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28.02.2008

Le pétrole et l'euro battent des records

407512678.jpgLe monde de l’économie vole depuis quelque temps de records en records,  ce qui n'est pas sans conséquence sur les grandes zones économiques de la planète. Parmi ceux-ci, il y a le cours de l’euro qui vient de dépasser 1,50 dollar, et le prix du pétrole qui vient de dépasser le seuil,  dit psychologique, de 100 dollars le baril. Tous les observateurs du monde  économique ont  souvent souligné les raisons de cette fièvre sur l’or noir, à savoir une demande de plus en plus forte en provenance des pays émergents qui enregistrent, pour les plus importants  d’entre eux, une croissance allant de 8 à 10%, voire même plus. A cela s’ajoutent les troubles géopolitiques que nous connaissons, notamment avec l’Iran, sans oublier les décisions de l’OPEP peu favorables  à une augmentation de la production et, comme toujours,  la spéculation qui fait monter artificiellement les cours. Bref, tout est bon pour faire monter le prix du pétrole y compris la dépréciation continue du dollar qui contribue à la spéculation.

En effet,  beaucoup pensent que la faiblesse historique de la devise américaine est un des facteurs importants  de la hausse quasi continue des cours du pétrole depuis plusieurs mois maintenant.  Rappelons que le 1er janvier 2007, l’euro valait 1,30 dollar et qu’à ce moment-là le pétrole était encore à un peu moins de 60 dollars le baril. Depuis le dollar n’a cessé de perdre de sa valeur par rapport à la monnaie unique (- 17%), mais aussi  par rapport aux autres monnaies importantes dans le monde, et le pétrole n'a cessé de grimper (il vaut trois fois plus cher aujourd’hui qu’en janvier 2003). En fait le marché pétrolier, depuis quelques temps est confronté à un cercle vicieux. En effet, plus la devise américaine baisse,  et plus la spéculation nourrit la hausse de l’or noir. Et c’est d’ailleurs le cas aussi des autres matières premières. A ce niveau  de faiblesse du dollar, l’achat d’un baril reste, nous dit-on, très attractif pour les investisseurs.

Le problème est que cela ne pourra pas durer éternellement, sous peine d’avoir de graves conséquences pour les pays consommateurs, même si la dépendance des pays riches vis-à-vis du pétrole s’est réduite par rapport à l’époque 1973-1979. Dans les pays les plus développés le tertiaire prend une place sans cesse plus importante, y compris d’ailleurs dans les pays émergents. De plus, par rapport à cette époque, le pétrole et le charbon ne sont plus qu’une composante parmi d’autres des ressources énergétiques, la diversification dans le nucléaire et les énergies renouvelables atténuant largement la facture énergétique.

On a beau critiquer dans les pays occidentaux la mise en chantier de centrales électriques d’origine nucléaire, il n’en reste pas moins que la part du nucléaire dans la production totale nette d’électricité qui est, par exemple, de 78 % en France soit 17% de l’énergie totale consommée, diminue largement la facture énergétique. En donnant ces chiffres, et par parenthèse, cela me fait penser au débat avant le 6 mai dernier entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui, manifestement ne connaissaient ni l’une, ni encore moins l’autre ces pourcentages,  ce qui était pour le moins stupéfiant.

Pour revenir à la moindre dépendance des pays consommateurs, cela ne veut pas dire pour autant que l’impact d’un pétrole à 100 dollars le baril n’a pas d’incidences dommageables pour nos économies. Tout d’abord, la consommation de carburant est en quasi-totalité d’origine pétrolière. Or, la part des dépenses des ménages liée aux produits pétroliers (fioul, essence) atteint 7 à 8% en moyenne dans les pays occidentaux, donc une augmentation des prix des carburants pèse d’un poids non négligeable sur le pouvoir d’achat. Aux Etats-Unis, où la prise de conscience sur les problèmes énergétiques est nettement moins développée que chez nous,  l’incidence négative sur la croissance du PIB se situerait entre 1 et 1,5% avec un baril qui se maintiendrait autour de 100 dollars. Elle serait moindre chez nous, dans la Zone Euro, en raison d’une part de prélèvements  fiscaux plus importants (65%)  qu’aux Etats-Unis (15%), ce qui atténue la hausse sur le prix à la pompe,  et d’autre part  grâce à l’appréciation de l’euro.

L’euro justement,  parlons-en. Il  vient de franchir pour la première fois de sa jeune histoire le cap de 1,50 dollar, en raison essentiellement de fondamentaux bien meilleurs dans la Zone que ceux des Etats-Unis. Les économistes anglo-saxons reconnaissent volontiers qu’il y a un contraste entre les Etats-Unis  où le risque de récession est sinon certain, du moins possible, et la Zone Euro où les choses se présentent plutôt mieux que prévu, notamment en Allemagne. De plus, il est évident que l’économie de la Zone euro est de plus en plus découplée de l’économie américaine, donc beaucoup moins susceptible de la suivre dans sa chute. La Zone euro est devenue en très peu de temps un ensemble économique de tout premier plan, en fait la deuxième économie mondiale, et sa monnaie est très normalement la deuxième du monde, même si son poids en termes de réserves ne correspond pas à son poids économique.

Alors jusqu’à quand et jusqu’où plongera le dollar ? Beaucoup de cambistes ne pensent pas que les fondamentaux  économiques où les taux directeurs des banques centrales soient les raisons uniques de la déconfiture actuelle du billet vert. Le mal est sans doute plus profond avec l’effondrement des prix de l’immobilier, et la baisse de confiance des consommateurs américains surendettés, et donc incapables pour beaucoup de maintenir leur niveau de vie antérieur.  Il y a aussi l’inflation qui refait surface, plus qu’en Europe, avec une hausse des prix de 1% en janvier, ce qui nous ramène des années en arrière. Et si ce risque inflationniste rend plus difficile pour ne pas dire improbable de futurs assouplissements monétaires de la part de la FED, compte tenu d’un différentiel de taux plus favorable la hausse de l’euro a encore de beaux jours devant elle.

En attendant cette envolée de la monnaie unique sème de nouveau la discorde dans les pays de la Zone euro. Le président de l’organisation patronale paneuropéenne Business Europe, Antoine Seillière, s’alarme du niveau de l’euro parce que défavorable à l’exportation, mais il a quand même reconnu que les échanges communautaires représentaient 70% des exportations européennes, ce qui permet de relativiser. Certains pays s’accommodent de cette vigueur de notre monnaie et même soulignent ses bienfaits, en limitant notamment l’envolée de la facture énergétique, libellée en dollar. D’autres en revanche comme  la France, avec ses 39 milliards d’euros de déficit commercial, ne cessent  de souligner les dangers d’un euro fort pour l’industrie européenne.

Gageons que nous entendrons de nouveau très rapidement les récriminations françaises contre la BCE, alors que l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche continueront de  défendre l’indépendance de la BCE. En fait, comme nous l’avons dit ici même, l’euro est un merveilleux bouc émissaire pour tous ceux qui refusent d’endosser la responsabilité des mauvais résultats économiques de leur pays. Il est quand même symptomatique d’entendre les Français et les Italiens se plaindre de la politique de la BCE, alors que dans la Zone Euro ils sont les mauvais élèves de la classe en matière de déficits, avec le Portugal. En tout cas, il y a au moins un point sur lequel tous les économistes sont d’accord : si le dollar est aussi faible, c’est parce que l’économie américaine vit à crédit vis-à-vis du reste du monde depuis trop longtemps.

Michel Escatafal

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