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27.02.2008
L'évasion fiscale et le capitalisme libéral...
Depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République, notre presse écrite ou audiovisuelle vit complètement à son rythme, et laisse de coté nombre d’informations qui pourraient intéresser les Français. Certes, loin de moi l’idée de vouloir occulter les faits ou méfaits de notre président de la République, mais quand même la planète ne tourne pas uniquement autour de sa personne. Il y a d’autres évènements en France et dans le monde qui méritent attention. Par exemple le scandale d’évasion fiscale vers le Liechtenstein.
Depuis quelques jours, la presse étrangère qui n’a pas Nicolas Sarkozy à se mettre sous la dent, sauf pour le ridiculiser, ne cesse d’évoquer cette affaire limitée dans un premier temps à l’Allemagne, mais qui touche désormais plus d’une dizaine de pays, dont les Etats-Unis. L’Allemagne d’ailleurs, par l’intermédiaire du porte-parole du ministre des Finances Peer Steinbrück, a affirmé qu’elle était prête à partager ses informations avec les Etats avec lesquels elle avait des accords de coopération juridique. Et de fait, certaines informations ont déjà été transmises, entre autres à la France, comme l’a confirmé le ministère du Budget.
Cette enquête a été largement facilitée par l’achat par les services secrets allemands à un informateur, ancien employé d’une grande banque, pour un montant de 4 à 5 millions d’euros, de données bancaires venues du Liechtenstein. Ces informations auraient permis de réaliser une vaste enquête sur des fraudeurs du fisc, parmi lesquels des personnalités très connues. La Grande-Bretagne aurait aussi acquis, en payant, des informations de cet ordre auprès de ce même informateur. Par parenthèse, ce Monsieur semble avoir trouvé un bon filon ! Bien sûr, tout ceci est le plus souvent écrit au conditionnel, sauf pour le versement des 4 à 5 millions d’euros confirmé par le gouvernement allemand.
Cette affaire aura déjà eu pour mérite de démontrer, si besoin en était et n’en déplaise aux pourfendeurs de l’idée européenne, que dans certains domaines la coopération entre Etats de l’Union Européenne fonctionne très bien. Le commissaire européen à la Fiscalité, le Hongrois Laszlo Kovacs, l’a fort bien rappelé la semaine dernière en affirmant : « Au sein de l’Union Européenne, nous avons besoin de solidarité. C’est ainsi que nous pouvons exercer la pression nécessaire sur d’autres places financières ». En somme un bon avertissement aux pays accueillants et peu regardants sur les mouvements d’affaires. Cela dit, cette coopération ne s’arrête pas aux frontières de l’Union puisque parmi le groupe des pays qui ont reçu des informations sur les comptes au Liechtenstein, figurent aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis.
Autre information intéressante, l’idée d’utiliser des renseignements achetés à un informateur pour démasquer les fraudeurs du fisc n’a, apparemment, posé aucun problème à tous ces pays sauf au Danemark qui, par l’intermédiaire de son ministre des Impôts, assimile ces méthodes « à une forme avancée de recel ». Nous laisserons à ce ministre la responsabilité de ses propos, mais la fraude fiscale doit être combattue toujours et partout, car cet argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat manquera pour soulager la misère de ceux qui, contrairement aux fraudeurs qui disposent du « maximum vital », n’arrivent même pas à survivre. Et je suis sûr qu’il y en a au Danemark comme ailleurs.
En rêvant un peu, on pourrait se dire qu’en luttant efficacement contre l’évasion fiscale, on pourrait entrevoir la possibilité d’une économie mondiale plus transparente, et récupérer des sommes colossales pour les réinjecter dans la lutte contre la pauvreté et dans l’investissement écologique. En disant cela, je ne fais d’ailleurs que répéter sous une autre forme ce que disait ces derniers jours le secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, Jean-Pierre Jouyet. Ce dernier en réitérant le soutien de la France à l’Allemagne dans sa lutte contre les paradis fiscaux affirmait, en effet, « qu’il paraît souhaitable de continuer de cette manière à moraliser les comportements financiers ». Il reste à espérer évidemment que les actes soient au niveau des paroles.
Sans vouloir se faire trop d’illusions, il semble quand même que cette affaire ait agi comme un révélateur sur la nécessité pour les pays les plus développés de limiter au maximum l’évasion fiscale. Ainsi, le gouvernement allemand prépare une action musclée qu’il souhaite élargie au niveau européen. Peer Steinbrück a prévenu : « nous voulons déclarer la guerre aux paradis fiscaux en Europe. Il ne s’agit pas seulement du Liechtenstein. Nous parlons aussi de la Suisse, du Luxembourg ou de l’Autriche ». La Suisse, notamment, est dans le collimateur des autorités allemandes, la taxation fiscale des holdings en Suisse étant considérée comme une concurrence déloyale par l’Allemagne et l’Union Européenne.
Voilà où nous en sommes pour le moment dans une affaire qui ne fait que commencer, mais qui est emblématique de la crise du capitalisme libéral. "Toujours plus", semble être la devise de ceux qui ont déjà tout et "toujours moins", hélas est la réalité de ceux qui n’ont rien. Ceux qui ont tout, qui gagnent des millions d’euros chaque année sont quelques milliers, mais ceux qui n’ont rien sont infiniment plus nombreux. Le PIB, la richesse nationale, s’accroît régulièrement dans les pays développés, même si ce n’est pas dans la proportion souhaitée, et pourtant le nombre de pauvres augmente chaque année dans ces pays, y compris le nôtre. Il y a là une anomalie et c’est pour cela que s’impose, comme le dit régulièrement François Bayrou, la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes de contrôle et de solidarité efficaces.
Pour appuyer ces dires, je vais citer une nouvelle fois Raymond Barre et ce sera ma conclusion : « Si vous entendez par libéralisme économique une société qui repose sur l’économie de marché, sur l’esprit d’entreprise, et qui accepte la concurrence source de profits et du progrès, alors je suis libéral. Je suis opposé au socialisme collectiviste, centralisateur et planificateur. Si vous entendez par libéralisme économique la doctrine du laisser-faire, laissez passer, de l’abandon aux forces du marché, du retard social et des inégalités insupportables, alors je ne suis pas libéral ». Il n’y a rien à ajouter.
Michel Escatafal
09:25 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, mouvement démocrate, débats de société



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