandat, et ce même s’il est protégé par la Constitution.
Michel Escatafal
06:35 Publié dans histoire politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15.02.2008
Les exigences de l'audimat sont incompatibles avec une information sérieuse
Hier soir sur France Télévision nous avons eu droit à un soi-disant débat entre deux membres du gouvernement, deux députés socialistes et François Bayrou. Je n’attendais pour ma part rien de cette émission et j’avais bien raison. Si Madame Chabot veut réellement informer les Français, alors qu’elle organise une émission avec un seul interlocuteur sur le plateau. Il répondra aux questions qui lui sont posées, ou il ne répondra pas, mais au moins on aura tout loisir de l’écouter et il lui sera possible de s’expliquer sur ses prises de position. Là avec cinq interlocuteurs, rien n’est possible surtout si, en plus, celle qui mène les débats apparaît complètement dépassée.
Donc, comme je le craignais nous avons assisté à une parodie d’émission informative. Je sais, pour l’audimat il est préférable d’avoir plusieurs femmes ou hommes politiques qui s’affrontent, mais cela finit toujours de la même façon, et on est frustré de n’avoir pas entendu suffisamment les arguments des uns et des autres. Certains vont peut-être dire que je suis partisan, mais je pense sincèrement que François Bayrou était le seul, avec peut-être Manuel Valls, à faire de vrais propositions, et à ne peut se contenter d’égrener des chiffres ou des formules d’une grande banalité.
Cela dit, on n’a pas laissé s’exprimer le leader du MoDem, et chaque fois qu’il voulait le faire il était interrompu par un des deux membres du gouvernement, et par Madame Chabot. Mis à part une longue tirade en début d’émission, Manuel Valls avait semble-t-il les mêmes problèmes. En revanche, à travers cette émission, les téléspectateurs ont pu comprendre que l’autoritarisme de Madame Dati n’est pas une légende. Cette dame non seulement est agressive, mais elle ne supporte pas la plus petite contradiction. Il est vrai qu’avec son mentor, aujourd’hui hélas président de la République, elle a été à bonne école. Ces gens-là pensent être les seuls à détenir la vérité, y compris en faisant preuve de la plus parfaite mauvaise foi.
Quant à Xavier Bertrand, lui aussi s’est montré tel qu’on le décrit avec son perpétuel contentement de lui-même, essayant de jouer les hommes compétents, bref passant son temps à s’écouter parler, en espérant faire plaisir au président de la République. Je n’ai pas une estime particulière pour François Fillon, mais c’est vrai qu’avoir un tel collègue à ses côtés ne doit pas être une sinécure, d’autant qu’en termes de loyauté celle de Xavier Bertrand se mesure à ce qu’il peut en attendre. Et dire que c’est peut-être lui le futur Premier ministre !
Cela étant, l’actualité ne se mesure pas qu’à travers l’émission de télévision d’hier soir. L’actualité c’est aussi le débat pour ne pas dire la polémique (encore une !) déclenchée par le chef de l’Etat, qui veut confier la mémoire d’un enfant déporté à chaque élève de CM2. Je voudrais bien savoir qui lui a suggéré cette idée qui, apparemment, fait déjà l’unanimité contre elle ou presque. Pour ma part je suis allé à l’école comme tout le monde, et je suis heureux de dire que dès mon plus jeune âge, mes instituteurs m’ont fait comprendre ce qu’était la barbarie des totalitarismes de toutes sortes.
Tout le monde évidemment aura compris qu’en suscitant ces débats, Nicolas Sarkozy veut faire diversion, et masquer ses échecs en ce qui concerne la croissance et le pouvoir d’achat. Il veut aussi redorer son blason largement écorné par la surexposition de sa vie privée, dont François Bayrou dit avec juste raison qu’elle n’altère pas que l’image du président de la République, mais plus encore celle de la France.
De plus, quand Madame Dati affirme avec aplomb et fierté que ce n’est pas l’Etat qui paie les voyages ou vacances de Nicolas Sarkozy (dont elle profite elle-aussi parfois), nous lui répondrons qu’il est impensable qu’un Préfet, par exemple, puisse partir en vacances aux frais d’un chef d’entreprise de son département. C’est quand même la règle dans une démocratie comme la notre et celle de nos voisins. Au fait que je sache, Angela Merkel ou J.L Zapatero partent en vacances à leurs frais et, apparemment, personne ne s’occupe de l’endroit où ils vont.
Nous pourrions continuer encore longtemps sur les incohérences de ce pouvoir qui ne sait plus que faire pour s


