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26.02.2008

Exit la concertation franco-allemande : c’est aussi cela la rupture !

1380343887.jpgAlors que le gouvernement essaie maladroitement de rebondir en se mettant dans les pas d’une revue de consommateurs, soulignant dans son dernier numéro les importantes hausses de prix sur les produits alimentaires, alors que le président de la République vient d’essuyer un nouveau revers avec le refus du Président de la Cour de Cassation de revenir sur une décision du Conseil Constitutionnel (il n’aurait plus manqué que cela!), il y a une nouvelle qui devrait nous alarmer et qui est quasiment passée sous silence : le report de trois mois de la prochaine rencontre franco-allemande qui devait avoir lieu le 3 mars en Bavière, officiellement pour calendrier surchargé de Nicolas Sarkozy.

Cette information confirme clairement, après tant d’autres, que notre président de la République est en train de détricoter tout ce qui avait fait la force de l’idée européenne, notamment à travers la relation privilégiée qu’entretenaient depuis un demi-siècle la France et l’Allemagne. Pour ma part, j’ai toujours dit et pensé que Nicolas Sarkozy n’était pas un européen convaincu. Il en apporte pleinement confirmation avec l’annulation de ce rendez-vous traditionnel. La réconciliation franco-allemande à laquelle tous ses prédécesseurs attachaient tellement de prix, est sans doute pour lui une vieille lune qui n’a plus de valeur qu’aux yeux des anciens combattants. Donc exit la concertation franco-allemande : c’est cela aussi la rupture !

Puisque nous parlons de rupture, il est vrai aussi qu’une réunion comme celle qui devait se tenir à Straubing ne peut pas satisfaire l’ego de notre vibrionnant président de la République. On s’enferme avec les collaborateurs pendant quelques heures, et à la fin on rédige un communiqué commun où il est dit que la relation franco-allemande est le garant de l’avancement de l’idée européenne. Evidemment, tout cela ne fait pas « bling, bling », et la chancelière qui ne fait pas elle non plus dans ce type de comportement ne doit pas être jugée suffisamment amusante par son interlocuteur élyséen. Elle l’est d’autant moins qu’elle n’accepte pas les initiatives personnelles de Nicolas Sarkozy, telle la fumeuse union méditerranéenne dont rêve notre président, ou ses prises de position à l’emporte-pièce sur tous les sujets et, plus particulièrement, sur ceux qui concernent le fonctionnement des instances européennes.

De plus, en cas d’alternance l’an prochain au poste de chancelier, il ne faut pas attendre de la part de notre voisin et ami rhénan une attitude davantage bienveillante vis-à-vis de la France. En effet, si le futur chancelier devait s’appeler Peer Steinbrück, la relation ne serait pas meilleure qu’avec Angela Merkel, l’actuel ministre des Finances allemand ne supportant pas les critiques incessantes de Nicolas Sarkozy contre la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne. Il est vrai qu’à la différence de Nicolas Sarkozy, les actuels responsables politiques allemands sont avant tout soucieux du maintien des équilibres budgétaires. Peer Steinbrück n’est pas du tout « bling,bling », mais le budget allemand n’est plus en déficit.

Cela dit, l’union méditerranéenne ou l’attitude à l’égard de la BCE ne sont pas les seuls sujets de désaccord entre la France et l’Allemagne. Celle-ci par exemple a refusé de participer à la force militaire européenne au Tchad voulue et souhaitée par la France. Normalement, sur un sujet comme celui-là, les deux pays auraient dû parvenir à un accord à minima, mais pour cela il eut déjà fallu en discuter. Or, comme chacun sait, la discussion n’est pas le point fort de Nicolas Sarkozy, y compris avec ses partenaires européens. En attendant, l’effort financier et humain pour la mise en place et l’entretien de l’EUFOR sera en grande partie à notre charge. On n’est plus à quelques dizaines millions d’euros près !

Voilà où nous en sommes après quelques mois de présidence de Nicolas Sarkozy.  Une situation qui se délite à l’intérieur de notre pays, des finances publiques exsangues, et un isolement de plus en plus marqué en Europe et dans le monde. A part le looser Georges Bush, qui soutient de nos jours la politique étrangère de la France ? Même Vladimir Poutine semble indisposé par les mauvaises manières de Nicolas Sarkozy, même si son idée d’union méditerranéenne ne doit pas le rendre triste. Pendant que le président français s’affaire autour de cette idée quelque peu étrange, au moins l’Union Européenne s’investira un peu moins, économiquement et surtout politiquement, dans l’Est européen aux portes de la Russie.

A ce propos, et là je m’adresse à ceux qui pensent que notre président de la République est un excellent VRP, je voudrais faire remarquer que la France laisse de plus en plus le champ libre à ses voisins européens dans les nouveaux pays de l’Union Européenne et pas seulement l’Allemagne. La France toute occupée à ses affaires franco-françaises et aux fantaisies de son président ne joue plus son rôle en Europe, comme elle a plus ou moins toujours réussi à le faire depuis une cinquantaine d’années, et cela se ressentira sur le plan économique. Mais aux yeux du président de la République, tout cela ne revêt pas une grande importance. Ce qui compte pour lui, maintenant, c’est faire en sorte que les sondages d’opinion à son égard amorcent enfin une remontée. Gageons qu’il soit prêt à tout pour y parvenir. Nous craignons le pire !

En attendant, il y a dans moins de deux semaines des élections locales, et c’est sans doute un bon moyen de faire réfléchir le chef de l’Etat, même si ce mot, réfléchir, n’a pas l’air d’avoir une grande signification pour lui. Il n’empêche, si la majorité présidentielle subit une cuisante défaite, Nicolas Sarkozy sera bien obligé d’en tirer quelques conséquences. Et tant qu’à faire qu’infliger une déroute à la majorité présidentielle, faisons en sorte qu’elle ne profite pas exclusivement au Parti Socialiste, sous peine de retourner à la case départ. Alors il faut voter, et faire voter, pour les candidats soutenus par le Mouvement Démocrate, seule force politique capable d’incarner l’avenir de notre pays.

Michel Escatafal

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